Quand miaule le fennec


Rédigé par le Samedi 11 Juin 2022



C’est la (tragique) histoire du fennec, vivant dans le pays voisin de l’Est, qui s’est prit pour un lion et s’en mordit les pattes de regret.

Tout commença en ce jour du 8 juin de l’an de grâce 2022, quand ledit fennec s’est réveillé dans son terrier, dit aussi palais Al Mouradia, se regarda dans un miroir et cru y apercevoir un lion.

Admirant son pelage, le fennec se mit à rêver de se comporter avec la majesté de son voisin de l’Ouest, le lion, en se disant qu’après tout, il pouvait bien se faire passer pour ce qu’il n’est pas, s’il parvenait à transformer ses jappements en des rugissements.

Crevant de jalousie et fou de rage, le fennec avait du mal à avaler que ses deux voisins, le lion, à l’Ouest, et le taureau, au Nord, soient parvenus à s’entendre et se réconcilier, alors qu’il n’avait ménagé aucun effort pour les brouiller et les maintenir dans l’inimitié.

Douloureux pour le fennec fut, en effet, le spectacle du taureau faisant le premier pas pour se rapprocher du lion, alors qu’il avait cru avoir infecté le premier du virus Benbatouch, provoquant chez lui une incapacité à déceler les identités falsifiées et une amnésie spécifique aux ravages causés par ledit virus dans les camps de Tindouf.

Quand le lion a prit des mesures de distanciation envers le taureau contaminé par le virus Benbatouch, le fennec a jubilé aussi longtemps qu’a duré l’infection. Une joie qui n’a été, toutefois, que de courte durée.

La reconnaissance par le taureau du territoire de chasse gardée du lion fut, donc, pour le fennec une terrible déception. Tant n’a-t-il espéré pouvoir plonger un jour ses pattes dans les eaux salées de l’Atlantique et se régaler de quelques sardines, si rares chez lui à trouver.

Sauf que pour y parvenir, le fennec se devait d’éloigner son si détesté voisin, le lion, de la partie septentrionale de son terrain de chasse.

C’est un espoir qui a été longtemps caressé par le fennec, mais qu’il ne parvint, néanmoins, jamais à réaliser. Et ce bien qu’il ait materné et lancé des cafards polisariens contre son tellement haï voisin de l’Ouest.

Les cafards polisariens se sont avérés inaptes ne serait-ce que pour agacer un peu le lion. Ceux d’entre eux qui ne se sont pas fait écraser par ce dernier sont retournés illico presto se terrer dans les camps de Tindouf.

Voyant ses plans échouer, le fennec, emporté par sa haine aveugle et sa stupide arrogance, sort alors ses griffes, montre ses dents et ose menacer le taureau de le boycotter. Mal lui en prit.

Des bords de la Senne*, parvint alors au fennec le terrifiant mugissement du taureau battant l’appel de ses amis, et plus glaçant encore, même si moins perceptible, le glatissement de l’aigle provenant d’au-delà du Rhin.

Le fennec est alors saisit d’une terrible panique. Le taureau était en train de gratter le sol avec son sabot, cherchant visiblement à l’écorner, pendant que le coq, auquel le fennec doit son existence même, observait la scène avec amusement. Lui également était plus que lassé des bravades de son ex-obligé.

Dépité, le fennec regarde au-delà des Alpes et se rend bien compte que même la louve lui préfère le lion, malgré lui avoir offert de la rassasier de son gaz.

Le fennec rentre alors la queue entre les pattes, baisse la tête et miaule pardon au taureau. Il a bien cherché à lui faire croire que tout était de la faute du lion, mais le mensonge était si gros, la réputation de mythomane du fennec si établie, qu’il lui a bien fallu se rendre à l’évidence.

Un fennec est trop petit pour arriver à se faire passer pour un lion, tout simplement.

Entouré de ses cafards polisariens qui le vampirisent depuis près d’un demi-siècle, le fennec regarde Oued Isly et s’interroge.

Pourquoi Allah a voulu qu’à l’Ouest se soit un lion, respecté par les plus grands et craint par les cafards polisariens, alors qu’à l’Est, c’est seulement un fennec, méprisé par tous et moqué sous cape même par les cafards polisariens qu’il entretient ?

Humilié de la plus cruelle des manières par le taureau et ses amis de la rive Nord de la Mare Nostrum, sous le regard goguenard de son voisin de l’Ouest, ce qui est pour le fennec le comble de l’offense, il brise son miroir ou il a cru se voir en lion.

Pour se changer les idées, le fennec se saisit d’un livre et commence à en déchiffrer les mots, avant de le jeter violement au sol et d’éclater en sanglots. Il s’agissait d’une fable de La Fontaine, ou il est question d’une grenouille qui voulait devenir aussi grosse qu’un bœuf.

Des entrailles d’Al Mouradia s’élève un hurlement strident qui déchire le ciel, débordant de haine et d’affliction : « Hagrouna » ! (« Ils » nous ont humiliés).

*La Senne est une rivière qui arrose la ville de Bruxelles, siège de l’Union européenne 




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Samedi 11 Juin 2022
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