Noor Taroudant entre enfin en chantier : un investissement solaire stratégique pour la transition énergétique du Maroc


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Jeudi 29 Janvier 2026

Après des années d’attente, de procédures administratives complexes et de négociations foncières sensibles, le projet solaire Noor Taroudant s’apprête enfin à entrer en phase de construction. Intégré au programme Noor PV II piloté par MASEN et porté par le développeur émirati AMEA Power, ce projet photovoltaïque illustre à la fois les ambitions énergétiques du Maroc et les réalités parfois lentes de leur concrétisation sur le terrain. À la clé : plus de 200 millions de dirhams d’investissement, des emplois locaux et un nouveau pas vers la souveraineté énergétique du Royaume.



Il aura fallu de la patience. Beaucoup de patience. Depuis son intégration au programme Noor PV II en 2018, le projet Noor Taroudant a longtemps donné l’impression de piétiner. Annoncé, reporté, réannoncé. Sur le terrain, dans la province de Taroudant, certains élus locaux parlaient déjà d’un projet « fantôme ». Pourtant, début 2026 marque un tournant décisif : les travaux de la centrale solaire sont désormais sur le point de démarrer, après la finalisation des dernières autorisations environnementales et foncières.
 

Désigné en 2022 à l’issue d’une consultation internationale menée par l’Agence marocaine pour l’énergie durable (MASEN), le développeur AMEA Power, filiale du groupe émirati NOWAIS, s’apprête à passer à la phase concrète du chantier. Le calendrier initial, qui visait un démarrage en 2024, a été freiné principalement par une contrainte majeure : le foncier. L’acquisition des terrains, réalisée par expropriation pour cause d’utilité publique, a nécessité plusieurs mois afin de libérer une assiette d’environ 400 hectares, indispensable à la réalisation de cette infrastructure énergétique.
 

D’un point de vue industriel, Noor Taroudant affiche une capacité installée de 36 mégawatts-crête. L’investissement global dépasse les 200 millions de dirhams, un montant significatif à l’échelle d’un projet régional, mais cohérent avec les standards du photovoltaïque à grande échelle. Le chantier sera mené en une seule phase et devrait générer des dizaines d’emplois directs durant la période de construction. Au-delà des chiffres, l’impact économique indirect est également attendu, notamment pour les entreprises locales actives dans la logistique, le transport ou les services.
 

Dans une région où l’économie reste fortement dépendante de l’agriculture et des aléas climatiques, ce type d’investissement apporte une respiration nouvelle. Sans promettre de révolution sociale immédiate, Noor Taroudant participe à une diversification progressive du tissu économique local. « Ce n’est pas tous les jours qu’un projet structurant de cette taille arrive chez nous », confiait récemment un acteur économique local, prudent mais optimiste quant aux retombées à moyen terme.
 

Sur le plan national, le projet s’inscrit pleinement dans la stratégie marocaine de transition énergétique. Le Royaume ambitionne de porter la part des énergies renouvelables à environ 52 % de sa capacité électrique installée à l’horizon 2030. Le programme Noor PV II, dont fait partie Taroudant, comprend neuf centrales photovoltaïques réparties sur plusieurs régions, de Sidi Bennour à Guercif, en passant par Béjaâd, El Hajeb ou encore Aïn Beni Mathar. Une logique de maillage territorial qui vise à rapprocher la production des zones de consommation.
 

AMEA Power n’en est pas à son premier engagement au Maroc. En 2022, l’entreprise avait déjà été retenue pour le développement et l’exploitation de deux parcs solaires, dont celui d’El Hajeb, confirmant l’attractivité du marché marocain pour les investisseurs internationaux du secteur des énergies propres. Cette présence étrangère, souvent critiquée par certains, reste toutefois encadrée par MASEN, qui conserve un rôle central dans la gouvernance et la cohérence des projets.
 

Reste un enjeu clé : l’acceptabilité locale et environnementale. À Taroudant, comme ailleurs, la réussite du projet ne se mesurera pas uniquement en mégawatts produits, mais aussi dans la capacité à intégrer durablement les populations locales, à préserver les équilibres environnementaux et à maintenir un dialogue transparent avec les parties prenantes.


Avec le lancement imminent de Noor Taroudant, le Maroc transforme une promesse longtemps différée en réalité énergétique. Plus qu’une centrale solaire, ce projet symbolise une transition en marche : lente parfois, exigeante souvent, mais résolument tournée vers un modèle de développement plus durable, plus souverain et plus inclusif.





Jeudi 29 Janvier 2026
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