L’histoire commence souvent autour d’un choc, d’une carrosserie froissée, d’un conducteur qui, en attendant, voit son quotidien et ses dépenses s’emballer. C’est précisément cette frustration bien connue des automobilistes – lenteur des réparations, manque de visibilité, coûts opaques – que ReparTrust s’efforce d’adresser. Au cœur de Casablanca, dans les locaux où l’équipe façonne une solution technologique ambitieuse, on sent que l’innovation n’est pas seulement un concept, mais une nécessité pour un secteur peu outillé.
La plateforme digitale mise en place par Mehdi Benslim, fondateur déjà derrière plusieurs projets tech au Maroc, ne se contente pas d’un simple tableau de bord. Elle propose un pilotage complet des réparations automobiles après sinistre, de la pré-inspection jusqu’à la livraison finale, avec un suivi en temps réel, une communication automatisée avec le propriétaire du véhicule et une centralisation des données opérationnelles pour les donneurs d’ordre comme les assureurs, loueurs ou gestionnaires de flottes.
Ce qui distingue ReparTrust, c’est son socle technologique enrichi par de l’intelligence artificielle. Les pré-inspections sont assistées par des algorithmes qui analysent les dommages à partir de photos ou de vidéos, accélérant ainsi la prise de décision et réduisant les marges d’erreur. Cette digitalisation s’inscrit dans un mouvement global : selon des données de marché, le secteur mondial des logiciels de réparation automobile est en forte expansion, porté par une adoption accrue des solutions cloud et de l’IA, et devrait atteindre des dizaines de milliards de dollars dans les prochaines années.
Mais l’innovation ne s’arrête pas là. ReparTrust est nativement connectée à Piyes.com, une centrale digitale marocaine de sourcing de pièces automobiles, offrant aux réparateurs un accès intégré à des pièces aftermarket, de réemploi ou reconditionnées, avec une évaluation des coûts, des délais et de l’impact environnemental. Ce modèle s’aligne sur une tendance mondiale croissante vers la durabilité dans l’après-vente automobile, où économiser sur les pièces sans sacrifier la qualité devient un avantage compétitif.
Sur le terrain, un système de notation baptisé ReparTrust Scoring évalue les garages selon des critères clés : délais d’exécution, qualité, satisfaction client et usage approprié des pièces. Objectif : offrir une réseau structuré de réparateurs fiables, une ressource précieuse pour les grandes entreprises et assureurs souvent confrontés à la dispersion et à l’hétérogénéité des prestataires.
Le contexte marocain n’est pas sans défis. Le marché national des pièces de rechange automobiles pèse quelque 20 milliards de dirhams, avec un parc de près de 5 millions de véhicules, dont une large majorité sont des véhicules légers. Structurer ce marché fragmenté, améliorer la formation des techniciens et intégrer les technologies naissantes restent des enjeux majeurs pour toute offre innovante.
L’enjeu de cette levée de fonds de 7,5 millions de dirhams est précisément de renforcer les équipes techniques (produit et data), d’accélérer l’intégration des garages partenaires, de consolider le réseau évalué et de lancer des projets pilotes au Moyen-Orient, une région voisine au potentiel significatif. Cette démarche s’inscrit dans une stratégie d’expansion réfléchie, avec une nouvelle levée en phase seed déjà en préparation.
L’expérience client, l’efficacité opérationnelle et une meilleure gouvernance des réparations après sinistre sont au cœur de ce que promet ReparTrust. Et si cette aventure entrepreneuriale marocaine parvient à inspirer d’autres secteurs traditionnellement analogiques, elle pourrait bien servir de modèle pour une digitalisation pragmatique, durable et profondément ancrée dans le tissu économique national et régional.
En un mot, ReparTrust incarne une révolution tranquille mais profonde, prête à transformer un marché au long cours resté trop longtemps dans l’ombre. Pour un Maroc qui aspire à conjuguer innovation, création de valeur et inclusion économique, ce type d’initiative est bien plus qu’une simple levée de fonds : c’est un signal fort vers l’avenir.