Parution du livre : LE POUVOIR ENTRE REALISME ET ILLUSION de NEZHA LAHRICHI


Rédigé par La rédaction le Lundi 13 Avril 2026

​Il est des livres qui se tiennent au bord de l’histoire, l’observent, la commentent, parfois la jugent.
Et puis il en est d’autres qui la traversent, qui en portent la mémoire vive, les tensions secrètes, les vérités moins visibles.



Le Pouvoir entre réalisme et illusion appartient à cette famille rare d’ouvrages qui ne parlent pas seulement du pouvoir, mais qui en restituent la matière, les ombres, les promesses et les désillusions.

Nezha LAHRICHI Docteure ès sciences économiques, n’écrit pas depuis la distance confortable de l’analyse abstraite. Elle a approché le pouvoir dans ce qu’il a de plus concret, de plus exigeant, de plus décisif : ses lieux, ses rythmes, ses silences, ses arbitrages. Elle l’a vu à l’œuvre au cœur des gouvernements qui ont accompagné l’un des moments les plus significatifs de l’histoire contemporaine du Maroc : celui de l’alternance consensuelle, lorsque, après une longue décennie de négociation, la gauche accéda enfin à l’exercice des responsabilités.

Mais le livre ne s’enferme pas dans une séquence politique. Il épouse un mouvement plus vaste. Avec l’arrivée au pouvoir du Parti de la Justice et du Développement, c’est une autre époque qui se dessine, un autre langage, une autre relation au peuple, au récit démocratique, à la légitimité. Le Maroc y rencontre, à sa manière, ce que le monde a lui aussi connu : la poussée populiste, nourrie de lassitudes démocratiques, de désordres sociaux, d’attentes déçues et de cette tentation moderne des démocraties illibérales, où les formes du suffrage peuvent devenir les instruments de leur propre affaiblissement.

Or l’histoire, dans sa patience sévère, rappelle toujours la même leçon : le populisme triomphe souvent dans la parole, mais il se mesure dans l’épreuve du gouvernement. Gouverner, ce n’est pas simplement incarner une colère ou promettre une réparation. C’est choisir, renoncer, ordonner, contenir. C’est entrer dans le réel. Et c’est dans cette confrontation entre l’imaginaire du pouvoir et la rigueur de son exercice que ce livre trouve l’une de ses plus fortes résonances.

Un autre fil, plus profond encore, traverse l’ouvrage : celui de la place des femmes dans la cité. Non comme thème secondaire, ni comme concession au temps, mais comme révélateur essentiel de la vérité démocratique. À travers l’expérience personnelle de l’auteure s’esquisse une interrogation de portée universelle : qu’est-ce qu’une démocratie qui laisse les femmes au seuil de sa promesse ? Que dit d’elle-même une société lorsqu’elle limite, retarde ou conditionne leur pleine participation à la vie publique ? Le pouvoir, au fond, ne révèle jamais aussi nettement qu’ici la hiérarchie intime des valeurs collectives.

Enfin, la réflexion s’élargit encore, jusqu’aux bouleversements géopolitiques de notre temps. Le livre regarde le monde sans fracas inutile, mais sans naïveté. Il cherche moins à rassurer qu’à éclairer. En cela, la phrase de Marie Curie, qui inspire le titre de la troisième partie — « Il n’y a rien à craindre, tout est à comprendre » — agit comme une boussole morale et intellectuelle. Elle dit l’ambition profonde de l’ouvrage : opposer l’intelligence à la peur, la nuance au simplisme, la compréhension au vertige.

Ce livre n’est donc pas seulement une lecture du pouvoir.
Il est une traversée du réel.
Et peut-être, plus encore, une invitation à regarder notre temps avec plus de lucidité, de mémoire et d’exigence.

Disponible en ligne : LE POUVOIR ENTRE REALISME ET ILLUSION




Lundi 13 Avril 2026
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