Recrutement, licenciement… Quand l'intelligence artificielle prend la direction des ressources humaines


Rédigé par Aya Azaddou le Lundi 5 Septembre 2022

Soixante salariés de Facebook ont été licenciés après avoir été désignés «au hasard » par une intelligence artificielle. Une situation déjà survenue et amenée à se répéter



« Au hasard», c'est le critère retenu contre les 60 salariés de la société de conseils Accenture qui ont découvert, le 17 août dernier, avoir été licenciés par une intelligence artificielle (IA). L'histoire, racontée par The Daily Mail, rapporte que la société fournit des services au groupe Meta sur la médiation et l'aspect commercial. Lesdits salariés, que la société a licenciés via l'utilisation d'une IA, travaillaient avec Facebook. C'est au cours d'une visioconférence organisée par l'entreprise qu'ils ont appris non seulement leur licenciement soudain mais aussi qu'ils avaient été désignés arbitrairement via l'utilisation d'un algorithme, sans plus de détails.

Ces licenciements expéditifs sont un nouvel épisode dans la vague de restructurations qui touche le secteur de la tech. Et l'utilisation d'une IA pour réduire les coûts n'est pas l'apanage de la société Accenture et de Meta. Au contraire, plusieurs cas similaires se sont déjà présentés dans d'autres grands groupes. À l’instar d'Amazon, qui avait déjà provoqué la polémique en utilisant une IA pour recruter et licencier ses livreurs, révélait le journal Bloomberg en 2021. Plus récemment, c'est l'entreprise russe Xsolla qui s'était servie d'un algorithme pour mettre à la porte ses 150 employés lors d'une restructuration survenue en fin d'année dernière.
 

Les IA nouveaux «tueurs de coûts» des entreprises

Toutefois, l'expansion de ces nouveaux modes de recrutement et licenciement souligne une évolution des pratiques dans le secteur des ressources humaines. Celle-ci prend sa source dans le fonctionnement même des Gafam :
« C'est ce que j'appelle le technodarwinisme : dans ces grands groupes on ne garde que les meilleurs et ceux qui adhèrent au projet», indique Asma Mhalla, experte en économie numérique et des Gafam.

Elle prend pour exemple le discours, le 30 juin dernier, de Mark Zuckerberg, où le PDG a annoncé vouloir renforcer la pression sur certains employés « n'ayant pas leur place » chez Meta, à l'heure où le groupe affiche des résultats décevants.
« Le secteur de la tech est un marché à temps compressé. Il faut constamment être le plus rapide », réagit Asma Mhalla, tout en précisant : « les patrons des Gafam considèrent souvent qu'automatiser un maximum de fonctions, dont celle de licencier et de recruter, leur permet d'être les plus affûtés par rapport à leurs concurrents, avec des coûts RH moindres».

Pour la chercheuse, il s'agit simplement d'une évolution dans l'attribution de certaines tâches considérées, autrefois, comme à «valeur ajoutée» et donc réservées aux humains. Mais ces fonctions ont toujours existé rappelle-t-elle : « Aux États-Unis on appelait ces personnes des cost-killer ou des tueurs de coûts en français. Les grandes entreprises faisaient appel à eux pour mettre en place des plans de licenciement, ce que font aujourd'hui les IA pour les Gafam finalement». En revanche, d'après la chercheuse, les principaux enjeux éthiques se situent au moment de la conception de l'algorithme : « A la base, c'est un humain qui conçoit l'intelligence artificielle. Or, le concepteur a obligatoirement des opinions qui influent dans les ordres volontaires induits dans l'algorithme et que celui-ci va appliquer», détaille Asma Mhalla.

De fait, en 2018, l'IA conçue et utilisée par Amazon pour recruter de nouveaux collaborateurs avait été jugée sexiste dans sa façon de sélectionner les CV.


Rédigé par Klara Durand pour le Figaro, 
Repris par la Fondation Tamkine 
#Tamkine_ensemble_nous_reussirons 




Lundi 5 Septembre 2022
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