Ressorties en salle: le cinéma marocain mise sur ses succès pour reconquérir le public


Rédigé par le Lundi 2 Mars 2026

Face à la baisse des entrées, les producteurs marocains relancent en salle leurs films à succès. Une stratégie pour pallier le manque de visibilité, renforcer la confiance du public et soutenir une industrie fragilisée par le manque de salles et la saisonnalité.



Alors que les entrées en salle fléchissent, une piste s’impose: remettre à l’affiche les succès du cinéma marocain. Cette option, désormais tendance, soulève néanmoins des questions sur l’engagement des spectateurs et sur l’avenir de la production nationale.

Traditionnellement, les ressorties concernent surtout des œuvres “cultes” ou des films restaurés en haute définition, célébrés pour leur portée universelle. Des titres comme “Titanic” ont ainsi bénéficié d’une ressortie anniversaire, légitime au regard de ses 11 Oscars, parfois en versions 4K ou 8K. Au Maroc, la démarche diffère: il s’agit de capitaliser sur des films récents qui ont déjà trouvé leur public, dans un contexte de fréquentation en berne.

La productrice Fatna Benkirane détaille à SNRTnews les ressorts de cette stratégie: “La première expérience a eu lieu avec mon film "Ana machi ana" en août 2025 aux cinémas Pathé et Megarama, en pleine basse saison, avec peu d’entrées. Comme le film avait réalisé une excellente audience à sa sortie, j’ai proposé de le reprogrammer. L’essai a été concluant, et nous avons décidé de réitérer avec 'Hada w Krimou'.”

Derrière cette décision, un objectif clair: stimuler le box-office en renforçant la visibilité des œuvres marocaines auprès d’un public que la productrice décrit comme “non engagé”. Elle insiste: “Il faut que les Marocains aient confiance en notre produit. Les statistiques du Centre cinématographique marocain montrent que les plus grands nombres sont en faveur des productions nationales.”

Les chiffres le confirment. En 2024, le Top 7 du box-office marocain est exclusivement composé de films marocains. En tête, “Ana machi ana” de Fatna Benkirane avec 244 999 entrées, suivi de “Za3zou3” (139 839), puis “Triple A” (138 176). “Hada w Krimou”, actuellement ressorti en salle, figure à la septième place.

Reste un obstacle structurel: le manque de salles. Selon Benkirane, cette pénurie freine les nouvelles sorties et affaiblit l’accessibilité au grand public, pourtant essentielle pour fidéliser les spectateurs et encourager une production de qualité. Plus le public se reconnaît dans des personnages et des récits proches de sa réalité, plus l’expérience devient plaisante et valorisante, un cercle vertueux à consolider.

Cette dynamique suppose un effort conjoint des deux piliers du secteur : producteurs et exploitants pour faire du cinéma marocain un repère culturel durable.

La saisonnalité joue également son rôle. “Pendant le ramadan, on manque de production cinématographique parce que les Marocains préfèrent rester chez eux, réunis, et regarder de la comédie fraîche”, explique Benkirane.

D’où l’intérêt des ressorties: proposer en période creuse des films déjà appréciés, pour ramener vers les salles un public hésitant. Une avancée pragmatique ou un recul selon les points de vue qui tente de rallier un spectateur encore “non engagé” autour d’œuvres qu’il connaît et valorise.




Lundi 2 Mars 2026
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