Pentagoneleaks : nudisme à Washington


Rédigé par le Jeudi 13 Avril 2023

Les Etats-Unis ne parviennent-ils plus à protéger leurs secrets ou, à travers la « fuite » de documents classés « secret défense », cherchent-ils à tromper les Russes et faire parvenir quelques messages à leurs alliés ?



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Washington vibre, ces derniers jours, au rythme du scandale de la fuite de documents du Pentagone, classés « secret défense », révélée le 6 avril par le New York Times. Cette fuite constituerait un « risque très grave » pour la sécurité nationale des Etats-Unis, selon le Pentagone.

Il s’agit d’une cinquantaine de fichiers publiés pour la première fois, début mars, sur une plateforme de jeu vidéo « Discord », puis sur un forum d’échange d’images, « 4Chan », révèle une enquête menée par l’Ong de vérification des faits, Bellingcat.

Un mois plus tard, ce sont des comptes russes qui les diffusent partiellement sur le service de messagerie « Telegram », après en avoir édité une partie du contenu, selon les médias occidentaux.

Ledit contenu porte autant sur la situation du conflit en Ukraine qu’à propos des activités d’espionnage menées par les Etats-Unis contre leurs alliés.

Le ministre de la défense américain a saisi le ministère de la justice, pour enquête, mais n’a pas remis en question la véracité des informations « top secret » ainsi publiées.

Le trou noir ukrainien

S’il y a débat sur la source de ses fuites, l’hypothèse la plus gênante pour Washington est celle de hauts responsables militaires américains, inquiets de la tournure des évènements en Europe orientale, qui chercheraient à mettre l’administration Biden dans une posture difficile afin de la dissuader d’aller plus loin dans le soutien militaire à l’Ukraine contre la Russie.

Ainsi, selon lesdits documents, les pertes de la Russie et de l’Ukraine, seraient, respectivement, de 17.500 et 71.000 morts. On est bien loin de 200.000 morts du côté russe pour 100.000 du côté ukrainien, selon les estimations, « officielles », du Pentagone.

Il est également question des préparatifs de bataillons ukrainiens, pour la très attendue « offensive du printemps » contre les troupes russes, et du manque d’équipements et de munitions pour pouvoir la mener à bien.

Outre quelques détails sur l’épuisement des missiles pour les systèmes de défense contre-aériens ukrainiens S300, la bataille de type 1ère guerre mondiale à Bakhmout et la lenteur dans la livraison des chars promis par les pays occidentaux.

Pour les experts militaires russes, qui doutent fortement de la véracité desdits documents, ces derniers n’apportent pas d’informations particulièrement intéressantes sur le plan militaire.

La débandade des « alliés »

Beaucoup plus vexant pour les Américains, qui disposent d’énormes potentialités en matière de renseignement électronique, les services de renseignement des Emirats Arabes Unis se seraient mis à collaborer avec le SVR russe et l’industrie militaire égyptienne s’apprêterait à livrer des obus de 152 mm et des missiles de défense aérienne à la Russie.

Dans le contexte de la réconciliation récente entre l’Arabie saoudite et l’Iran, grâce à une intermédiation chinoise, de la fin proche du conflit au Yémen et d’une probable normalisation des relations entre la Turquie et la Syrie, sous férule russe, les Etats-Unis semblent définitivement hors-jeu au Moyen-Orient.

Même Israël, le dernier véritable allié des Etats-Unis dans cette région, traverse une crise politique si grave que le gouvernement d’extrême droite mené par Benjamin Netanyahou constitue un véritable problème pour l’administration Biden.

Les documents « fuités » du Pentagone font état de l’encouragement par le Mossad des manifestations en Israël contre la réforme judiciaire voulue par Netanyahou.

Sur les bords du Pacifique, ce n’est pas la joie, non plus. Un député coréen, Kim Byung Joo, a dénoncé l’espionnage par les Etats-Unis de ses alliés, demandé une enquête à ce sujet et que de tels actes ne se reproduisent plus.

L’Europe vassalisée

Les Européens semblent, par contre, tout à fait résignés à ce sujet. Depuis que le lanceur d’alerte et ex-agent analyste de la CIA, Edward Snowden, a révélé, en 2013, que la NSA « écoute » les communications téléphoniques des dirigeants des pays européens, dont la chancelière allemande de l’époque, Angela Merkel, espionnée avec l’aide des services de renseignement danois, la chose a été banalisée.

La vassalisation par les Etats-Unis des pays européens membres de l’Otan est un fait admis et non contesté.

Les vaines tentatives du président français de faire croire à la Chine et au reste du monde que l’Europe peut prétendre à une quelconque souveraineté fait plutôt sourire.

A Washington, l’impression, suite à cette fuite de documents classés « top secret », est que la mer s’est retirée, dévoilant qui faisait trempette sans maillot de bain.

Au bord de la plage du Pentagone pour nudistes, assiste à ce pitoyable spectacle le reste du monde. 




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Jeudi 13 Avril 2023
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