Musculation, discipline, dopage : Abdou Hilali dit tout sans filtre


Derrière les corps sculptés, les podiums et les trophées, le bodybuilding reste au Maroc un univers rude, coûteux et souvent mal compris. C’est le constat lucide dressé par Abdou Hilali, champion international de musculation, dans une interview où il revient sur ses débuts, ses sacrifices et les réalités d’une discipline qui fait rêver beaucoup de jeunes, mais que peu mesurent vraiment dans toute sa rigueur.



Abdou Hilali brise les illusions du bodybuilding au Maroc

Le parcours d’Abdou Hilali commence loin des salles modernes et des équipements haut de gamme. Comme beaucoup de sportifs de sa génération, il raconte une entrée dans la musculation presque artisanale, nourrie par l’admiration pour les icônes du cinéma d’action, notamment Jean-Claude Van Damme. À l’époque, dit-il en substance, il n’y avait ni accompagnement, ni culture du coaching, ni moyens financiers réels. Il fallait bricoler, apprendre seul, s’accrocher. L’essentiel, déjà, résidait dans la volonté.

Ses premiers entraînements se déroulent dans des conditions précaires, dans des lieux improvisés, avec du matériel rudimentaire et des moyens très limités. Mais c’est précisément dans cette austérité que se forge, selon lui, l’esprit du champion : la discipline quotidienne, l’amour du sport, la répétition des efforts, même quand rien n’est confortable. Cette période, marquée par le manque, n’est pas racontée avec amertume, mais comme une école de caractère.

Plus tard, l’expérience de l’étranger lui ouvre une autre dimension du bodybuilding. Vivre seul en Europe, s’entraîner avec peu, observer d’autres méthodes, découvrir le haut niveau : tout cela a participé à sa transformation. Ce qu’il souligne surtout, c’est que le professionnalisme ne commence pas sur scène, mais bien avant, dans la gestion du quotidien, des frustrations, du temps et des sacrifices.

L’un des messages les plus forts de cette interview concerne la nutrition, souvent sous-estimée par les débutants. Abdou Hilali insiste sur un point simple mais décisif : on ne construit pas un corps d’athlète uniquement avec de la volonté. Il faut aussi une alimentation adaptée, régulière, riche en protéines, et donc coûteuse. Viandes, poisson, œufs, compléments, organisation des repas : derrière l’image spectaculaire du bodybuilding, il y a une logistique quotidienne lourde et un budget que tout le monde ne peut pas assumer facilement.

Il rappelle aussi que tous les corps ne réagissent pas de la même manière. La génétique, les hormones, l’âge, le métabolisme, la récupération : autant de paramètres qui rendent chaque progression différente. Certains prennent du muscle rapidement, d’autres beaucoup plus lentement. À partir de 35 ou 40 ans, explique-t-il, le corps demande davantage d’intelligence dans l’entraînement et dans l’hygiène de vie. Là encore, il casse un mythe : non, la musculation n’est pas une formule magique.

L’autre sujet sensible abordé sans détour est celui des compléments et du dopage. Le champion marocain adopte une ligne claire : oui, les compléments peuvent aider, mais ils ne remplacent ni l’entraînement ni la nutrition. Quant aux produits dopants, il reconnaît leur présence dans le milieu, tout en alertant sur les dérives, les usages aléatoires et les dangers liés aux produits frauduleux ou consommés sans suivi médical. Pour lui, le véritable problème ne vient pas seulement des substances, mais de l’improvisation et de l’absence d’encadrement sérieux.

Abdou Hilali se montre particulièrement sévère envers les jeunes qui veulent “des résultats rapides”. Il décrit une génération tentée par les raccourcis, fascinée par l’apparence, mais peu disposée à accepter le temps long, la patience et la rigueur que demande réellement ce sport. Son conseil est net : ne pas entrer dans la musculation pour impressionner les autres, mais pour construire une relation durable avec un mode de vie. Le sport, selon lui, n’est pas un outil de séduction ni une solution instantanée ; c’est un engagement.

Sur l’état du bodybuilding au Maroc, son regard est plus encourageant. Il estime que le niveau progresse, que les compétitions gagnent en qualité et que de plus en plus d’athlètes marocains se distinguent. Il cite une scène nationale en évolution, avec de jeunes profils prometteurs et des événements mieux organisés, même si les moyens financiers et la structuration du secteur restent encore en retrait par rapport aux standards internationaux.

Au fond, le témoignage d’Abdou Hilali vaut bien plus qu’un récit sportif. Il raconte un rapport au corps, à l’effort, à la frustration et à l’ambition. Et il adresse aux jeunes un message simple : choisir un sport qu’on aime vraiment, s’y engager avec constance, et comprendre qu’aucune réussite durable ne se construit dans la précipitation.
 
Dimanche 29 Mars 2026

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