Depuis que Ouarzazate relève de la région d'Errachidia, les autorités et les instances élues régionales se focalisent sur leur ville et ses abords immédiats, reléguant Ouarzazate « de l'autre côté », à l'oubli.
Ces crises ne sont donc plus de simples revendications sectorielles. Ils révèlent une crise structurelle multidimensionnelle qui dure depuis longtemps.
Au-delà de la connectivité aérienne défaillante, symptôme le plus visible d'un isolement profond, se cache un modèle de développement territorial fragilisé et incohérent.
Les professionnels opérant à Ouarzazate disent à qui veut l'entendre que l'attractivité touristique et cinématographique est en péril. Dans une économie mondialisée, la fluidité des flux détermine la compétitivité.
L'absence de vols directs depuis les marchés émetteurs européens et nord-américains érode l'attractivité d'Ouarzazate, pilier économique local avec ses deux industries phares : le tourisme et le cinéma.
La dépendance aux hubs de Casablanca ou Marrakech rompt la chaîne de valeur, tandis que l'imprévisibilité logistique réfute les tour-opérateurs et les productions internationales. À cela s'ajoute, faut-il le présenter, la faiblesse étonnante des liaisons aériennes internes.
Cet effet domino frappe l'économie locale.
Les hôtels enregistrent une baisse de fréquentation, les marges se compriment, les investissements manquent récemment de rentabilité. Les emplois indirects en guides, transporteurs, artisans et restaurateurs s'en précarisent.
Si les tour-opérateurs contournent la destination, les productions cinématographiques optent elles pour des rivaux plus accessibles.
Les séjours raccourcissent de façon drastique. Ouarzazate n'est pas rejetée : elle est contournée, ce qui, dans le tourisme, équivaut à une disparition progressive.
Le Sud-Est marocain regorge de ressources minières stratégiques : argent, manganèse, cobalt. Pourtant, la valeur générée échappe au territoire :
Faible redistribution locale : les revenus sont peu réinvestis en infrastructures, emplois qualifiés ou services publics. Effet d'enclave : les sites miniers sont isolés, sans intégration économique. Externalités négatives : la pression sur l'eau est très forte, entraînant une dégradation environnementale sans compensation. Absence de transformation : l'exportation de matières brutes privée de la région de chaînes de valeur industrielles.
Ainsi, le territoire produit de la richesse sans bâtir son avenir, accentuant un sentiment d'injustice profond
Défis de gouvernance et risques systémiques
Pourtant, malgré une valorisation discursive sans précédent : hub cinématographique, porte du désert, Ouarzazate reste mal intégré dans une stratégie de désenclavement véritable.
Où est la coordination entre transports, tourisme et développement territorial ? Pourquoi les infrastructures immatérielles (connectivité, logistique) traînent-elles en comparaison avec d'autres régions du pays ?
At-on une vision claire du rôle que Ouarzazate peut jouer dans l'économie nationale ?
Le déficit critique transforme un potentiel énorme en fragilité. L'image pâtit gravement : accès complexe pour les voyageurs, incertitudes pour les productions. La perception étant une clé active, une marginalisation silencieuse s'installe ansi, menaçant une sortie des radars internationaux : moins de nuitées touristiques, moins de films, moins d'investissements, moins d'emplois.
Un cercle vicieux relègue ce véritable pôle d'excellence en périphérie oubliée.
Repenser le modèle : leviers pour un développement cohérent
Sans cela, Ouarzazate continue à cumuler les paradoxes :
Riche en ressources, pauvre en retombées ; Visible mondialement, marginalisée localement.
À terme, ce n'est plus une crise économique et sociale qui pénalise Ouarzazate et ses habitants, mais une menace pour la cohésion territoriale et la justice tout court. Les crises d'Ouarzazate n'ont d'autre mais que de faire prendre conscience de sa crise structurelle ignorée…
Jusqu'à quand ?
PAR AZIZ DAOUDA/BLUWR.COM