Un tissu dense, majoritairement de petite taille
En 2024, le Maroc comptait 380.230 entreprises personnes morales, en progression de 1,3% sur un an. Une hausse modeste mais significative, portée presque exclusivement par les très petites structures. Près de 94% des entreprises déclarent un chiffre d’affaires inférieur à 10 millions de dirhams. Les PME représentent 5,5% du total, les grandes entreprises à peine 0,5%. Cette pyramide inversée n’est pas nouvelle, mais elle continue de structurer et de limiter la création de valeur.
La géographie économique accentue ce déséquilibre. L’axe Tanger–El Jadida concentre près de 65% des EPMA actives. Casablanca-Settat s’impose comme le cœur battant du tissu productif, laissant les régions périphériques en quête de relais durables de croissance. Certes, Drâa-Tafilalet affiche la plus forte progression régionale du chiffre d’affaires (+13,6%), mais l’écart reste abyssal.
Créations dynamiques, mais fragilité précoce
Près de 96.000 entreprises ont été créées en 2024, dont 68.000 personnes morales, en hausse globale de 2%. Cette dynamique repose uniquement sur les sociétés (+5,5%), tandis que les créations de personnes physiques reculent de 5,7%. Là encore, la petite taille domine : 99,5% des nouvelles entreprises réalisent moins de 10 millions de dirhams de chiffre d’affaires.
Un signal mérite toutefois l’attention : les créations de PME progressent de 30,6%, même si elles ne représentent que 0,55% du total. Un frémissement, peut-être, vers une montée en gamme. Mais la réalité rattrape vite l’enthousiasme. Les dissolutions d’entreprises ont augmenté de 6,3% pour atteindre 11.596 unités. Plus d’une sur deux avait moins de cinq ans d’existence. Le commerce et la construction paient le prix fort, révélant une vulnérabilité structurelle des jeunes entreprises face aux chocs économiques.
La richesse, toujours captée par les grands
Le chiffre d’affaires cumulé des EPMA a atteint 2.628,1 milliards de dirhams en 2024, en hausse de 9,4%. Une performance nette, après une année 2023 plus atone. Mais la répartition interroge. Les grandes entreprises captent 63,7% du chiffre d’affaires national, contre seulement 9,7% pour les entreprises de moins de 10 millions de dirhams.
Même logique à l’export. Le chiffre d’affaires exporté progresse de 12,7% pour s’établir à 520,5 milliards de dirhams. Près de 80% sont réalisés par les grandes entreprises. Les petites structures, elles, plafonnent à 3,5%. L’industrie manufacturière tire la locomotive, avec 56,5% des exportations et une croissance spectaculaire de 42,7%.
La valeur ajoutée suit la même trajectoire. Elle atteint 536,5 milliards de dirhams (+16,6%), dont 64,7% générés par les grandes entreprises. Les TPE voient leur part reculer à 9,2%. Autrement dit, elles créent de l’emploi, mais captent peu de richesse.
Emploi et salaires : un rôle social sous tension
Les EPMA ont déclaré plus de 4,06 millions d’emplois à la CNSS en 2024, en hausse de 2%. Les entreprises de moins de 10 millions de dirhams concentrent 36,2% de ces emplois, devant les PME (34,4%) et les grandes entreprises (29,4%). Le rôle social des petites structures est indéniable.
Mais la qualité de l’emploi reste problématique. La masse salariale progresse de 8,6% à 221,8 milliards de dirhams. Pourtant, 72,7% des salariés perçoivent moins de 4.000 dirhams. Les femmes sont les plus exposées : plus d’une sur deux gagne un salaire inférieur au SMIG. Un chiffre qui, à lui seul, résume les limites du modèle actuel.
Entrepreneuriat féminin et accès au financement
En 2024, 60.363 entreprises sont dirigées par des femmes, soit 15,5% du total. Elles sont plus présentes dans les services sociaux, la santé ou l’enseignement, et davantage représentées parmi les jeunes entreprises. Mais leur accès au financement reste contraint. Les entreprises féminines n’ont capté que 10,8% de l’encours total de crédit bancaire.
Les fonds propres demeurent la principale source de financement des EPMA. Les petites entreprises restent dépendantes des apports des associés, signe d’un système financier encore peu inclusif, malgré les dispositifs publics existants.
Le rapport 2025 de l’OMTPME ne dresse ni un constat alarmiste, ni un tableau complaisant. Il montre une économie qui avance, mais sur une jambe plus courte que l’autre. L’enjeu, désormais, est clair : accompagner les TPE, sécuriser les premières années de vie des entreprises, élargir l’accès au financement notamment pour les femmes et réduire les fractures territoriales. La nouvelle charte de la TPE, évoquée par Amal Idrissi, pourrait être un levier structurant. À condition qu’elle se traduise rapidement en actions concrètes. Dans un Maroc jeune, ambitieux et en quête d’inclusion, le temps des diagnostics est derrière nous. Celui de l’exécution commence.