Le sujet peut sembler technique. Pourtant, pour les pêcheurs, les associations locales et les territoires ruraux, il touche à une réalité très concrète. La pêche continentale, souvent pratiquée dans les cours d’eau, les étendues naturelles et les retenues de barrages, constitue une activité économique modeste mais bien réelle dans plusieurs régions du pays.
Réuni jeudi à Rabat, le Conseil de gouvernement a ainsi adopté le projet de décret n°2.23.968 relatif à la pêche dans les eaux continentales. Le texte a été présenté par le ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts. Il vise à clarifier et à moderniser les règles encadrant l’exercice de cette activité.
Cette réforme s’inscrit dans le prolongement de la modification du Dahir du 12 chaabane 1340 (11 avril 1922) sur la pêche et l’aquaculture dans les eaux continentales. Cette base juridique historique a été actualisée par la loi n°130.12, qui a introduit douze nouveaux articles dans le Titre II consacré aux règles générales régissant l’exercice de la pêche fluviale.
Lors du point de presse tenu à l’issue du Conseil de gouvernement, le porte-parole de l’Exécutif, Mustapha Baitas, a précisé que ce projet de décret vise principalement à définir les règles applicables aux différents modes de pêche. Parmi les mesures phares figure l’immatriculation des embarcations utilisées dans la pêche commerciale.
Cette disposition vise à améliorer la traçabilité des activités et à permettre un suivi plus précis des captures. Dans plusieurs plans d’eau du Royaume, les autorités constatent en effet une pression croissante sur certaines ressources aquatiques. La mise en place d’un système d’identification des embarcations devrait faciliter les opérations de contrôle et contribuer à limiter les pratiques de pêche anarchiques.
Le décret introduit également un mécanisme plus structuré pour le suivi des captures réalisées dans les rivières, les lacs naturels et les retenues de barrages. Une mesure jugée essentielle pour mieux gérer les ressources halieutiques continentales et garantir leur durabilité.
Le texte ne se limite pas à la pêche commerciale. Il encadre aussi la pêche scientifique, qui sera désormais soumise à un régime d’autorisation spécifique au lieu du simple permis de pêche. L’objectif est d’adapter le cadre réglementaire aux activités de recherche menées sur la biodiversité et les écosystèmes aquatiques.
La pêche éducative fait également son entrée dans le dispositif réglementaire. Les établissements scolaires souhaitant organiser ce type d’activité devront désormais obtenir un agrément. Derrière cette mesure se profile une volonté de sensibiliser les jeunes générations à la protection des milieux aquatiques, tout en garantissant que ces initiatives restent encadrées.
Autre volet du décret : la pêche récréative, notamment celle organisée dans le cadre du tourisme. Les opérateurs proposant des activités de pêche touristique devront être agréés. Cette disposition vise à structurer progressivement un segment encore peu développé mais qui pourrait contribuer à dynamiser certaines économies locales, notamment autour des retenues de barrages et des zones rurales.
Le texte reconnaît enfin le rôle des gardes volontaires issus des associations de pêche. Ces bénévoles participent déjà, sur le terrain, à la surveillance des sites et à la sensibilisation des pêcheurs. Le décret formalise leur contribution à la préservation des ressources aquatiques et à la lutte contre la pêche illégale.
Au fond, ce nouveau cadre réglementaire traduit une évolution plus large : la volonté de mieux gérer les milieux aquatiques continentaux dans un contexte marqué par la pression sur les ressources naturelles et les défis liés à l’eau. Une réforme discrète, mais qui pourrait renforcer, sur le long terme, la protection de ce patrimoine naturel souvent méconnu.