L'Iran se vide de ses dirigeants un par un — et personne ne sait qui décide encore à Téhéran
Pour saisir ce qui se joue réellement, il faut d'abord accepter une vérité que les analystes formulent avec une clarté croissante : le régime iranien n'est plus en état de fonctionner comme un État. La série d'assassinats ciblés — Khamenei le 28 février, Ali Larijani le 17 mars, et maintenant le chef du renseignement — a décapité l'appareil de décision à un rythme sans précédent dans l'histoire des conflits modernes.
Un officier du renseignement israélien l'a dit sans euphémisme : « Nous connaissons Téhéran comme nous connaissons Tel-Aviv. Si un arbre est coupé dans une rue de la capitale iranienne, nous demandons où il est allé. » David Petraeus, ancien directeur de la CIA, avait lui-même admis avoir été sidéré par la profondeur de la pénétration israélienne dans les appareils iraniens, bien avant le déclenchement de ce conflit.
Ce niveau de pénétration n'est pas un accident. Il est le résultat d'une décennie de travail systématique, facilité par les propres dysfonctionnements du régime — un système qui muselle ses dissidents, centralise ses décisions de manière opaque, et génère mécaniquement des informateurs.
« Un système qui étouffe la dissidence finit par affaiblir toutes ses capacités : administratives, militaires, technologiques », résument les analystes. Le Corps des Gardiens de la Révolution — jadis pilier de l'État islamique — opère désormais davantage comme une milice fragmentée, avec des ordres préétablis mais sans commandement unifié. Chaque brigade agit de son côté. La stratégie dite de la « mosaïque » que Téhéran avait conçue pour résister à une décapitation s'est retournée contre lui : en distribuant l'autorité, le régime a aussi distribué l'impuissance.
La question qui revient dans toutes les analyses est celle-ci : ce régime peut-il changer de comportement pour survivre, négocier, trouver un compromis ? La réponse que formulent les experts du Golfe, les analystes américains et les responsables israéliens converge vers le même constat — non. Pas parce qu'il en serait incapable techniquement, mais parce que son idéologie est constitutive de son existence.
Le régime des mollahs ne peut pas renoncer à son projet régional sans se renoncer lui-même. « Ce régime ne peut ni être réformé ni modifier son comportement, car ce comportement est indissociable de son identité idéologique », observe l'un des participants au débat. La guerre civile froide américaine de 2016 à 2020 ne lui a même pas appris la modération — encore moins cette séquence de destructions massives.
Un officier du renseignement israélien l'a dit sans euphémisme : « Nous connaissons Téhéran comme nous connaissons Tel-Aviv. Si un arbre est coupé dans une rue de la capitale iranienne, nous demandons où il est allé. » David Petraeus, ancien directeur de la CIA, avait lui-même admis avoir été sidéré par la profondeur de la pénétration israélienne dans les appareils iraniens, bien avant le déclenchement de ce conflit.
Ce niveau de pénétration n'est pas un accident. Il est le résultat d'une décennie de travail systématique, facilité par les propres dysfonctionnements du régime — un système qui muselle ses dissidents, centralise ses décisions de manière opaque, et génère mécaniquement des informateurs.
« Un système qui étouffe la dissidence finit par affaiblir toutes ses capacités : administratives, militaires, technologiques », résument les analystes. Le Corps des Gardiens de la Révolution — jadis pilier de l'État islamique — opère désormais davantage comme une milice fragmentée, avec des ordres préétablis mais sans commandement unifié. Chaque brigade agit de son côté. La stratégie dite de la « mosaïque » que Téhéran avait conçue pour résister à une décapitation s'est retournée contre lui : en distribuant l'autorité, le régime a aussi distribué l'impuissance.
La question qui revient dans toutes les analyses est celle-ci : ce régime peut-il changer de comportement pour survivre, négocier, trouver un compromis ? La réponse que formulent les experts du Golfe, les analystes américains et les responsables israéliens converge vers le même constat — non. Pas parce qu'il en serait incapable techniquement, mais parce que son idéologie est constitutive de son existence.
Le régime des mollahs ne peut pas renoncer à son projet régional sans se renoncer lui-même. « Ce régime ne peut ni être réformé ni modifier son comportement, car ce comportement est indissociable de son identité idéologique », observe l'un des participants au débat. La guerre civile froide américaine de 2016 à 2020 ne lui a même pas appris la modération — encore moins cette séquence de destructions massives.
Assassinats en chaîne, renseignement israélien total : le régime iranien en voie d'effondrement
Trois batailles se mènent simultanément, et elles ne sont pas toutes militaires. La première est celle de la logistique et de l'énergie : qui contrôle les flux pétroliers, qui sécurise les détroits, qui peut se permettre de déclencher une guerre dont les effets économiques frappent ses adversaires plus durement que lui-même — les États-Unis, devenus premier producteur mondial de pétrole grâce au schiste, peuvent se permettre une fermeture d'Ormuz que ni la Chine ni l'Inde ni l'Europe ne peuvent tolérer.
La deuxième bataille est celle des récits : l'idéologie de la résistance armée contre le modèle de la prospérité et du bon voisinage que portent les États du Golfe. La troisième — peut-être la plus durable — est celle de l'architecture politique régionale de l'après-conflit : qui siègera à la table où se dessinera le nouveau Moyen-Orient ?
Sur ce troisième front, les pays du Golfe ont pris conscience d'un fait nouveau que la guerre a rendu visible : leur capacité militaire propre s'est adaptée à la menace. Huit pays du Golfe subissent quotidiennement des frappes de drones et missiles iraniens — et tiennent.
Cette résistance leur confère une légitimité régionale inédite. L'enjeu n'est plus seulement de survivre au feu, mais de définir l'ordre qui suivra. Un ordre fondé, comme le formulent leurs dirigeants, sur le développement, la paix et le bon voisinage — en opposition directe au modèle des milices transnationales et de la déstabilisation permanente que Téhéran a instrumentalisé pendant quarante ans. Que Netanyahou et cette coalition gouvernementale israélienne soient ou non des partenaires idéaux de cette vision — la question reste ouverte — ce recentrage du leadership arabe autour du développement n'en demeure pas moins réel et structurant.
Le Liban et le Hezbollah constituent le deuxième nœud du conflit. Sans financement iranien robuste, sans ligne d'armement opérationnelle, l'organisation ne disparaît pas — elle se recroqueville sur ses stocks existants et sur son armature idéologique qui ne nécessite pas de salaires pour fonctionner.
Désarmer le Hezbollah par la force serait une opération d'une complexité et d'un coût humain considérables, qui risquerait d'alimenter la guerre civile libanaise que tout le monde veut éviter. La voie que les analystes jugent réaliste est une autre : un accord libano-israélien — honte ou honneur, peu importe le nom qu'on lui donne — qui crée un nouveau rapport de forces interne, permettrait aux États arabes d'investir massivement au Liban, renforcerait l'armée libanaise et rendrait progressivement l'option militaire du Hezbollah politiquement intenable aux yeux de sa propre base. L'enjeu est de transformer une milice en parti politique — avec tous les droits que cela implique pour la communauté chiite libanaise, mais sans le monopole de la décision de guerre et de paix.
La dimension européenne du conflit révèle une forme d'impuissance politique que les uns jugent de la prudence et les autres de la lâcheté. Washington dit aux Européens : vous consommez le pétrole du Golfe, contribuez à sécuriser le détroit d'Ormuz. Berlin et Paris hésitent, tergiversent, formulent des positions contradictoires d'une conférence de presse à l'autre. La vérité est que l'Europe n'a pas de stratégie moyen-orientale cohérente — elle a des intérêts économiques, des obligations rhétoriques sur les droits humains, et une incapacité structurelle à projeter une puissance militaire autonome. Trump le sait, et ce qu'il veut réellement n'est pas leur aide — il veut les mettre en situation de témoins complices ou de spectateurs impuissants, pour que les pays du Golfe, à la fin, sachent qui était là et qui ne l'était pas.
Dans ce Moyen-Orient en mutation brutale, une leçon s'impose à toute économie qui dépend des importations d'énergie : les crises géopolitiques ne sont pas de simples turbulences passagères. Elles redessinent les architectures d'approvisionnement pour des décennies. Le Maroc — qui s'est doté avec Nador West Med d'un hub énergétique en cours de construction — a pris la mesure de cet enjeu. La question qui demeure ouverte, et que ce conflit pose avec une acuité particulière, est celle-ci : dans un Moyen-Orient sorti de guerre, avec un Iran reconfiguré ou effondré, avec un Hezbollah transformé ou marginalisé, quel sera le nouvel équilibre des prix de l'énergie mondiale — et qui, parmi les nations qui auront bien géré ce tournant, aura su en faire une opportunité de souveraineté plutôt qu'une nouvelle dépendance ?
La deuxième bataille est celle des récits : l'idéologie de la résistance armée contre le modèle de la prospérité et du bon voisinage que portent les États du Golfe. La troisième — peut-être la plus durable — est celle de l'architecture politique régionale de l'après-conflit : qui siègera à la table où se dessinera le nouveau Moyen-Orient ?
Sur ce troisième front, les pays du Golfe ont pris conscience d'un fait nouveau que la guerre a rendu visible : leur capacité militaire propre s'est adaptée à la menace. Huit pays du Golfe subissent quotidiennement des frappes de drones et missiles iraniens — et tiennent.
Cette résistance leur confère une légitimité régionale inédite. L'enjeu n'est plus seulement de survivre au feu, mais de définir l'ordre qui suivra. Un ordre fondé, comme le formulent leurs dirigeants, sur le développement, la paix et le bon voisinage — en opposition directe au modèle des milices transnationales et de la déstabilisation permanente que Téhéran a instrumentalisé pendant quarante ans. Que Netanyahou et cette coalition gouvernementale israélienne soient ou non des partenaires idéaux de cette vision — la question reste ouverte — ce recentrage du leadership arabe autour du développement n'en demeure pas moins réel et structurant.
Le Liban et le Hezbollah constituent le deuxième nœud du conflit. Sans financement iranien robuste, sans ligne d'armement opérationnelle, l'organisation ne disparaît pas — elle se recroqueville sur ses stocks existants et sur son armature idéologique qui ne nécessite pas de salaires pour fonctionner.
Désarmer le Hezbollah par la force serait une opération d'une complexité et d'un coût humain considérables, qui risquerait d'alimenter la guerre civile libanaise que tout le monde veut éviter. La voie que les analystes jugent réaliste est une autre : un accord libano-israélien — honte ou honneur, peu importe le nom qu'on lui donne — qui crée un nouveau rapport de forces interne, permettrait aux États arabes d'investir massivement au Liban, renforcerait l'armée libanaise et rendrait progressivement l'option militaire du Hezbollah politiquement intenable aux yeux de sa propre base. L'enjeu est de transformer une milice en parti politique — avec tous les droits que cela implique pour la communauté chiite libanaise, mais sans le monopole de la décision de guerre et de paix.
La dimension européenne du conflit révèle une forme d'impuissance politique que les uns jugent de la prudence et les autres de la lâcheté. Washington dit aux Européens : vous consommez le pétrole du Golfe, contribuez à sécuriser le détroit d'Ormuz. Berlin et Paris hésitent, tergiversent, formulent des positions contradictoires d'une conférence de presse à l'autre. La vérité est que l'Europe n'a pas de stratégie moyen-orientale cohérente — elle a des intérêts économiques, des obligations rhétoriques sur les droits humains, et une incapacité structurelle à projeter une puissance militaire autonome. Trump le sait, et ce qu'il veut réellement n'est pas leur aide — il veut les mettre en situation de témoins complices ou de spectateurs impuissants, pour que les pays du Golfe, à la fin, sachent qui était là et qui ne l'était pas.
Dans ce Moyen-Orient en mutation brutale, une leçon s'impose à toute économie qui dépend des importations d'énergie : les crises géopolitiques ne sont pas de simples turbulences passagères. Elles redessinent les architectures d'approvisionnement pour des décennies. Le Maroc — qui s'est doté avec Nador West Med d'un hub énergétique en cours de construction — a pris la mesure de cet enjeu. La question qui demeure ouverte, et que ce conflit pose avec une acuité particulière, est celle-ci : dans un Moyen-Orient sorti de guerre, avec un Iran reconfiguré ou effondré, avec un Hezbollah transformé ou marginalisé, quel sera le nouvel équilibre des prix de l'énergie mondiale — et qui, parmi les nations qui auront bien géré ce tournant, aura su en faire une opportunité de souveraineté plutôt qu'une nouvelle dépendance ?