Marrakech relance le palais des congrès : un pari stratégique pour le tourisme d’affaires et l’économie locale


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Mercredi 28 Janvier 2026

Après des années d’atermoiements, le projet du palais des congrès de Marrakech refait surface avec la création de la Société de Développement Régional Marrakech Congress Event. Pensé comme un outil économique capable de soutenir l’activité hôtelière et de renforcer la place de la ville sur le tourisme d’affaires, ce chantier structurant ravive l’espoir, tout en laissant subsister de réelles interrogations.



Marrakech reste la principale vitrine touristique du Maroc. Mais derrière les chiffres flatteurs de fréquentation, la ville compose avec une forte saisonnalité et une dépendance persistante au tourisme de loisirs. Depuis plusieurs années, les acteurs du secteur plaident pour une montée en gamme plus équilibrée, notamment à travers le tourisme d’affaires (MICE), réputé plus stable et plus rémunérateur. C’est dans ce contexte que le projet du palais des congrès et du parc d’exposition, longtemps retardé, a été relancé via la création de la Société de Développement Régional Marrakech Congress Event. 
 

Cette nouvelle entité aura la responsabilité de piloter le projet dans toutes ses phases : études, aménagement, puis exploitation. Une évolution institutionnelle saluée par les professionnels, même si elle ne dissipe pas encore toutes les incertitudes accumulées au fil des années.


Un investissement structurant pour lisser l’activité économique locale

Sur le plan économique, l’enjeu est majeur. Le palais des congrès est conçu comme un outil capable de remplir les hôtels en basse saison, de générer des flux réguliers de visiteurs professionnels et d’activer toute une chaîne de valeur : transport, restauration, services, commerce et emplois temporaires ou permanents.
 

Les études menées en amont prévoyaient une infrastructure de grande envergure. Le projet repose sur deux pôles complémentaires : un parc d’exposition modulable pouvant atteindre 75 000 m² et un espace congrès susceptible d’accueillir jusqu’à 10 000 participants. De quoi positionner Marrakech sur le radar des grands salons et conventions internationales, aujourd’hui contraints d’opter pour des installations temporaires.
 

Le coût du projet avait été estimé à 900 millions de dirhams, un montant jugé conséquent mais défendable par les professionnels du secteur. Certains estimaient qu’un tel investissement pourrait être amorti après trois à quatre événements majeurs, compte tenu des retombées économiques directes et indirectes. « Ce projet est indispensable pour la compétitivité de la destination », soulignait Hamid Bentahar, président du Conseil régional du tourisme Marrakech-Safi, cité par L’Économiste.


Gouvernance, financement et délais : les équations encore ouvertes

Malgré cette relance, plusieurs paramètres clés restent flous. La composition exacte de l’actionnariat de la SDR n’a pas été détaillée publiquement, pas plus que le calendrier précis du démarrage des travaux ou le schéma de financement final. Ces zones d’ombre nourrissent une prudence palpable chez les opérateurs économiques locaux.
 

Le projet s’inscrit pourtant dans le cadre institutionnel du Programme de Développement Régional Marrakech-Safi, et figure parmi les priorités du programme 2022-2027. Il bénéficie également de l’attention du ministère du Tourisme et de la Société Marocaine d’Ingénierie Touristique (SMIT), des acteurs clés dans la structuration de l’offre touristique nationale.
 

Mais l’historique du dossier incite à la retenue. Les retards successifs, jamais totalement expliqués, ont laissé des traces. À plusieurs reprises, la ville a dû mobiliser des budgets importants pour des infrastructures événementielles éphémères, illustrant l’absence d’une solution durable et économiquement rationnelle.


Pour Marrakech, le palais des congrès n’est pas un simple équipement urbain. Il représente un test de crédibilité économique et de gouvernance territoriale. Si la SDR parvient à lever les blocages financiers et administratifs, la ville pourrait enfin disposer d’un levier structurant pour diversifier son économie touristique. À défaut, le projet restera l’illustration d’un potentiel reconnu, mais encore inachevé.





Mercredi 28 Janvier 2026
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