Le PPS vient de poser sur la table une série d’engagements qui ne passent pas inaperçus : un million d’emplois nets en cinq ans, une retraite minimale de 3 000 dirhams, un soutien social d’au moins 1 000 dirhams par mois, 12 000 recrutements nets annuels dans l’enseignement, auxquels s’ajoutent des ambitions considérables dans la santé et la protection sociale.
Ces engagements ne sont d’ailleurs pas une interprétation journalistique. Le rapport présenté par Mohamed Nabil Benabdallah devant le Comité central du PPS mentionne explicitement le million d’emplois nets, les 3 000 dirhams de retraite minimale et les 1 000 dirhams de soutien social.
Sur le papier, difficile évidemment d’être contre.
Qui refuserait davantage d’emplois, de meilleurs hôpitaux, une école publique renforcée, des retraités mieux protégés et des familles modestes davantage soutenues ?
La vraie question est ailleurs.Combien cela coûte-t-il ? Et surtout : qui paie ?
C'est précisément ici que commence la responsabilité politique.
Promettre n’est pas encore gouverner
Il serait injuste de reprocher au PPS d'avoir un programme ambitieux sous prétexte qu'il appartient aujourd'hui à l'opposition.
Une démocratie sans alternatives ambitieuses serait une démocratie condamnée à choisir entre la continuité et la résignation.
Et le PPS a parfaitement le droit de considérer qu'il peut créer une surprise électorale. Mohamed Nabil Benabdallah l'a d'ailleurs explicitement affirmé : son parti croit possible de diriger le gouvernement, notamment en mobilisant une partie importante des abstentionnistes.
Dont acte.
Mais chacun connaît également les rapports de force électoraux et politiques. Le scénario dans lequel le PPS se retrouverait, au lendemain des législatives, en position de conduire seul la politique gouvernementale apparaît aujourd'hui, à tout le moins, très incertain.
Et c'est justement là qu'apparaît un vieux paradoxe de la démocratie.
Plus un parti est éloigné de l'exercice probable du pouvoir, plus il peut être tenté de promettre beaucoup, puisque la probabilité d'avoir à présenter rapidement la facture est faible.
Ce serait pourtant une erreur. Car un programme électoral ne devrait jamais être seulement un catalogue de souhaits. Il devrait être un pré-budget.
Un million d'emplois : nous avons déjà entendu cela
Il existe même dans cette affaire une ironie politique assez savoureuse.
Le million d'emplois n'est pas une promesse inconnue au Maroc.
Le PPS a lui-même longuement reproché au gouvernement actuel de ne pas avoir tenu cet engagement. Dans ses propres communications, le parti a précisément utilisé la promesse du million d'emplois pour dénoncer l'écart entre les engagements électoraux et les résultats obtenus.
Et voilà qu'il reprend aujourd'hui le même chiffre.
Peut-être a-t-il raison. Peut-être le PPS dispose-t-il d'une politique économique permettant réellement de créer un million d'emplois nets en cinq ans.
Mais alors il faut montrer la mécanique.
Dans quels secteurs ?
Combien d'emplois industriels ?
Combien dans les services ?
Combien dans l'agriculture ?
Combien grâce à l'investissement privé ?
Combien directement ou indirectement liés à la commande publique ?
Quel taux de croissance faut-il atteindre ?
Quel investissement supplémentaire faut-il mobiliser ?
Quels emplois seront véritablement nouveaux et lesquels résulteront simplement de la formalisation d'activités déjà existantes ?
Sans ces réponses, le million reste un chiffre politique.
Avec elles, il devient éventuellement une politique économique.
3 000 dirhams de retraite : excellente idée, mais sortons la calculatrice
Même raisonnement pour la retraite minimale à 3 000 dirhams.
Socialement, la proposition peut parfaitement se défendre. Dans un pays où certaines petites pensions sont dérisoires, vouloir garantir davantage de dignité aux personnes âgées est même un débat nécessaire.
Mais une pension n'est pas un slogan. C'est une dépense récurrente.
Chaque mois.
Chaque année.
Et potentiellement pendant des décennies.
Il faut donc connaître le nombre de bénéficiaires concernés, le différentiel moyen à financer, les régimes touchés, la participation éventuelle de l'État et l'incidence sur l'équilibre déjà délicat des systèmes de retraite.
Même interrogation pour les 1 000 dirhams de soutien social minimum.
Combien de ménages ?
Selon quels critères ?
Pour quel coût annuel ?
Financé par quelle recette nouvelle ou quelle dépense supprimée ?
Un dirham promis durablement doit correspondre quelque part à un dirham financé durablement.
C'est moins spectaculaire qu'un meeting. Mais c'est cela, gouverner.
Le paradoxe devient d'autant plus intéressant que le PPS revendique par ailleurs une réflexion structurée sur l'économie productive, l'investissement, l'industrie et la compétitivité. Le parti a notamment présenté son programme à la CGEM en affirmant vouloir articuler soutien à l'entreprise et consolidation de l'État social.
Il possède donc les éléments intellectuels pour aller plus loin. Il lui manque maintenant le crash-test.
Le droit de rêver, le devoir de compter
Cette chronique n'est donc pas un procès du PPS.
Elle pourrait demain s'appliquer exactement de la même manière à n'importe quelle formation politique.
La campagne électorale qui s'annonce devrait même être l'occasion d'introduire une règle simple dans notre démocratie :
Toute promesse chiffrée devrait être accompagnée de son coût, de son financement et de son calendrier.
Vous promettez 100 milliards de dirhams supplémentaires ?
Très bien. Dites-nous d'où ils viennent. Davantage d'impôts ? Lesquels ? Plus de dette ?Combien ? Des économies budgétaires ? Sur quoi ? Une croissance supérieure ? Grâce à quelles réformes ? Une meilleure lutte contre la fraude et l'informel ? Pour quel rendement raisonnablement estimé ?
C'est cela qui permettrait de distinguer une ambition politique d'une enchère électorale.
Car l'opposition n'a pas seulement vocation à critiquer le gouvernement. Elle doit démontrer qu'elle pourrait faire mieux si elle était appelée à gouverner.
Et plus ses chances d'accéder au pouvoir paraissent faibles, plus cette démonstration devrait être rigoureuse.
Sinon apparaît une démocratie à deux vitesses : ceux qui gouvernent doivent expliquer chaque milliard dépensé tandis que ceux qui aspirent à gouverner pourraient distribuer virtuellement des dizaines de milliards sans présenter la facture.
Ce n'est bon ni pour les finances publiques ni pour la crédibilité de la politique.
Faisons subir le même crash-test à tout le monde
Il y aurait donc une excellente initiative à prendre avant les législatives de 2026.
Soumettre les principaux programmes électoraux au même crash-test indépendant.
Emploi.
Retraites.
Santé.
Éducation.
Aides sociales.
Fiscalité.
Investissement.
Dette.
Croissance.
Pour chaque engagement : combien cela coûte, comment cela se finance, dans quel délai cela peut être réalisé et quelles hypothèses économiques permettent d'y parvenir ?
Le résultat pourrait d'ailleurs réserver des surprises. Certaines promesses apparemment extravagantes pourraient se révéler finançables. D'autres, beaucoup plus modestes en apparence, pourraient s'avérer dangereusement coûteuses.
Voilà le débat politique dont le Maroc aurait besoin.
Pas moins de rêves. Mais davantage de calculatrices.
Le PPS a raison de vouloir proposer une alternative et il serait absurde de lui demander de présenter un programme minimaliste simplement parce qu'il est dans l'opposition.
Mais lorsqu'on aspire à gouverner un pays, même avec une probabilité électorale limitée, on doit écrire son programme comme si l'on allait réellement recevoir les clés de la Primature le lendemain du scrutin.
Parce que la véritable responsabilité politique commence précisément là : promettre uniquement ce que l'on serait prêt à financer si, contre toute attente, les électeurs décidaient de vous prendre au mot.
Ces engagements ne sont d’ailleurs pas une interprétation journalistique. Le rapport présenté par Mohamed Nabil Benabdallah devant le Comité central du PPS mentionne explicitement le million d’emplois nets, les 3 000 dirhams de retraite minimale et les 1 000 dirhams de soutien social.
Sur le papier, difficile évidemment d’être contre.
Qui refuserait davantage d’emplois, de meilleurs hôpitaux, une école publique renforcée, des retraités mieux protégés et des familles modestes davantage soutenues ?
La vraie question est ailleurs.Combien cela coûte-t-il ? Et surtout : qui paie ?
C'est précisément ici que commence la responsabilité politique.
Promettre n’est pas encore gouverner
Il serait injuste de reprocher au PPS d'avoir un programme ambitieux sous prétexte qu'il appartient aujourd'hui à l'opposition.
Une démocratie sans alternatives ambitieuses serait une démocratie condamnée à choisir entre la continuité et la résignation.
Et le PPS a parfaitement le droit de considérer qu'il peut créer une surprise électorale. Mohamed Nabil Benabdallah l'a d'ailleurs explicitement affirmé : son parti croit possible de diriger le gouvernement, notamment en mobilisant une partie importante des abstentionnistes.
Dont acte.
Mais chacun connaît également les rapports de force électoraux et politiques. Le scénario dans lequel le PPS se retrouverait, au lendemain des législatives, en position de conduire seul la politique gouvernementale apparaît aujourd'hui, à tout le moins, très incertain.
Et c'est justement là qu'apparaît un vieux paradoxe de la démocratie.
Plus un parti est éloigné de l'exercice probable du pouvoir, plus il peut être tenté de promettre beaucoup, puisque la probabilité d'avoir à présenter rapidement la facture est faible.
Ce serait pourtant une erreur. Car un programme électoral ne devrait jamais être seulement un catalogue de souhaits. Il devrait être un pré-budget.
Un million d'emplois : nous avons déjà entendu cela
Il existe même dans cette affaire une ironie politique assez savoureuse.
Le million d'emplois n'est pas une promesse inconnue au Maroc.
Le PPS a lui-même longuement reproché au gouvernement actuel de ne pas avoir tenu cet engagement. Dans ses propres communications, le parti a précisément utilisé la promesse du million d'emplois pour dénoncer l'écart entre les engagements électoraux et les résultats obtenus.
Et voilà qu'il reprend aujourd'hui le même chiffre.
Peut-être a-t-il raison. Peut-être le PPS dispose-t-il d'une politique économique permettant réellement de créer un million d'emplois nets en cinq ans.
Mais alors il faut montrer la mécanique.
Dans quels secteurs ?
Combien d'emplois industriels ?
Combien dans les services ?
Combien dans l'agriculture ?
Combien grâce à l'investissement privé ?
Combien directement ou indirectement liés à la commande publique ?
Quel taux de croissance faut-il atteindre ?
Quel investissement supplémentaire faut-il mobiliser ?
Quels emplois seront véritablement nouveaux et lesquels résulteront simplement de la formalisation d'activités déjà existantes ?
Sans ces réponses, le million reste un chiffre politique.
Avec elles, il devient éventuellement une politique économique.
3 000 dirhams de retraite : excellente idée, mais sortons la calculatrice
Même raisonnement pour la retraite minimale à 3 000 dirhams.
Socialement, la proposition peut parfaitement se défendre. Dans un pays où certaines petites pensions sont dérisoires, vouloir garantir davantage de dignité aux personnes âgées est même un débat nécessaire.
Mais une pension n'est pas un slogan. C'est une dépense récurrente.
Chaque mois.
Chaque année.
Et potentiellement pendant des décennies.
Il faut donc connaître le nombre de bénéficiaires concernés, le différentiel moyen à financer, les régimes touchés, la participation éventuelle de l'État et l'incidence sur l'équilibre déjà délicat des systèmes de retraite.
Même interrogation pour les 1 000 dirhams de soutien social minimum.
Combien de ménages ?
Selon quels critères ?
Pour quel coût annuel ?
Financé par quelle recette nouvelle ou quelle dépense supprimée ?
Un dirham promis durablement doit correspondre quelque part à un dirham financé durablement.
C'est moins spectaculaire qu'un meeting. Mais c'est cela, gouverner.
Le paradoxe devient d'autant plus intéressant que le PPS revendique par ailleurs une réflexion structurée sur l'économie productive, l'investissement, l'industrie et la compétitivité. Le parti a notamment présenté son programme à la CGEM en affirmant vouloir articuler soutien à l'entreprise et consolidation de l'État social.
Il possède donc les éléments intellectuels pour aller plus loin. Il lui manque maintenant le crash-test.
Le droit de rêver, le devoir de compter
Cette chronique n'est donc pas un procès du PPS.
Elle pourrait demain s'appliquer exactement de la même manière à n'importe quelle formation politique.
La campagne électorale qui s'annonce devrait même être l'occasion d'introduire une règle simple dans notre démocratie :
Toute promesse chiffrée devrait être accompagnée de son coût, de son financement et de son calendrier.
Vous promettez 100 milliards de dirhams supplémentaires ?
Très bien. Dites-nous d'où ils viennent. Davantage d'impôts ? Lesquels ? Plus de dette ?Combien ? Des économies budgétaires ? Sur quoi ? Une croissance supérieure ? Grâce à quelles réformes ? Une meilleure lutte contre la fraude et l'informel ? Pour quel rendement raisonnablement estimé ?
C'est cela qui permettrait de distinguer une ambition politique d'une enchère électorale.
Car l'opposition n'a pas seulement vocation à critiquer le gouvernement. Elle doit démontrer qu'elle pourrait faire mieux si elle était appelée à gouverner.
Et plus ses chances d'accéder au pouvoir paraissent faibles, plus cette démonstration devrait être rigoureuse.
Sinon apparaît une démocratie à deux vitesses : ceux qui gouvernent doivent expliquer chaque milliard dépensé tandis que ceux qui aspirent à gouverner pourraient distribuer virtuellement des dizaines de milliards sans présenter la facture.
Ce n'est bon ni pour les finances publiques ni pour la crédibilité de la politique.
Faisons subir le même crash-test à tout le monde
Il y aurait donc une excellente initiative à prendre avant les législatives de 2026.
Soumettre les principaux programmes électoraux au même crash-test indépendant.
Emploi.
Retraites.
Santé.
Éducation.
Aides sociales.
Fiscalité.
Investissement.
Dette.
Croissance.
Pour chaque engagement : combien cela coûte, comment cela se finance, dans quel délai cela peut être réalisé et quelles hypothèses économiques permettent d'y parvenir ?
Le résultat pourrait d'ailleurs réserver des surprises. Certaines promesses apparemment extravagantes pourraient se révéler finançables. D'autres, beaucoup plus modestes en apparence, pourraient s'avérer dangereusement coûteuses.
Voilà le débat politique dont le Maroc aurait besoin.
Pas moins de rêves. Mais davantage de calculatrices.
Le PPS a raison de vouloir proposer une alternative et il serait absurde de lui demander de présenter un programme minimaliste simplement parce qu'il est dans l'opposition.
Mais lorsqu'on aspire à gouverner un pays, même avec une probabilité électorale limitée, on doit écrire son programme comme si l'on allait réellement recevoir les clés de la Primature le lendemain du scrutin.
Parce que la véritable responsabilité politique commence précisément là : promettre uniquement ce que l'on serait prêt à financer si, contre toute attente, les électeurs décidaient de vous prendre au mot.