Oui, on s’y attend. Oui, nous avons l’habitude de certaines mauvaises fois parisienne
Le Maroc n’est plus un pays complexe comme les autres ; il devient un décor. Une monarchie, deux ou trois silhouettes, quelques clichés, et le lecteur français est prié de croire qu’il a tout compris.
Faut-il y voir une campagne annuelle, coordonnée, déclenchée contre le Maroc à l’approche de la Fête du Trône ? L’investigation oblige à reconnaître que le scénario est devenu presque mécanique dans certaines rédactions françaises.
Effectivement, les archives font apparaître une séquence récurrente : le 30 juillet, date de la Fête du Trône. Cette mécanique est d’autant plus visible que certaines voix choisissent précisément la séquence de la Fête du Trône pour frapper fort.
Pour certaines rédactions françaises, notamment celles dont le fonds de commerce idéologique reste la posture morale, le Maroc offre chaque été un filon commode. Elles mobilisent alors leurs affairistes de l’humanitaire, leurs droits-de-l’hommistes professionnels, leurs entrepreneurs de morale et autres tartuffes humanitaires, toujours disponibles pour vendre leur vertu éternelle et prétendument universelle.
Le procédé est connu : distribuer les bons et les mauvais points depuis Paris, s’émouvoir à géométrie variable, puis faire passer une lecture politique très située pour une vérité morale absolue. À force, le discours ne convainc plus vraiment ; il révèle surtout ceux qui en vivent.
Et puis il y a une autre droite médiatique, plus obsédée par une éternelle nostalgie coloniale que réellement préoccupée par le destin du Maroc. Celle-là ne supporte pas tout à fait qu’un pays anciennement placé sous influence parle désormais d’égal à égal, diversifie ses alliances, défende ses intérêts et refuse les rappels à l’ordre déguisés en analyses géopolitiques. Dans son imaginaire, le Maroc acceptable est celui qui écoute, qui remercie et qui ne contredit pas. Dès qu’il affirme sa souveraineté, on lui reproche son arrogance ; dès qu’il choisit ses priorités, on y voit une ingratitude. Ce n’est pas de l’information : c’est la nostalgie mal digérée d’un temps où Paris croyait encore distribuer les permissions de penser et d’agir.
Le problème commence lorsque les accroches remplacent l’enquête et lorsque les récits sont écrits avant même que les faits ne soient analysés, contextualisés et même hiérarchisés.
Le problème survient quand des épisodes réels sont transformés en preuve définitive d’un pays éternellement bloqué. C’est la paresse de la généralisation. Chaque réforme devient cosmétique, chaque réussite une opération de communication, chaque difficulté la manifestation d’une essence nationale supposément immuable. Et surtout, les Marocains disparaissent du tableau : ils ne sont plus des citoyens qui débattent, protestent, entreprennent, innovent et critiquent ; ils deviennent les figurants silencieux d’un grand récit français sur l’éternel « Royaume marocain ».
La mauvaise foi serait toutefois marocaine si nous effacions ce qui dérange. La liberté de la presse, l’indépendance de la justice, l’école, la santé, les inégalités territoriales et le coût de la vie ne sont pas des inventions parisiennes. Ce sont des sujets marocains, souvent portés par les Marocains avant les correspondants étrangers. Un pays sûr de lui n’exige pas des articles aimables. Il réclame des articles justes : documentés, contextualisés et capables de reconnaître que le Maroc n’est ni un paradis de brochures touristiques ni une dystopie de salon. Mais un pays qui avance selon son rythme, ses hommes et son calendrier régional et géostratégique.
Les archives donnent aussi une leçon embarrassante aux prophètes de l’effondrement. Elles rappellent une vérité simple : la réalité résiste mieux que les scénarios monocolores.
Cela prouve deux choses à la fois : le Maroc reste un objet médiatique très vendeur en France, et certaines rédactions savent que la monarchie marocaine demeure un sujet qui attire, inquiète, irrite ou fascine leur lectorat.
Il existe, dans une partie du commentaire français, une tentation tenace : parler du Maroc comme d’un ancien espace familier dont Paris détiendrait encore les codes, les failles et presque le mode d’emploi. Cette posture s’entend dans certaines formulations condescendantes, dans l’usage paresseux de catégories exotiques, dans l’incapacité à penser une puissance régionale qui négocie, choisit ses partenaires, défend ses intérêts et ne demande plus à être validée.
Les relations franco-marocaines ont longtemps été structurées par des réseaux politiques, économiques et médiatiques d’une proximité assumée ; leur affaiblissement a aussi rendu le regard plus nerveux, parfois plus soupçonneux.
À ces messieurs, il faut donc répondre calmement : continuez à enquêter. C’est votre métier. Mais enquêtez aussi sur vos angles morts. Comparez ce qui est comparable. Écoutez les voix marocaines hors de vos réseaux habituels. Ne confondez pas exigence démocratique et nostalgie de tutelle. Et ne prenez pas l’esprit critique marocain pour une procuration vous autorisant à mépriser le Maroc.
Oui, on s’y attend. Oui, nous avons l’habitude de certaines mauvaises fois. Mais nous sommes vaccinés : non contre la critique, heureusement, mais contre le mépris emballé en expertise. Et cette immunité-là est peut-être le signe le plus discret d’un pays qui a grandi.
Faut-il y voir une campagne annuelle, coordonnée, déclenchée contre le Maroc à l’approche de la Fête du Trône ? L’investigation oblige à reconnaître que le scénario est devenu presque mécanique dans certaines rédactions françaises.
Effectivement, les archives font apparaître une séquence récurrente : le 30 juillet, date de la Fête du Trône. Cette mécanique est d’autant plus visible que certaines voix choisissent précisément la séquence de la Fête du Trône pour frapper fort.
Pour certaines rédactions françaises, notamment celles dont le fonds de commerce idéologique reste la posture morale, le Maroc offre chaque été un filon commode. Elles mobilisent alors leurs affairistes de l’humanitaire, leurs droits-de-l’hommistes professionnels, leurs entrepreneurs de morale et autres tartuffes humanitaires, toujours disponibles pour vendre leur vertu éternelle et prétendument universelle.
Le procédé est connu : distribuer les bons et les mauvais points depuis Paris, s’émouvoir à géométrie variable, puis faire passer une lecture politique très située pour une vérité morale absolue. À force, le discours ne convainc plus vraiment ; il révèle surtout ceux qui en vivent.
Et puis il y a une autre droite médiatique, plus obsédée par une éternelle nostalgie coloniale que réellement préoccupée par le destin du Maroc. Celle-là ne supporte pas tout à fait qu’un pays anciennement placé sous influence parle désormais d’égal à égal, diversifie ses alliances, défende ses intérêts et refuse les rappels à l’ordre déguisés en analyses géopolitiques. Dans son imaginaire, le Maroc acceptable est celui qui écoute, qui remercie et qui ne contredit pas. Dès qu’il affirme sa souveraineté, on lui reproche son arrogance ; dès qu’il choisit ses priorités, on y voit une ingratitude. Ce n’est pas de l’information : c’est la nostalgie mal digérée d’un temps où Paris croyait encore distribuer les permissions de penser et d’agir.
Le problème commence lorsque les accroches remplacent l’enquête et lorsque les récits sont écrits avant même que les faits ne soient analysés, contextualisés et même hiérarchisés.
Le problème survient quand des épisodes réels sont transformés en preuve définitive d’un pays éternellement bloqué. C’est la paresse de la généralisation. Chaque réforme devient cosmétique, chaque réussite une opération de communication, chaque difficulté la manifestation d’une essence nationale supposément immuable. Et surtout, les Marocains disparaissent du tableau : ils ne sont plus des citoyens qui débattent, protestent, entreprennent, innovent et critiquent ; ils deviennent les figurants silencieux d’un grand récit français sur l’éternel « Royaume marocain ».
La mauvaise foi serait toutefois marocaine si nous effacions ce qui dérange. La liberté de la presse, l’indépendance de la justice, l’école, la santé, les inégalités territoriales et le coût de la vie ne sont pas des inventions parisiennes. Ce sont des sujets marocains, souvent portés par les Marocains avant les correspondants étrangers. Un pays sûr de lui n’exige pas des articles aimables. Il réclame des articles justes : documentés, contextualisés et capables de reconnaître que le Maroc n’est ni un paradis de brochures touristiques ni une dystopie de salon. Mais un pays qui avance selon son rythme, ses hommes et son calendrier régional et géostratégique.
Les archives donnent aussi une leçon embarrassante aux prophètes de l’effondrement. Elles rappellent une vérité simple : la réalité résiste mieux que les scénarios monocolores.
Cela prouve deux choses à la fois : le Maroc reste un objet médiatique très vendeur en France, et certaines rédactions savent que la monarchie marocaine demeure un sujet qui attire, inquiète, irrite ou fascine leur lectorat.
Il existe, dans une partie du commentaire français, une tentation tenace : parler du Maroc comme d’un ancien espace familier dont Paris détiendrait encore les codes, les failles et presque le mode d’emploi. Cette posture s’entend dans certaines formulations condescendantes, dans l’usage paresseux de catégories exotiques, dans l’incapacité à penser une puissance régionale qui négocie, choisit ses partenaires, défend ses intérêts et ne demande plus à être validée.
Les relations franco-marocaines ont longtemps été structurées par des réseaux politiques, économiques et médiatiques d’une proximité assumée ; leur affaiblissement a aussi rendu le regard plus nerveux, parfois plus soupçonneux.
À ces messieurs, il faut donc répondre calmement : continuez à enquêter. C’est votre métier. Mais enquêtez aussi sur vos angles morts. Comparez ce qui est comparable. Écoutez les voix marocaines hors de vos réseaux habituels. Ne confondez pas exigence démocratique et nostalgie de tutelle. Et ne prenez pas l’esprit critique marocain pour une procuration vous autorisant à mépriser le Maroc.
Oui, on s’y attend. Oui, nous avons l’habitude de certaines mauvaises fois. Mais nous sommes vaccinés : non contre la critique, heureusement, mais contre le mépris emballé en expertise. Et cette immunité-là est peut-être le signe le plus discret d’un pays qui a grandi.