Quand les droits humains deviennent un levier d’influence


Par Said Temsamani.

Les grandes avancées diplomatiques ne prennent pas toujours la forme de sommets spectaculaires ou d’annonces retentissantes.

Elles se construisent parfois dans la discrétion des institutions, à travers des initiatives dont la portée dépasse largement leur dimension protocolaire.

La signature, à Rabat, d’un mémorandum d’entente entre M. Mohamed Habib Belkouch, Délégué interministériel aux droits de l’Homme du Royaume du Maroc, et Mme Noura bint Mohammed Al Kaabi, Ministre d’État aux Affaires étrangères des Émirats arabes unis et Présidente de la Commission permanente des droits de l’Homme, appartient incontestablement à cette catégorie.



Au-delà de l’acte juridique lui-même, cet accord révèle une évolution significative de la place qu’entendent occuper le Maroc et les Émirats arabes unis dans les débats contemporains relatifs aux droits humains.

Il traduit une ambition commune : passer d’une logique de participation aux discussions internationales à une logique de contribution active à leur orientation.

Le contexte mondial confère à cette initiative une résonance particulière. Les droits humains sont aujourd’hui confrontés à des défis d’une nature nouvelle.

L’essor de l’intelligence artificielle, la protection des données personnelles, les mutations du travail, les migrations, les inégalités croissantes ou encore les enjeux liés au changement climatique imposent de repenser les approches traditionnelles.

Face à ces transformations, les États qui parviennent à produire des solutions innovantes et des modèles institutionnels crédibles deviennent des acteurs d’influence. C’est précisément sur ce terrain que le partenariat maroco-émirati prend tout son sens.

Depuis plusieurs années, le Maroc s’est imposé comme l’un des pays les plus engagés dans le développement de mécanismes institutionnels de mise en œuvre, de suivi et d’évaluation des engagements internationaux en matière de droits humains.

Cette expérience lui a permis de gagner en crédibilité auprès des organisations internationales et de renforcer sa présence au sein des principales enceintes multilatérales.

Les Émirats arabes unis, de leur côté, ont progressivement développé une approche fondée sur l’efficacité institutionnelle, le renforcement des capacités et l’innovation dans la gestion publique.

La convergence de ces deux expériences crée aujourd’hui les conditions d’une coopération qui dépasse le simple échange de bonnes pratiques pour s’inscrire dans une démarche plus ambitieuse de co-construction.

L’intérêt majeur de ce mémorandum réside justement dans son orientation stratégique. Il ne se limite pas à organiser des visites ou des rencontres institutionnelles.

Il ambitionne de bâtir un cadre permanent de coopération autour de la formation, de la recherche, du partage d’expertise, de la coordination internationale et de la production de connaissances dans le domaine des droits humains.

Cette dimension est essentielle. Dans le nouvel environnement international, la capacité d’un pays à influencer les débats mondiaux dépend de moins en moins de sa puissance matérielle et de plus en plus de sa capacité à produire des idées, à diffuser des savoir-faire et à fédérer des réseaux de coopération.

La diplomatie des droits humains devient ainsi un instrument d’influence à part entière.

L’invitation adressée par Mohamed Habib Belkouch à la Commission permanente des droits de l’Homme des Émirats arabes unis pour rejoindre la dynamique de la coopération internationale autour des mécanismes nationaux de mise en œuvre, de suivi et d’évaluation illustre parfaitement cette vision.

Elle témoigne d’une volonté de créer des passerelles durables entre expériences nationales et espaces internationaux de concertation.

Plus fondamentalement, cette initiative reflète l’émergence d’une nouvelle génération de partenariats Sud-Sud.

Une coopération qui ne repose plus uniquement sur la solidarité politique ou les affinités diplomatiques, mais sur la mise en commun d’expertises, la production de solutions et la recherche d’un impact concret sur les politiques publiques.

Dans un monde marqué par la fragmentation géopolitique et par une remise en question croissante des modèles traditionnels de gouvernance, le Maroc et les Émirats arabes unis font le choix d’investir dans un domaine souvent perçu comme normatif, mais qui devient de plus en plus stratégique : celui des droits humains.

Car la véritable influence ne se mesure plus seulement à la capacité de défendre une position.

Elle se mesure à la capacité de proposer une vision, de construire des partenariats durables et de contribuer à façonner les réponses aux grands défis de notre temps.

C’est précisément ce que symbolise le mémorandum signé par Mohamed Habib Belkouch et Noura Al Kaabi : non pas un simple accord de coopération, mais l’affirmation d’une ambition commune de faire des droits humains un espace d’innovation institutionnelle, de dialogue international et d’influence constructive au service d’un ordre mondial plus équilibré et plus inclusif.

Par Said Temsamani.


Jeudi 11 Juin 2026

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