Nizar Baraka et la souveraineté hydrique : le Maroc face au défi stratégique de l’eau


Par Said Temsamani

Par-delà le protocole diplomatique, certaines rencontres traduisent des choix structurants pour l’avenir d’un pays. L’entretien tenu à Rabat entre le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, et le directeur régional de la Banque mondiale pour le Maghreb et Malte s’inscrit précisément dans cette catégorie.

Il révèle la profondeur de la transformation engagée par le Maroc pour affronter l’un des défis les plus critiques du XXIᵉ siècle : la sécurité hydrique.



Une diplomatie de l’eau au cœur des priorités nationales

Dans un contexte marqué par le stress hydrique structurel, la variabilité climatique et l’intensification des événements extrêmes, le Maroc déploie une stratégie multidimensionnelle visant à sécuriser durablement ses ressources en eau.

La rencontre a mis en lumière l’alignement croissant entre les priorités nationales et les instruments de financement et d’expertise internationaux, ouvrant la voie à une coopération renforcée à court et moyen termes.
 
Au-delà du soutien financier, l’enjeu est stratégique : consolider une vision intégrée de la gestion de l’eau, associant planification territoriale, résilience climatique et gouvernance multisectorielle.

Gouvernance des crises : la reconnaissance internationale

 La reconnaissance exprimée par le responsable de la Banque mondiale quant à la gestion des récentes inondations souligne un acquis souvent sous-estimé : la montée en puissance des capacités opérationnelles marocaines.

Coordination interinstitutionnelle, mobilisation rapide des moyens et gestion de terrain efficace ont permis de contenir l’impact d’événements climatiques extrêmes.
 
Cette reconnaissance internationale conforte l’approche marocaine fondée sur l’anticipation des risques et la gestion intégrée des catastrophes naturelles.

Vers un partenariat stratégique à long terme

 Les discussions ont également porté sur la refonte du cadre de partenariat entre le Maroc et la Banque mondiale.

Le passage d’un cycle de programmation quinquennal à une approche décennale traduit un changement d’échelle : il ne s’agit plus seulement de financer des projets, mais d’accompagner une transformation structurelle à long terme.
 
Cette orientation favorise une cohérence stratégique accrue et renforce la coordination entre secteurs clés : agriculture, urbanisme, énergie, environnement et aménagement du territoire.

Une réforme structurelle au cœur de la stratégie hydrique

Le ministère conduit actuellement plusieurs chantiers structurants, dont la révision du Plan national de l’eau et l’actualisation de la stratégie nationale selon une approche territoriale intégrant les réalités climatiques.

Cette territorialisation de la politique hydrique constitue un tournant majeur, permettant d’adapter les réponses aux spécificités régionales.
 
La préparation d’un atlas national des zones exposées aux inondations s’inscrit dans cette logique d’anticipation et de planification, en partenariat avec les collectivités territoriales et les institutions spécialisées.

L’innovation technologique et les ressources non conventionnelles

Face à la raréfaction des ressources traditionnelles, le Maroc accélère le recours aux solutions non conventionnelles.

Le dessalement de l’eau de mer et la réutilisation des eaux usées traitées ne relèvent plus d’options techniques, mais d’un choix stratégique assumé pour renforcer la résilience hydrique du pays.
 
Parallèlement, la modernisation de la gestion des ressources passe par la généralisation des compteurs intelligents, permettant un suivi précis de la consommation et une gestion plus efficiente de l’eau.

L’expérience pilote menée dans la région d’Errachidia illustre cette transition vers une gouvernance numérique et intégrée.

Gouvernance durable des nappes phréatiques

La préparation de nouveaux contrats de nappes pour 2026 traduit une volonté de préserver les ressources souterraines face à leur surexploitation.

Cette approche contractuelle, fondée sur la concertation avec les acteurs locaux, renforce la durabilité et la responsabilisation dans la gestion des aquifères.

Une souveraineté hydrique comme pilier de la souveraineté nationale

 Au-delà des aspects techniques, la stratégie portée par Nizar Baraka consacre une nouvelle doctrine : la souveraineté hydrique comme composante essentielle de la souveraineté nationale.

Dans un contexte mondial marqué par les tensions sur les ressources, garantir l’accès durable à l’eau devient un impératif de stabilité économique, sociale et territoriale.
 
Le Maroc semble aujourd’hui engagé dans une mutation profonde : passer d’une gestion de la rareté à une gouvernance stratégique de l’eau. Un chantier colossal, mais indispensable pour sécuriser l’avenir.

Par Said Temsamani 


Vendredi 20 Février 2026

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