Replay : Apocalypse now !


Rédigé par le Vendredi 13 Mars 2026

Une rumeur stratégique circule dans les milieux diplomatiques et militaires : une unité expéditionnaire américaine composée d’environ 5 000 Marines, embarquée sur trois navires amphibies de l’US Navy, serait en route vers le Moyen-Orient. L’objectif évoqué n’est pas anodin : l’île iranienne de Kharg, point névralgique par lequel transite près de 90 % des exportations de pétrole de la République islamique. Si cette opération venait à se confirmer dans les prochaines heures, elle marquerait une nouvelle étape dans l’escalade régionale. Et au-delà de la bataille militaire, c’est l’économie mondiale – et donc le Maroc – qui pourrait en ressentir les secousses.



​Pétrole, détroit d’Ormuz et île de Kharg : le cœur stratégique de la crise

Dans les cercles diplomatiques, l’île de Kharg n’est pas un simple point sur la carte. C’est l’un des robinets énergétiques du monde. Un petit territoire rocheux dans le Golfe, mais par lequel passe l’essentiel du pétrole iranien destiné aux marchés internationaux.

Contrôler Kharg, même temporairement, reviendrait à tenir un levier énergétique majeur.

Les analystes militaires américains ne s’en cachent pas vraiment : la guerre au Moyen-Orient ne se limite plus à une confrontation régionale. Elle s’inscrit dans une rivalité globale où l’énergie joue le rôle de carburant géopolitique. Dans ce contexte, certains observateurs à Washington expliquent que la pression exercée sur l’Iran vise aussi indirectement la Chine, premier importateur mondial de pétrole iranien sous sanctions.

Autrement dit, derrière la bataille apparente, il y a un échiquier beaucoup plus vaste.

Depuis plusieurs années déjà, Pékin contourne les sanctions occidentales en achetant du pétrole iranien à prix réduit. Un flux discret mais massif qui contribue à alimenter la croissance chinoise. Si les États-Unis réussissaient à perturber ce circuit énergétique, ils toucheraient un point sensible de l’économie chinoise.

On comprend alors pourquoi le détroit d’Ormuz, situé à quelques dizaines de kilomètres seulement, devient l’un des centres de gravité de cette crise.

Près de 20 % du pétrole mondial y transite chaque jour.

Un incident majeur dans cette zone suffirait à provoquer un choc immédiat sur les marchés énergétiques. Les investisseurs le savent. Les traders aussi. Et les États producteurs du Golfe observent la situation avec une prudence presque nerveuse.

​Le baril de Brent vers 150 dollars ? Une hypothèse qui n’est plus marginale

La question énergétique devient donc centrale. Et les marchés pétroliers commencent déjà à réagir.

Lundi dernier, le Brent – référence mondiale du pétrole – a brièvement atteint 119,5 dollars le baril avant de refluer. Cette hausse s’est calmée après des rumeurs de négociations diplomatiques et des discussions au sein du G7 sur une possible mobilisation des réserves stratégiques.

Mais ce répit pourrait n’être qu’un interlude.

Certains économistes évoquent désormais un scénario où le Brent pourrait grimper entre 140 et 150 dollars le baril si la guerre devait s’enliser. L’hypothèse peut sembler spectaculaire, mais elle repose sur un facteur bien connu des spécialistes de l’énergie : la très faible élasticité de la demande pétrolière à court terme.

Des travaux récents – notamment ceux de Bilgin et Ellwanger publiés en 2024 – estiment cette élasticité autour de -0,02. Autrement dit, lorsque les prix montent brutalement, la consommation mondiale de pétrole ne baisse presque pas immédiatement.

Pourquoi ? Parce que l’économie mondiale reste structurellement dépendante du pétrole. Les transports, l’industrie, la logistique… tout continue à fonctionner avec des hydrocarbures. Les alternatives énergétiques progressent, mais elles ne peuvent pas remplacer du jour au lendemain les flux pétroliers.

Dans ces conditions, la moindre perturbation de l’offre se traduit par une envolée des prix.

C’est une mécanique presque implacable.

Pour les pays importateurs d’énergie – comme le Maroc – la situation devient alors délicate. Une hausse durable du pétrole se répercute rapidement sur les coûts de transport, les prix alimentaires et l’inflation globale. Et l’histoire économique montre que ces chocs énergétiques ont souvent des conséquences sociaux.

​Chine, Russie et Moyen-Orient : la grande bascule géopolitique

La crise actuelle ne se résume pourtant pas à une confrontation entre Washington et Téhéran.

Deux puissances observent la situation avec une attention extrême : la Chine et la Russie.

Pour l’instant, leur rôle reste discret. Officiellement, aucune implication militaire directe. Mais dans les coulisses diplomatiques, beaucoup soupçonnent déjà des formes de soutien indirect à l’Iran, qu’il soit économique, logistique ou technologique.

Pékin, en particulier, suit l’évolution du conflit avec un mélange de prudence et de calcul.

La Chine dépend fortement du pétrole du Golfe. Une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz serait un choc énergétique majeur pour son économie. Mais dans le même temps, toute crise prolongée affaiblissant l’influence américaine dans la région pourrait servir ses intérêts stratégiques.

La Russie, de son côté, joue une partition différente.

Moscou profite déjà de la reconfiguration des marchés pétroliers depuis la guerre en Ukraine. Des prix élevés du pétrole renforcent mécaniquement les revenus de son secteur énergétique. Et dans un contexte de tensions globales, la Russie se positionne comme un acteur diplomatique incontournable.

Pendant ce temps, le Moyen-Orient lui-même se fragmente.

Des milices chiites irakiennes multiplient les signaux d’hostilité. Le Liban, sous pression interne et régionale, se retrouve entraîné malgré lui dans cette spirale. Oman – traditionnel médiateur discret du Golfe – a récemment exprimé publiquement son inquiétude face à l’escalade.

Même certaines zones périphériques de la région commencent à bouger. L’ouverture du port stratégique du Somaliland à Israël illustre ce glissement progressif vers une recomposition des alliances.

Quant à l’Europe, elle peine encore à trouver une ligne claire. Entre dépendance énergétique, prudence diplomatique et divisions internes, la position européenne reste marquée par une certaine hésitation.

Une crise mondiale… mais pas sans issue

L’histoire des conflits internationaux montre que les moments de tension maximale sont souvent suivis de phases de négociation. Les grandes puissances savent généralement s’arrêter avant l’irréparable.

La situation actuelle n’échappe pas à cette logique.

Le président américain, confronté à des échéances politiques intérieures importantes, a besoin de résultats visibles. De son côté, l’Iran cherche à préserver sa souveraineté sans provoquer un affrontement direct avec une coalition internationale.

Entre ces deux impératifs, une porte diplomatique peut encore exister.

Dans ce contexte incertain, la priorité pour de nombreux pays – y compris le Maroc – consiste à maintenir un équilibre prudent. Observer, anticiper, diversifier les partenariats énergétiques et renforcer les mécanismes de résilience économique.

Car au-delà des discours martiaux et des démonstrations militaires, une réalité s’impose : la stabilité mondiale reste une responsabilité collective.

Et l’histoire récente l’a montré à plusieurs reprises : lorsque les tensions deviennent trop fortes, les acteurs les plus rationnels finissent souvent par chercher une sortie.

Les prochains jours s’annoncent donc décisifs. Non pas seulement pour le Moyen-Orient. Mais pour l’équilibre énergétique et géopolitique de toute la planète.




Vendredi 13 Mars 2026
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