Minéraux critiques : le Maroc s’impose dans la stratégie d’approvisionnement des États-Unis


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Mercredi 18 Mars 2026

Dans un contexte de tensions sur les ressources stratégiques, Washington cherche à sécuriser ses chaînes d’approvisionnement. Le Maroc, déjà incontournable sur les phosphates, gagne du terrain sur le front des minéraux critiques.



Il y a des déclarations qui passent presque inaperçues, et pourtant… celle de Kevin Hassett, conseiller économique à la Maison Blanche, mérite qu’on s’y attarde. Sur CNBC, il a placé le Maroc au cœur d’un dispositif que les États-Unis considèrent désormais comme vital : sécuriser l’accès aux minéraux critiques.
 

Le constat est sans appel. Aujourd’hui, aucun pays ne détient à lui seul l’ensemble des ressources nécessaires à la transition industrielle et énergétique. Batteries, semi-conducteurs, technologies vertes… tout repose sur ces matériaux devenus stratégiques. Hassett l’a reconnu sans détour : « aucun pays au monde ne possède tous les minéraux critiques nécessaires ». Une évidence, mais surtout un aveu de dépendance.


Une dépendance mondiale jugée risquée

Le chiffre avancé interpelle. « 90-et-quelques pour cent » de certains minéraux sont contrôlés par un seul pays. Même sans être explicitement nommé, le message est clair : cette concentration fragilise l’économie mondiale.
 

Dans les cercles économiques, cette dépendance est désormais perçue comme un risque systémique. Ruptures d’approvisionnement, volatilité des prix, tensions géopolitiques… les signaux d’alerte s’accumulent. Résultat : Washington accélère. L’objectif est simple, presque pragmatique : bâtir un réseau de partenaires fiables capables de garantir un flux stable de matières premières transformées.


Le Maroc, un positionnement qui évolue

Dans ce jeu de rééquilibrage, le Maroc avance ses pions. Discrètement, mais efficacement.
 

Le Royaume n’est pas un nouveau venu. Il domine déjà le marché mondial des phosphates, un levier stratégique dans l’agriculture mondiale. Mais cette fois, le regard américain dépasse ce seul secteur. Ce qui intéresse désormais, ce sont aussi les minéraux critiques et, surtout, la capacité à les transformer.
 

Hassett l’a souligné : le Maroc peut jouer « un rôle clé ». Pas uniquement pour ses ressources, mais pour sa volonté d’investir dans des capacités industrielles. C’est là que tout se joue. Car aujourd’hui, la bataille ne concerne plus seulement l’extraction, mais la transformation et la valeur ajoutée.


Une convergence d’intérêts assumée

Derrière ce rapprochement, il y a une logique d’intérêts partagés. Le Maroc cherche à monter en gamme industrielle, à capter plus de valeur, à renforcer sa souveraineté économique. De leur côté, les États-Unis veulent diversifier leurs sources d’approvisionnement.
 

Hassett l’a d’ailleurs formulé clairement : le Maroc a un « intérêt direct » à participer à cette initiative internationale. Être « à la table » des discussions, comme il le dit, ce n’est pas anodin. C’est une reconnaissance. Mais aussi une responsabilité.


Une opportunité, mais pas sans défis

Reste une question, plus terre-à-terre : le Maroc est-il prêt à changer d’échelle ?
 

Car intégrer une chaîne d’approvisionnement mondiale sur les minéraux critiques implique des investissements lourds, des normes strictes et une concurrence accrue. Le potentiel est là, indéniablement. Mais le passage à l’exécution sera déterminant.
 

Sur le terrain, certains acteurs industriels le disent déjà : « le défi n’est pas d’entrer dans le jeu, mais d’y rester durablement ».
 

En s’invitant dans cette nouvelle géographie des ressources, le Maroc franchit un cap. Plus qu’un fournisseur, il aspire à devenir un maillon stratégique. Une ambition légitime, à condition de transformer l’essai.





Mercredi 18 Mars 2026
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