Mines, transition énergétique et souveraineté industrielle : le Maroc s’invite au cœur du débat arabe à Riyad


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Mercredi 14 Janvier 2026

À Riyad, le Maroc a rappelé que la question minière n’est plus un simple enjeu d’extraction, mais un levier stratégique de transition énergétique, d’intégration régionale et de développement durable. Portée par la ministre Leila Benali, la participation marocaine à la 10ᵉ réunion consultative des ministres arabes chargés des mines s’inscrit dans une lecture lucide, exigeante et tournée vers l’avenir.



Le Royaume a pris part, mardi à Riyad, à la 10ᵉ réunion consultative des ministres arabes chargés de l’exploitation des mines, organisée en marge de la Conférence minière internationale, tenue du 13 au 15 janvier dans la capitale saoudienne. Un rendez-vous stratégique, à la fois politique et technique, réunissant 19 pays arabes sous l’égide de l’Organisation arabe pour le développement industriel, la normalisation et l’exploitation minière (OADIM), en partenariat avec le ministère saoudien de l’Industrie et des Ressources minérales. Pour le Maroc, représenté par une délégation conduite par la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leila Benali, l’enjeu dépasse largement le cadre protocolaire. Dans un contexte mondial marqué par la raréfaction des ressources critiques et la recomposition des chaînes de valeur industrielles, la question minière devient centrale.
 

La présence marocaine à Riyad traduit une volonté assumée : inscrire l’exploitation des ressources minérales dans une trajectoire de durabilité, sans renoncer aux impératifs de compétitivité et de souveraineté économique. Dans les échanges informels comme dans les sessions officielles, le cas marocain a souvent été cité comme un modèle d’équilibre entre attractivité industrielle et exigences environnementales. Un haut responsable arabe glissait d’ailleurs que « la transition énergétique commence souvent sous terre, mais se juge à la surface », résumant l’esprit des débats.
 

Dans son allocution, le directeur général de l’OADIM, Adel Sakr, a rappelé que l’organisation poursuit la mise en œuvre de programmes structurants, avec pour objectif de maximiser l’exploitation des ressources minérales arabes et de renforcer l’intégration régionale dans les chaînes de valeur associées. Il a insisté sur la nécessité de dépasser une logique strictement nationale pour construire une vision arabe concertée, capable de répondre aux besoins industriels futurs tout en créant de la valeur localement.
 

Moment particulièrement attendu de cette réunion, le lancement officiel de la bibliothèque numérique des études minières arabes marque une avancée concrète. Élaborée conformément aux recommandations de la précédente réunion consultative, cette bibliothèque se veut un outil de référence destiné aux décideurs publics, aux chercheurs et aux opérateurs économiques. Elle répond à un besoin longtemps exprimé dans la région : centraliser la connaissance, éviter la dispersion des données et appuyer les politiques publiques sur des bases scientifiques solides.
 

L’ordre du jour de la réunion reflétait l’ampleur des chantiers engagés. Les ministres ont examiné les principales réalisations de l’OADIM, notamment le système de référence minier pour les pays arabes, l’étude sur la réhabilitation des anciennes mines et carrières dans une optique de développement durable, ainsi que l’évolution de la Plateforme arabe des minéraux du futur. À cela s’ajoutent la feuille de route dédiée aux minéraux de la transition énergétique, l’initiative arabe pour l’intelligence artificielle appliquée au secteur minier, le glossaire unifié des termes miniers et la mise en service de la bibliothèque numérique.
 

Pour le Maroc, cette séquence de Riyad s’inscrit dans une continuité stratégique. Elle confirme une lecture pragmatique des enjeux miniers, où l’exploitation des ressources ne peut plus être dissociée des impératifs environnementaux, sociaux et technologiques. Plus qu’un simple rendez-vous régional, cette réunion rappelle que l’avenir minier arabe se jouera sur la coopération, la connaissance et la responsabilité. Et sur ce terrain, le Royaume entend clairement faire entendre sa voix.





Mercredi 14 Janvier 2026
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