ONU : un rapport qui conforte la diplomatie marocaine et l’autonomie comme seule solution crédible au Sahara


Rédigé par La rédaction le Mercredi 22 Octobre 2025

Voici une lecture diplomatique du rapport du Secrétaire général au Conseil de sécurité sur le Sahara Marocain par un diplomate Marocain, sollicité par la rédaction de LODJ Média



D’abord, le rapport consigne une consolidation d’appuis internationaux à l’option marocaine d’autonomie. Deux signaux forts s’y détachent : la réaffirmation par Washington de la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara et l’appel à engager des pourparlers « en utilisant le plan d’autonomie du Maroc comme seul cadre » ; et, de Londres, la qualification du plan marocain d’« fondements les plus crédibles, viables et pragmatiques » pour un règlement durable, assortie d’un soutien actif au processus onusien. Ces éléments structurent un corridor diplomatique qui va au-delà des déclarations politiques de circonstance : ils balisent le cadre de négociation et confèrent de la lisibilité aux partenaires. 

Dans le même esprit, le rapport atteste d’une centralité de l’ONU que Rabat assume et revendique. Le ministre des Affaires étrangères souligne que seule l’Organisation peut conférer la légitimité à une solution ; corollaire important, l’Envoyé personnel est soutenu largement par les membres du Conseil, ce qui stabilise la scène procédurale. Pour la diplomatie marocaine, cela signifie un terrain de jeu maîtrisé, où l’initiative de 2007 reste la référence opérationnelle et où les formats de discussion (avec le Front POLISARIO, l’Algérie et la Mauritanie) sont clairement balisés. 

Sur le registre politique interne, le rapport retient deux messages de souverain apaisants : le Roi met en avant une solution “sans vainqueur ni vaincu” et exprime la disposition au dialogue franc avec l’Algérie. Diplomatiquement, c’est un signal de désescalade qui place Rabat dans une posture de responsabilité régionale — utile à la fois pour conforter l’image du Maroc comme fournisseur de stabilité maghrébine et pour isoler la logique de confrontation. 

Sur le terrain socio-économique, le rapport mentionne des initiatives de développement à l’ouest du mur de sable : eau, routes, électricité, santé, éducation, ainsi que l’organisation d’événements diplomatiques, culturels et sportifs. Une donnée démographique significative est relevée : la population de cette partie du territoire serait passée d’environ 450 000 à 600 000 en dix ans, selon un recensement national. Ce ancrage humain et la capillarité des services confortent la thèse marocaine d’une normalisation par le développement, où les politiques publiques servent d’arguments tangibles dans la bataille de récits. 

À la rubrique connectivité régionale, le Maroc a achevé une route d’environ 93 km reliant Smara à la Mauritanie, promis à l’usage civil et créant un second point de passage en complément de Guerguerat. Pour Rabat, c’est un dividende stratégique : fluidifier les échanges, sécuriser les circuits logistiques et arrimer l’espace saharien à l’économie régionale, tout en renforçant l’argument de l’intégration maghrébine par les infrastructures. 

Le registre sécuritaire admet des hostilités de faible intensité mais insiste sur des faits utiles à Rabat : la plupart des tirs confirmés tombent en zones reculées et n’entraînent pas de dégâts majeurs ; la coopération avec la MINURSO est active et régulière (réunions, escortes, coordination), et, point crucial, la Mission conserve confiance dans la capacité du Maroc à assurer la sûreté de son personnel et de ses biens à l’ouest du mur. Cela crédibilise la capacité étatique marocaine à maîtriser le risque et à coopérer avec l’ONU, un atout clé pour toute solution politique. 

Autre levier positif, la lutte antimines : côté marocain, près de 129 millions de m² auraient été dépollués en un an à l’ouest du mur (mines antipersonnel, antichars et engins explosifs détruits). C’est un investissement humanitaire et sécuritaire concret qui réduit les externalités négatives du conflit et sécurise le quotidien. Diplomatiquement, cela renforce la crédibilité d’un Maroc gestionnaire de sécurité plutôt que fauteur de risque. 

Le chapitre droits humains comporte des critiques et des demandes (accès du HCDH, libertés publiques, situation carcérale). Plutôt que d’y voir une faiblesse insurmontable, la diplomatie marocaine peut y déceler une fenêtre d’alignement avec le Secrétariat : ouvrir davantage l’accès, documenter proactivement les garanties procédurales, capitaliser sur le rôle du Conseil national des droits de l’homme (visites, médiations, traitement des plaintes) pour démontrer des améliorations mesurables. Cette ingénierie de confiance serait doublement utile : déminer un angle d’attaque récurrent et récompenser les États qui soutiennent déjà l’option d’autonomie en leur offrant des preuves de conformité. 

Sur l’économie politique des partenaires, la neutralité positive réaffirmée par Nouakchott est un point d’appui. La Mauritanie partage avec le Maroc l’intérêt de stabiliser les flux transfrontaliers et la sécurité de ses ressortissants . Une coordination pragmatique Rabat–Nouakchott sur mobilité, commerce, sécurisation des corridors et information des populations consoliderait la verticale atlantique à laquelle le Maroc travaille (du portuaire au routier). 

Enfin, sur la méthode, le rapport recommande de proroger la MINURSO et de relancer un cessez-le-feu plein et entier. Pour Rabat, prendre l’initiative — gestes de désescalade, briefings de transparence sur les opérations, clarifications quand des incidents surviennent — renforcerait la posture gagnante du Maroc : celle du partenaire fiable de l’ONU, sûr de sa proposition d’autonomie, ouvert au compromis et moteur du développement régional.

En langage diplomatique, c’est la combinaison la plus efficace : des faits sur le terrain (infrastructures, services, sécurité) et une lisibilité politique (ONU au centre, autonomie comme horizon), soutenues par des alliés clés et un discours royal d’ouverture. 
 

​Verdict diplomatique :

Le rapport fixe un cadre où le Maroc bénéficie d’un alignement utile (ONU comme forum, autonomie comme solution “crédible et pragmatique”, États-clés en soutien, partenariats régionaux activables). La marge de progrès se situe sur l’agenda droits humains et la gestion des incidents, non comme concessions mais comme investissements qui consolident la trajectoire d’internationalisation positive de la position marocaine. En d’autres termes : continuer à prouver, moins à proclamer — c’est précisément ce que ce texte permet déjà de lire. 

ONU, Sahara marocain, diplomatie marocaine, autonomie, Conseil de sécurité, rapport du Secrétaire général, MINURSO, souveraineté, Algérie, développement des provinces du Sud, stabilité régionale





Mercredi 22 Octobre 2025
Dans la même rubrique :