Ormuz à l’est, Bab el-Mandeb au sud : le commerce mondial se retrouve pris entre deux détroits


Rédigé par le Lundi 14 Septembre 2026

L’avancée des Houthis le long de la côte yéménite de la mer Rouge place désormais Bab el-Mandeb au cœur du rapport de force régional. Alors que le détroit d’Ormuz reste sous pression, le deuxième grand passage stratégique reliant le Golfe, l’Asie et l’Europe devient lui aussi vulnérable. Pour le commerce mondial, le danger n’est plus seulement de manquer de pétrole. Il est de ne plus savoir par où le faire passer.



Les cartes géographiques ont parfois besoin d’être regardées à nouveau.

À l’est de la péninsule Arabique : le détroit d’Ormuz.

Au sud-ouest : Bab el-Mandeb.

Entre les deux : les grandes puissances pétrolières du Golfe.

Pendant longtemps, le problème principal était Ormuz.

Une grande partie des exportations énergétiques du Golfe transite par ce passage étroit.
Les pays producteurs ont donc investi depuis des années dans des routes alternatives.
Mais la progression des Houthis au Yémen change l’équation.

Le mouvement soutenu par l’Iran a consolidé sa présence sur la côte de la mer Rouge et renforcé sa capacité de pression sur Bab el-Mandeb, passage stratégique reliant mer Rouge et golfe d’Aden.

Le monde découvre donc une nouvelle difficulté.

Contourner un détroit ne sert à rien si l’on tombe ensuite sur un autre.

L'Arabie saoudite avait construit une sortie de secours

L’Arabie saoudite dispose d’un oléoduc Est-Ouest permettant de transporter du pétrole depuis les zones de production orientales jusqu’à Yanbu, sur la mer Rouge.

Le principe est simple.

Si Ormuz devient dangereux, le brut peut traverser le Royaume par pipeline puis être chargé sur des tankers côté mer Rouge.

Cette infrastructure constituait donc une assurance stratégique.

Or elle a elle-même été affectée par des attaques récentes, renforçant l’inquiétude autour des capacités d’exportation alternatives.

Et même lorsqu’un tanker part de Yanbu, une question demeure.

S’il veut rejoindre l’Asie par le sud, il doit passer près de Bab el-Mandeb.

L’échappatoire à Ormuz rejoint donc une autre zone à risque.

Bab El -Mandeb est petit sur la carte, immense dans l'économie

Le détroit mesure quelques dizaines de kilomètres dans sa partie la plus étroite.

Mais sa valeur économique est disproportionnée.

Il permet aux navires de relier la mer Rouge à l’océan Indien.

Avec le canal de Suez au nord, il constitue l’un des deux verrous de la route maritime Europe-Asie.

Fermer ou rendre dangereux Bab el-Mandeb signifie contraindre les navires à contourner l’Afrique.

Le cap de Bonne-Espérance redevient alors la route.

Cela ajoute des milliers de kilomètres.

Du carburant.

Des jours de navigation.

Des assurances.

Des équipages immobilisés plus longtemps.

Et donc de l’argent.

Le pétrole n'est que la moitié du problème

Le réflexe naturel consiste à regarder le prix du Brent.

C’est logique.

Le Brent dépasse aujourd’hui 107 dollars.

Mais le choc peut également arriver par le conteneur.

Environ 80 % du commerce mondial en volume passe par voie maritime.

Lorsque les routes deviennent plus longues ou plus dangereuses, le coût du commerce augmente.
Cela touche l’électronique. Les pièces automobiles. Les machines. Le textile. Les produits chimiques. Les matières premières. Les produits alimentaires.

Une tension maritime régionale finit donc par entrer dans les prix d’objets fabriqués à des milliers de kilomètres.

Pour le Maroc, suez reste une arrière extérieure

Le Maroc possède une façade atlantique exceptionnelle.

Mais une partie de son commerce avec l’Asie reste liée aux routes passant par Suez et la mer Rouge.

Une détérioration durable de Bab el-Mandeb peut donc allonger certains trajets vers Tanger Med, Casablanca ou Nador.

Les conséquences ne sont pas nécessairement spectaculaires du jour au lendemain.
Elles peuvent apparaître plus discrètement.
Un conteneur qui arrive huit jours plus tard. Une pièce détachée plus chère. Une assurance maritime augmentée. Une entreprise qui doit stocker davantage. Une livraison qui prend du retard.

Mais additionnés, ces petits surcoûts deviennent macroéconomiques

Les Houthis gagnent une carte de négation

La dimension géopolitique est tout aussi importante.

La progression des Houthis donne à l’Iran et à ses alliés un nouveau levier sur les monarchies du Golfe.

Si Téhéran exerce une pression à Ormuz et que les Houthis peuvent menacer Bab el-Mandeb, les producteurs du Golfe se trouvent pris entre deux points de passage stratégiques.

Cela peut modifier leurs calculs diplomatiques.

Les États du Golfe pourraient être tentés de rechercher davantage de garanties directes auprès de l’Iran plutôt que de dépendre exclusivement de la protection américaine.

Autrement dit, la géographie maritime commence à modifier la diplomatie.

Le monde redécouvre la géographie

Pendant trente ans, la mondialisation a donné l’impression que les marchandises circulaient presque naturellement.

Un clic.
Une commande.
Un navire.
Une livraison.


Mais entre les deux existent toujours des ports, des canaux, des détroits et des frontières.
L’économie numérique n’a jamais supprimé la géographie.

Elle l’avait simplement rendue moins visible.

Ormuz et Bab el-Mandeb viennent la remettre brutalement au centre.

Pour le Maroc, la leçon dépasse donc le Moyen-Orient.

- Diversifier les fournisseurs.

- Renforcer les stocks stratégiques.

- Développer les connexions atlantiques.

- Réduire la dépendance énergétique.

Et construire une logistique capable d’absorber les chocs devient une politique de souveraineté.

Le prochain choc inflationniste ne viendra peut-être pas uniquement du prix du pétrole.

Il pourrait venir d’une chose beaucoup plus banale : le prix supplémentaire payé pour faire faire quelques milliers de kilomètres de plus à un navire.




Lundi 14 Septembre 2026
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