Participation de 130 pays Africains à une formation universitaire marocaine diplomante en cancérologie pédiatrique


Interview entre Dr Anwar CHERKAOUI et Pr Laila HESSISSEN, responsable du Diplôme Universitaire de Cancérologie pédiatrique ( DUCP) à la Faculté de médecine et de Pharmacie de Rabat.

Pour une meilleure prise en charge des cancers de l’enfant en Afrique, 130 médecins provenant de 22 pays Africains ont bénéficie d’une formation universitaire diplomate en cancérologie pédiatrique ( DUCP).

Plusieurs partenaires sont dernière cette initiative Africaine :

- La Faculté de Médecine et de Pharmacie de l’Université Mohammed V de Rabat .
- L’Université Paris-Saclay.
- Le Groupe Francophone-Africain d’Oncologie Pédiatrique (GFAOP).
- La Sanofi Foundation, la Société Marocaine d’Hématologie et d’Oncologie Pédiatrique et l’association marocaine l’Avenir.

Pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants de cette formation universitaire diplomante Africaine, organisée à Rabat, interview avec Pr Laila HESSISSEN : Professeur d’oncologie pédiatrique à la Faculté de médecine et de Pharmacie de Rabat.



Dr Anwar CHERKAOUI : À l’origine du DUCP, quelle était l’idée fondatrice et quel besoin précis en oncologie pédiatrique cette formation universitaire entendait-elle répondre ?

Pr Laila HESSISSEN : L’idée est née d’un constat simple : l’oncologie pédiatrique dans les pays à ressources limités nécessite une expertise très spécifique, alors que les besoins en professionnels formés restent importants, au Maroc comme dans de nombreux pays africains.

Le DUCP a donc été pensé pour renforcer les compétences des médecins et professionnels impliqués dans la prise en charge de ces pathologies.
 
Au-delà de l’enseignement théorique, l’ambition est de développer une culture commune de l’oncologie pédiatrique, fondée sur les connaissances scientifiques, les bonnes pratiques et le partage d’expérience.

Dr Anwar CHERKAOUI : Quelle a été la genèse du projet et quel rôle ont joué l’Université Mohammed V de Rabat et la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Rabat dans sa conception et sa mise en place ?

Pr. Laila HESSISSEN : Le DUCP est porté par l’Université Mohammed V de Rabat et l’Université Paris-Saclay.

La Faculté de Médecine et de Pharmacie de Rabat constitue naturellement un cadre universitaire majeur pour cette formation et participe à sa mise en œuvre. 

Inspiré du Diplôme inter-Universitaire d‘ Oncologie Pédiatrique porté par l’Université Paris Saclay  avec partage d’expérience et contribution d’enseignants.

Le projet s’inscrit dans une volonté de renforcer la formation spécialisée et de donner à Rabat une dimension plus importante dans le développement de l’expertise en oncologie pédiatrique, notamment à destination de l’Afrique francophone.

Dr Anwar CHERKAOUI : Quelle est aujourd’hui la dimension africaine du DUCP ? Combien de pays africains y participent et combien de professionnels ont-ils déjà bénéficié de cette formation ?

Pt L. H . : La vocation africaine du DUCP est clairement affirmée. 
 
Elle est notamment renforcée par l’implication du Groupe Francophone-Africain d’Oncologie Pédiatrique (GFAOP), qui dispose d’une expérience importante dans le développement des compétences et des réseaux de soins en oncologie pédiatrique en Afrique.
 
Le nombre précis de pays participants et de bénéficiaires à ce  DUCP est 22 pays d’afrique francophone (incluant rwanda et burundi) avec  130 participants
 
L’enjeu n’est pas uniquement quantitatif : il s’agit aussi de créer progressivement une
 communauté africaine de professionnels partageant les mêmes références et les
 mêmes pratiques.

Dr. A.C. : Le corps enseignant du DUCP est-il exclusivement marocain ou fait-il appel à des experts et enseignants issus d’autres pays ?

Pr Laila HESSISSEN : Le DUCP repose sur une ouverture internationale qui correspond à sa vocation. 
 
Il associe l’expertise universitaire marocaine à celle de partenaires français et africains, permettant aux participants de bénéficier de différentes expériences et approches de l’oncologie pédiatrique. 
 
Cette diversité des formateurs constitue précisément l’un des intérêts du diplôme : confronter les connaissances académiques aux réalités de terrain rencontrées dans différents systèmes de santé.

Dr. Anwar CHERKAOUI : Quels sont les principaux partenaires institutionnels, universitaires et associatifs qui accompagnent le DUCP, et quelle est la contribution spécifique de chacun d’entre eux ?

Pr L. H  : Le DUCP est porté par l’Université Mohammed V de Rabat et l’Université Paris-Saclay, avec l’implication du GFAOP.

La Sanofi Foundation et la Société Marocaine d’Hématologie et d’Oncologie Pédiatrique figurent également parmi les partenaires de cette initiative. 

L’Association "Avenir" offre une aide logistique (association des parents et amis des enfants atteints de cancer).

 
  
 
Cette complémentarité permet de réunir plusieurs dimensions
 : expertise universitaire, expérience africaine, formation spécialisée,
 coopération médicale et soutien à des actions susceptibles de renforcer
durablement les capacités locales.

Dr. Anwar CHERKAOUI : Quelles sont les perspectives d’évolution du DUCP ? Est-il appelé à s’élargir à davantage de pays africains et à former un nombre croissant de professionnels ?

Pr. Laila HESSISSEN : L’objectif pourrait être de consolider progressivement le DUCP et d’élargir son rayonnement à davantage de professionnels et de pays africains. 
 
Le développement de la formation constitue en effet un élément essentiel pour répondre aux besoins croissants en oncologie pédiatrique.
 
À terme, le DUCP pourrait devenir un outil structurant de coopération entre les universités, les centres hospitaliers et les réseaux africains spécialisés dans les cancers de l’enfant.

Dr.Anwar CHERKAOUI : Au-delà de l’acquisition des connaissances, le DUCP vise-t-il à créer un véritable réseau africain de professionnels de l’oncologie pédiatrique ?

Pr. L.H. : C’est l’une des perspectives les plus intéressantes. 
 
Une formation de ce type ne devrait pas s’arrêter au dernier  jour des enseignements.  
Elle peut permettre de créer des liens entre professionnels, de faciliter les échanges d’expérience et de favoriser la constitution progressive d’un réseau africain. 
 
L’objectif serait ainsi de faire du DUCP non seulement un diplôme, mais également un espace permanent de coopération et de partage des connaissances.

Dr Anwar CHERKAOUI : Comment le DUCP peut-il contribuer à réduire les inégalités d’accès à une prise en charge de qualité des cancers de l’enfant en Afrique ?

P. Laila HESSISSEN : La formation des professionnels est l’un des moyens les plus durables de réduire ces inégalités. 
 
Un professionnel mieux formé est davantage en mesure de reconnaître précocement une maladie, d’orienter correctement l’enfant et d’appliquer les protocoles adaptés.
 
Mais la formation doit s’accompagner du développement des infrastructures, de l’accès au diagnostic et aux médicaments, ainsi que de réseaux de soins organisés. 

Le DUCP peut contribuer à l’un des maillons essentiels de cette chaîne : les compétences humaines.

Dr. Anwar CHERKAOUI : La formation tient-elle compte des réalités et des contraintes spécifiques des systèmes de santé africains ?

Pr. Laila HESSISSEN : C’est une nécessité.  

Les connaissances scientifiques sont universelles, mais leur application doit tenir compte des réalités locales : disponibilité des spécialistes, moyens diagnostiques, accès aux traitements, organisation des soins et ressources hospitalières.

 
L’intérêt d’une coopération entre acteurs marocains, africains et européens réside justement dans la possibilité de confronter les recommandations internationales aux réalités du terrain et de rechercher des solutions adaptées aux différents contextes africains.

Dr. Anwar CHERKAOUI : À terme, le DUCP pourrait-il faire de Rabat une véritable plateforme africaine de formation et de coopération en oncologie pédiatrique ?

Pr. Laila HESSISSEN  : Le Maroc dispose de plusieurs atouts pour jouer ce rôle : ses facultés de médecine, ses CHU, ses spécialistes et son expérience croissante dans les coopérations médicales africaines.

Rabat pourrait donc progressivement renforcer sa position comme espace de formation et d’échange dans le domaine de l’oncologie pédiatrique.

La présence conjointe de l’Université Mohammed V, de l’Université Paris-Saclay, du GFAOP, de Sanofi Foundation et des acteurs marocains de l’oncologie pédiatrique montre déjà qu’un modèle de coopération est possible. 

L’enjeu, désormais, serait de le consolider et de lui donner une dimension africaine encore plus large.

Et notre fierté c’est qu’entre 2014 et 2025 de nouvelles unités d’oncologie pédiatriques se sont crées au Maroc et dans plusieurs pays Africains par des lauréats du DUCP de la Faculté de médecine, de pharmacie de Rabat.

Vendredi 11 Septembre 2026



Rédigé par La rédaction le Vendredi 11 Septembre 2026
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