ONU/ Sahara Marocain : soixante jours...


Par Mustapha Sehimi - Professeur de droit (UMV Rabat), Politologue

Daté du 30 septembre dernier, rendu public hier, le rapport du Secrétaire général de l'ONU sur la question du Sahara marocain fait traditionnellement le point sur les multiples aspects du déroulé de ce dossier depuis un an. Il est cependant décalé par rapport aux nouveaux termes de l'évolution enregistrée, en particulier pour ce qui de la dynamique largement consensuelle en faveur du Maroc. Mustapha Sehimi revient sur ces avancées décisives dans les semaines à venir.



La situation n'a pas tellement changé, explique Antonio Guterres.

Elle "a continué par des tensions et des hostilités de faible intensité" entre le Maroc et le mouvement séparatiste. Il explique ensuite que "la reprise d'un dialogue international a contribué aux efforts de l'Organisation des Nations Unies visant à faire avancer le processus politique sous la conduite de son Envoyé personnel, Staffan de Mistura". L'on a droit ici à ce qu'il faut bien appeler un abus de langage. Cet émissaire onusien a-t-il vraiment la main ? Pas vraiment.

Il faut rappeler en effet qu'il a été pratiquement décrédibilisé - et même délégitimé - avec sa proposition faite voici un an, au Conseil de sécurité, avec sa proposition incongrue d'une partition des provinces sahariennes récupérés entre le Royaume et le "Polisario". Un recyclage plus de deux décennies après, de la proposition du président Bouteflika faite à James Baker, alors Envoyé personnel du Secrétaire général de l'ONU, à Houston, en novembre 2001, d'un plan de partage...

Si bien que De Mistura n'est pas plus un médiateur, ni un facilitateur audible, cette fonction lui échappant au profit de l'administration Trump. Réélu pour un nouveau mandat, le locataire de la Maison Blanche avait décidé, à la fin de sa première présidence, le 10 décembre 2020, de reconnaître la marocanité des provinces méridionales du Royaume en consacrant l'initiative de ce dernier, en date du 11 avril 2007, comme la seule solution de règlement négocié entre les parties.

Une dynamique accélérée

Guterres explique que "la reprise d'un dialogue international a contribué aux efforts de l'ONU visant à faire avancer le processus politique sous la conduite de son Envoyé personnel, Staffan de Mistura". L'on a droit ici à ce qu'il faut bien appeler un abus de langage. Cet émissaire onusien a été pratiquement décrédibilisé - et même délégitimé - avec sa proposition avec sa proposition incongrue d'une partition des provinces sahariennes
De là, a été enclenchée une dynamique s'accélérant de plus en plus pour élargir le périmètre d'adhésion et de soutien de puissances influentes à la cause nationale (France et Royaume-Uni membres permanents du Conseil de sécurité) et d'autres comme l'Allemagne, l'Espagne, des pays africains importants (Nigéria, Ghana), caribéens, européens et autres.

Si la Chine observe toujours une neutralité bienveillante, la Russie qui traditionnellement avait la même position - celle de l'abstention au vote des résolutions de la haute instance onusienne- a évolué ces derniers jours.

A l'occasion de la 8ème session de la commission mixte intergouvernementale, à Moscou, le ministre des Affaires étrangères, Serguei Lavrov, a eu des entretiens avec son homologue marocain, Nasser Bourita, les 15-16 octobre courant. Lors d'une conférence de presse, il a ainsi déclaré que "toute solution acceptable pour toutes les parties serait satisfaisante". Et d'ajouter que la proposition de Rabat d'autonomie " pourrait faire partie de la solution". Nous notons le rôle joué par la proposition marocaine d'autonomie comme cadre de règlement".

Voilà bien, il faut le relever, un changement diplomatique significatif alors que Moscou avait jusque-là gardé une posture pratiquement distanciée sous couvert de neutralité et partant d'abstention au Conseil de sécurité.

Les lignes bougent

Les lignes bougent donc. Le Département d'État américain se mobilise pour accélérer le processus politique en vue d'aboutir à une solution définitive au conflit artificiel autour du Sahara marocain. Au Conseil de sécurité, c'est l'ambassadeur américain, traditionnellement pen holder ("Porte-plume") du projet de résolution qui a été chargé de préparer un texte. Il invite les parties concernées Maroc, Algérie, Polisario et Mauritanie, à reprendre les négociations sans conditions préalables, sur la base exclusive de la proposition marocaine d'autonomie.

Cette formulation fait justice, si besoin était, de manière implicite à la référence au référendum d'autodétermination abandonnée d'ailleurs dans les résolutions du Conseil de sécurité depuis... 2003 ! Alger et le "Polisario" sont désormais au pied du mur, l'impasse est totale. Ces parties doivent opérer une révision déchirante de leurs positions communes sur ce dossier.

Elles n'ont pas d'autre choix que de se réinsérer dans le processus onusien. L'Algérie a récusé en 2020 le format des tables rondes qui avaient été tenues en décembre 2018 et mars 2019 en Suisse. Quant aux séparatistes, ils avaient également épousé cette position en ajoutant qu'ils dénonçaient le cessez-le feu le 20 novembre 2020, au lendemain de l'opération de normalisation de la circulation par les FAR du poste frontière de Gueguerat avec la Mauritanie.

Un agenda contraignant

L'agenda actuel est contraignant et il paraît devoir s'imposer à ces deux parties. Le conseiller pour l'Afrique du président Trump, Massad Boulos, a insisté sur l'implication de l'Algérie comme partie essentielle, relevant au passage le statut minoré du mouvement séparatiste " qualifié de "groupe du Polisario". Une autre évolution tout aussi significative regarde le mandat de la Minurso mise en place en septembre 1991.

Elle n'a pas à prendre en charge un référendum comme c'était prévu voici plus de trois décennies. Elle est appelée à être reformatée pour connaître désormais du monitoring de l'assistance à l'application du plan marocain d'autonomie sur le terrain. Plus encore, il n'est plus question d'un renouvellement de sa mission pour une année mais pour un mandat limité à trois mois, soit jusqu'à la fin janvier 2026.

Pourquoi un renouvellement seulement trimestriel ? Pour accélérer le calendrier diplomatique, faire pression sur Alger et le "Polisario" et pousser à des négociations devant être engagées dans les prochaines semaines, conformément au canevas qui va être précisé dans la nouvelle résolution du Conseil de sécurité à la fin de ce mois d'octobre 2025.

En somme, un délai de soixante jours. Une évaluation des avancées de ce processus de règlement sera faite au terme des six premières semaines qui suivront, soit le 15 décembre prochain. Le deadline des négociations donc dans 3 mois. Tout sera sur la table pour une évaluation conséquente : réévaluation de la Minurso, plan de règlement et de paix. Cinquante ans après 1a Marche Verte, justice sera rendue au Maroc sur la base de ses titres historiques et juridiques par la communauté internationale. Une nouvelle séquence...

PAR MUSTAPHA SEHIMI/QUID.MA -



Jeudi 23 Octobre 2025

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