Parler n’est pas comprendre : quels choix d’IA pour le Maroc ?


Par Dr Az-Eddine Bennani

On parle beaucoup d’intelligence artificielle, de souveraineté numérique et de modèles de langage de grande taille (LLM). Leur capacité à « parler », expliquer, traduire et reformuler est parfois impressionnante. Mais une confusion persiste : parler n’est pas comprendre.

Cette limite concerne aussi bien les grands modèles de langage que les LLM de petite taille, plus frugaux ou spécialisés. Pour clarifier cette distinction, je mobilise un cadre que je développe depuis plusieurs années : le modèle de l’entreprise intelligente.

Les LLM sont des modèles statistiques du langage. Qu’ils soient de grande taille ou de petite taille, ils apprennent des corrélations textuelles à partir de données massives ou ciblées et produisent des réponses plausibles, cohérentes et parfois impressionnantes. Mais ils n’ont aucun accès direct au réel : pas de perception du monde, pas de mémoire persistante liée à l’action, pas de compréhension causale, pas de capacité autonome de décision stratégique.

Ils simulent la compréhension par le langage, sans jamais être confrontés aux conséquences économiques, sociales ou humaines de leurs réponses.



Dans mon modèle d’entreprise intelligente, une organisation performante ne se limite pas à produire des discours ou des rapports.

Elle repose sur une boucle systémique complète : perception des signaux faibles du terrain, interprétation contextuelle (économique, sociale, culturelle), décision sous contraintes réelles, action dans le monde réel, apprentissage et ajustement continu.

Un LLM, grand ou petit, peut assister certaines fonctions, mais il ne peut pas fermer cette boucle, car il n’est ni acteur du terrain ni responsable de l’action.

Le Maroc n’est pas un corpus de textes. C’est un système vivant, structuré par des territoires hétérogènes, une économie largement informelle et relationnelle, une forte oralité, des traditions, des usages et des compromis sociaux implicites.

Un LLM peut parler du Maroc. Il ne peut pas raisonner comme un acteur marocain inséré dans ses contraintes locales.

Un partenariat avec Mistral AI peut être utile, à condition qu’il ne se limite pas à l’adoption d’un modèle linguistique. Un vrai partenariat doit renforcer les capacités locales de décision, permettre un transfert réel de compétences et servir les intérêts du Maroc et de ses citoyens.

Un partenariat stratégique de long terme avec AMI Labs prend tout son sens dans cette perspective.

Les modèles du monde visent à comprendre le réel aux niveaux microéconomique, mésoéconomique et macroéconomique, à intégrer les environnements sociaux, les contextes culturels et les logiques d’adaptation.

Ils ouvrent la voie à une IA capable de faire transpirer la culture et les traditions dans les systèmes intelligents, afin d’assurer la pérennisation et la transmission des métiers artisanaux qui caractérisent profondément l’identité marocaine.

Les LLM sont des outils puissants, mais ils restent des machines à langage. La souveraineté numérique du Maroc repose sur la capacité à bâtir une intelligence artificielle ancrée dans le réel, au service du développement, des citoyens et du patrimoine vivant.

Par Dr Az-Eddine Bennani


Jeudi 15 Janvier 2026

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