Quand les armateurs internationaux désertent

Ce que la guerre au Moyen-Orient enseigne au Maroc sur la nécessité d’une flotte stratégique.


Par Marwane Benhima.

Suite à l’enclenchement de la guerre au Moyen-Orient et à la fermeture par l’Iran du détroit d’Ormuz, le secteur du transport maritime n’a pas été épargné par ce réveil brutal.

En effet, les armateurs ont subi la suspension de leurs assurances contre les risques de guerre, et se sont vus interdire le passage de ce détroit stratégique par lequel transitent 20% du pétrole mondial, 25% du gaz naturel liquéfié et jusqu'à 33% des engrais mondiaux.

Mesurant à peine 50 km, ce couloir stratégique constitue pour l’Irak, le Koweït, le Qatar et le Bahreïn, leur seul et unique débouché maritime vers l’Océan Indien, avec peu d’alternatives terrestres viables.



La réaction des armateurs majeurs ne s’est pas fait attendre, avec des mesures en cascade : suspension des traversées du détroit d’Ormuz jusqu’à nouvel ordre, suspension du transit par le canal de Suez et reroutage via le cap de Bonne-Espérance, application de surcharges de risque de guerre sur l’ensemble des cargaisons à destination ou en provenance de la région…

Marwane Benhima
Les armateurs internationaux ont de bonnes raisons d’éviter le Golfe Persique, tentant de garantir la sécurité des personnes et des biens à bord.

Les deux premiers jours de mars ont vu quatre attaques contre des navires marchands recensées par l’Organisation Maritime Internationale (OMI), causant deux morts et six blessés parmi les équipages.

Mais ces suspensions coupent des chaînes de valeur essentielles pour les pays de la région, dont certains dépendent de leurs ports pour la majorité de leurs importations alimentaires, de matières premières non énergétiques et de biens manufacturés, provoquant des ruptures aux répercussions directes et dangereuses sur leur sécurité alimentaire et sur leur tissu industriel national.

Cette situation révèle une réalité souvent sous-estimée :

Lorsque les armateurs internationaux se retirent pour des raisons de sécurité ou de rentabilité, les États qui ne disposent pas de capacités maritimes propres se retrouvent exposés à des carences logistiques majeures.

Au niveau du Maroc, les analyses sur la guerre au Moyen-Orient ciblent en premier lieu les retombées sur notre économie nationale et s’articulent, à juste titre, autour de deux axes majeurs : la hausse des cours du pétrole et la hausse du coût du fret.

Ces analyses mesurent les retombées immédiates du conflit autant qu'elles sondent la capacité du Maroc à absorber les retombées d’une guerre prolongée.

Mais elles passent sous silence une leçon plus fondamentale ; celle de la souveraineté logistique, réalisable à travers une flotte maritime stratégique, et prérequis indispensable aux souverainetés alimentaire, énergétique et industrielle.

La souveraineté logistique, non comme slogan politique, voire populiste, mais comme nécessité réalisable.

Il ne s’agit pas d’assurer l’ensemble des échanges moyennant des navires battant pavillon national, mais de disposer d’une flotte stratégique, mobilisable en temps de crise, permettant de garantir l’acheminement des approvisionnements critiques et de constituer une soupape de sécurité en cas de nécessité.

Les événements récents, ajoutés aux tensions sur les approvisionnements observées pendant la crise du Covid-19, ont remis au-devant de la scène la nécessité de se doter d’une flotte maritime de commerce.

Cette démarche s’inscrit pleinement dans la vision atlantique de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui, dans son discours du 6 novembre 2023 à l'occasion du 48ème anniversaire de la Marche Verte, appelait explicitement à réfléchir à la constitution d'une flotte nationale de marine marchande forte et compétitive.

La guerre au Moyen-Orient, sur fond de fragmentation continue du commerce international et de retour en force des questions de souveraineté, ne fait que conforter le Maroc dans ce chantier initié par la clairvoyance de Sa Majesté.

Par Marwane Benhima.


Jeudi 5 Mars 2026

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