Mondial 2022 : entre spectacle sportif et débat politique


Après avoir été organisé pour la première fois en Afrique il y a douze ans (Afrique du Sud, 2010), la plus prestigieuse des compétitions footballistiques internationales se tiendra cette année dans un pays arabe, ce qui sera là également une première…



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Polémique du Monde 2022 :

Younes FILALI
Dans quelques jours à peine, la Coupe du Monde de la FIFA fera son coup d’envoi au Qatar le 20 novembre dans une édition considérée comme inédite. En effet, cette Coupe du Monde sera la première de l’histoire à être organisée en hiver, au vu des conditions climatiques défavorables dans la période estivale au sein de la région.

     Le choix du Qatar pour organiser un tel évènement a été considéré comme litigieux par plusieurs. Entre non-respect des droits de l’homme, décès de milliers d’ouvriers lors de l’organisation de l’évènement, questions écologiques et restrictions pour les supporters présents (consignes vestimentaires, consommation d'alcool, comportements en public), nombreuses sont les raisons pour lesquelles une grande communauté appelle au boycott du mondial qatari.

     "Je m'en moque de la prochaine Coupe du monde, qui n'est pas une vraie Coupe du monde pour moi (...) Le Qatar, ce n'est pas un pays de football. Je ne suis pas contre l'idée d'accueillir une Coupe du monde dans un pays où il y a une possibilité de développer et de promouvoir le football, comme en Afrique du Sud ou aux États-Unis dans les années 1990. (...) Mais au Qatar, la vérité est qu'il n'y a pas un tel potentiel. Il n'y a rien.

C'est seulement une histoire d'argent et la manière dont ils ont traité les gens qui construisent les stades, c'est une horreur. Et des milliers de gens sont morts." (Daily Mail, 2022). Légende du football français Éric Cantona fait partie des personnalités ayant appelé au boycott de cette édition de la Coupe du Monde.

En ce qui concerne la masse, selon un sondage commandé par l’agence de presse Deutsche Presse-Agentur, 48 % des Allemands interrogés seraient en faveur d’un retrait de leur sélection. Sur le plan administratif, plusieurs mairies françaises ont annoncé la non-diffusion des matchs de l’Équipe de France sur écrans géants. Même le Danemark -pays participant à la Coupe du Monde- a opté avec son équipementier Hummel pour un maillot symbolique où le logo de l’équipe et celui de l’équipementier sont à peine visibles. « Nous ne souhaitons pas être visibles pendant un tournoi qui a coûté la vie à des milliers de personnes. Nous pensons que le sport doit rassembler les gens. Quand ce n’est pas le cas, nous voulons nous exprimer. » 

Qatar, une politique sportive réussie :

     Le complexe Aspire à Doha, l’organisation d’événements sportifs internationaux, le développement de projets sportifs à l’étranger (PSG notamment) …

Nul ne peut nier que l’investissement dans le monde du sport fait partie de la stratégie de soft power du Qatar. Dans un entretien accordé au géopolitologue français Pascal Boniface en 2014, le président du PSG Nasser Al-Khelaïfi, affirmait que « les investissements qataris dans le secteur du sport font écho à l’un des objectifs du gouvernement, qui consiste à diversifier les sources de revenus et de croissance.

Cette diversification est déjà bien en place, puisque plus de 50 % du produit intérieur brut (PIB) du Qatar est généré par des secteurs autres que les hydrocarbures, ce qui nous situe largement devant la majorité des pays producteurs. Aux côtés de secteurs-clés comme l’éducation et la culture, le sport doit jouer un rôle de plus en plus important dans cette politique de diversification.
 »

     Tout petit pays géographiquement, mais grand par son influence, le Qatar joue un rôle principal dans la géopolitique moderne, sur le plan économique et sportif notamment. Fondée en 2003 l’Aspire Zone ou Doha Sports City, est un complexe sportif situé dans la capitale qatarie. L’Aspire Zone a notamment servi de centre pour les Jeux asiatiques de 2006. Un an après son inauguration, c’est l’Aspire Academy qui voit le jour.

Depuis son ouverture en 2004, Aspire Academy for Sports Excellence est devenue une académie sportive de renommée mondiale. En effet, elle est au cœur de la révolution sportive que connaît le pays. « Aspire conçoit, promeut et met en œuvre l'excellence en matière d'entraînement sportif et de développement des athlètes d'élite qui permet à toute une génération d'athlètes qataris talentueux, disciplinés et engagés de réaliser leurs rêves sportifs. »

          Septembre dernier, le cheikh Tamim ben Hamad Al Thani se confiait au « Point » pour l’une de ses très rares sorties médiatiques (la première en Europe notamment). Le monarque répond aux critiques qui visent la monarchie absolue du Qatar vis-à-vis de l’octroi de cette Coupe du Monde.

Selon le cheikh, « il y a deux sortes de critiques.

La plupart du temps, nous y voyons un conseil ou une alerte, et nous les prenons au sérieux. Ainsi, nous avons compris que nous avions un problème avec le travail sur les chantiers, et nous avons pris des mesures fortes en un temps record. Nous avons modifié la loi et nous punissons quiconque maltraite un employé ; nous avons ouvert nos portes aux ONG et nous coopérons avec elles. Nous en sommes fiers.

Et puis il y a la seconde catégorie de critiques, celles qui se poursuivent quoi que nous fassions. Ce sont des gens qui n’acceptent pas qu’un pays arabe musulman comme le Qatar accueille la Coupe du monde. Ceux-là trouveront n’importe quel prétexte pour nous dénigrer
. »

      Le Qatar a ainsi présenté une charte restrictive à ses « très chers invités ». Des restrictions visant l’alcool -une bière ou un verre de vin peuvent coûter une dizaine d'euros et un cocktail plus de 15 euros-, l’aspect vestimentaire –il est demandé à tous de s'habiller "pudiquement" en public, en se couvrant des épaules aux genoux-, les relations sexuelles hors mariage… 

Place au terrain :

     Dans l’aspect footballistique cette fois-ci, cette Coupe du monde sera marquée par la fin d’une ère et par une transition générationnelle. En effet, 2022 fera office de dernière chance pour des joueurs comme Messi, Ronaldo ou encore Neymar de prétendre au plus prestigieux des trophées internationaux.

En parallèle, ce sera le premier test pour quelques nouvelles stars montantes du gratin international, à l’instar de Jude Bellingham, Jamal Musiala, Pedri, ou encore Raphaël Léao.

     Malgré le retour de Karim Benzema avec son statut de Ballon d’Or, la France championne du monde en titre, aborde la compétition avec plusieurs incertitudes, notamment au milieu de terrain avec les absences de cadres comme Paul Pogba ou encore N’golo Kanté.

     Cette année, le favori du côté des bookmakers est bel et bien le Brésil. Doté du meilleur effectif avec une génération dorée composée de notamment Neymar, Vinicius, Paqueta, Richarlison, Raphinha ou encore Casemiro, le Brésil a la possibilité cet hiver d’ajouter une sixième étoile à son maillot, vingt ans après son dernier sacre dans ce même continent.

     On pourrait ajouter d’autres équipes à cette liste de favoris dont l’Argentine ou encore l’Angleterre. Cependant, l’outsider de cette compétition est bel et bien le Danemark. Demi-finaliste du dernier Euro, et qualifié au Final 4 de l’UEFA Nations League -devant la France notamment-, le Danemark est doté de l’un des meilleurs collectifs de la compétitions et sera l’une des équipes à suivre au Qatar.

Regragui-ball :

      Que penser de nos Lions de l’Atlas ? Quel est l’objectif de la sélection marocaine ? Les hommes de Walid Regragui sont-ils prêts pour ce rendez-vous ?

      Depuis l’éviction de Vahid Halilodzic et la nomination du chouchou du peuple Walid Regragui à la tête de la sélection marocaine, la tendance penche plus vers l’optimisme. Situés dans un groupe relevé certes, mais qui reste jouable, les Lions de l’Atlas se voient dans l’impérativité de faire bonne figure avec l’objectif de passer au second tour.  

     Sur le papier, la liste communiquée par le sélectionneur marocain est très solide. Composée de l’une des meilleures, si ce n’est la meilleure paire de latéraux du mondial avec Hakimi et Mazraoui, de cadres confirmés à l’instar de Bono, Saïss et Amrabat, de techniciens à l’image de Boufal, Harit, Ezzalzouli ou Ounahi, et de joueurs qui ont tout à prouver comme Ziyech et Hamdellah, le Maroc a tout pour réussir sa compétition et a la capacité de réitérer, si ce n’est battre l’exploit de Mexique 86.

     La liste des absents comporte des joueurs qui ont participés à la qualification de la sélection marocaine, avec Adam Masina, Imrane Louza, Tarik Tissoudali (bléssés), Ryan Mmae et Ayoub El Kaabi (écartés).

On pourrait citer d’autres noms écartés comme Sami Mmae, Munir El Haddadi, Anas Zniti ou encore Soufiane Rahimi… Malheureusement, une liste de 26 ne peut pas faire le bonheur de tout le monde. Cependant, le mercredi 23 novembre à 11h, chacun trouvera une excuse afin de rater son cours ou s’échapper du boulot afin de suivre avec passion les premiers pas du Maroc dans cette Coupe du Monde. 

Par Younes FILALI



Mardi 15 Novembre 2022

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