Le rôle américain dans le cadre de la résolution du Conseil de sécurité
Ces discussions, entourées de discrétion et précédées d’entretiens à Washington, ont fait l’objet d’un bref communiqué de la mission américaine auprès de l’ONU indiquant que « des délégations de haut niveau des États-Unis et des Nations unies ont facilité des discussions à Madrid, en Espagne, réunissant le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie, axées sur la mise en œuvre de la résolution 2797 (2025) du Conseil de sécurité relative au Sahara occidental ».
L’accueil américain de cette réunion, supervisée par Massad Boulos, conseiller du président Trump chargé des affaires arabes et africaines, par Mike Waltz, représentant permanent des États-Unis auprès de l’ONU, et par l’envoyé personnel des Nations unies chargé du dossier, Staffan de Mistura, trouve son fondement dans la résolution 2797 adoptée le 31 octobre dernier.
Dans celle-ci, le Conseil de sécurité exprimait « sa reconnaissance aux États-Unis d’Amérique pour leur disposition à accueillir les négociations afin de renforcer la mission de l’envoyé personnel en vue de parvenir à une solution à la question du Sahara occidental et de la région ».
La participation de l’Algérie en tant que partie au différend
Après près de sept années de refus, Alger, sous la pression de l’administration américaine, s’est résigné à prendre part à ce premier roune. Washington avait en effet dépêché, à la fin du mois dernier, le conseiller présidentiel Boulos afin de placer le régime algérien devant ses responsabilités et de l’amener à contribuer, avec les autres parties, au règlement du différend régional artificiel sur la base de l’autonomie dans le cadre de la souveraineté marocaine.
Ce régime, qui avait participé à la dernière table ronde de Genève sur la question du Sahara en mars 2019, a rejeté par la suite toutes les résolutions du Conseil de sécurité, notamment celles appelant l’Algérie à prendre part aux efforts de règlement du conflit, affirmant, contrairement à la réalité et aux faits de cinquante années de tension persistante en Afrique du Nord, qu’il n’était pas partie au dossier.
L’entêtement du régime algérien est allé jusqu’à tenter, sans succès, d’influencer l’administration onusienne pour modifier la traduction de la résolution 2797 rédigée en anglais en remplaçant le terme « parties » par « deux parties », pour cantonner le problème au Maroc et au Polisario, afin d’éviter de s’asseoir à la table des négociations et de masquer sa responsabilité première dans la création et l’entretien du différend, ce qui a retardé la publication des traductions officielles dans les autres langues des Nations unies de vingt-quatre jours.
La thèse dépassée du Polisario
Dans sa tentative d’échapper aux résultats probables des discussions sur la mise en œuvre de la résolution 2797, le Polisario avait auparavant annoncé, sur ordre du régime algérien, qu’il ne participerait à aucune négociation limitée à l’autonomie.
Son chef, Ghali, avait affirmé après le retour de ses représentants des discussions de Washington et avant celles de Madrid que e Polisario ne peut en aucun cas se substituer au prétendu peuple sahraoui dans sa décision finale concernant son avenir, remettant en avant la thèse du référendum fondé sur l’identification, abandonnée par le Conseil de sécurité depuis vingt ans au profit d’un règlement pacifique et réaliste, consacrée par la résolution 2797 qui considère que les caractéristiques de ce règlement résident dans la proposition d’autonomie.
Cependant, les États-Unis, en soutenant les efforts des Nations unies pour mettre fin à l’impasse, ont placé toutes les parties devant l’exigence d’appliquer la résolution 2797, qui appelle les parties à engager des discussions sans conditions préalables sur la base de la proposition d’autonomie présentée par le Maroc afin de parvenir à une solution finale acceptable et reconnaît que l’autonomie véritable peut constituer l’une des solutions les plus réalistes, tout en encourageant les parties à proposer des idées favorisant l’aboutissement du règlement final, ce qui signifie qu’aucune solution ne saurait se situer en dehors de l’autonomie sous souveraineté marocaine.
Dans ce sens, les discussions de Madrid, tenues au siège de l’ambassade américaine, ont constitué le début de la phase décisive du processus de règlement.
Le Maroc y a présenté une initiative d’autonomie détaillée et il a été décidé que les parties reprendront ces discussions le mois prochain, tandis qu’une commission technique composée des parties, sous supervision américano-onusienne, élaborera un accord-cadre contenant les éléments du règlement recherché, susceptible d’être prêt au cours de l’année en cours.
Renforcement de la position du Maroc grâce au soutien international
Cette résolution élève, dans toutes ses dispositions, l’initiative d’autonomie au-dessus des approches désormais dépassées et bénéficie du soutien de plus des deux tiers des États du monde, dont l’ensemble des pays membres de l’Union européenne.
Celle-ci a affirmé, dans sa déclaration à l’occasion du Conseil d’association avec le Maroc tenu le 29 janvier dernier, qu’« une véritable autonomie pourrait constituer l’une des solutions les plus réalistes » pour parvenir à un règlement définitif du différend régional, reprenant ainsi l’appel du Conseil de sécurité invitant toutes les parties à « participer aux discussions sans conditions préalables sur la base du plan d’autonomie proposé par le Maroc afin de parvenir à une solution politique finale ».
Avant même l’ouverture des discussions de Madrid, le Maroc avait également consolidé sa souveraineté économique dans les provinces du Sud, notamment par l’encouragement des grandes puissances économiques à y investir et à développer les échanges commerciaux.
L’ambassade des États-Unis à Rabat a ainsi annoncé, le 7 février courant, la signature d’un important accord d’investissement entre le gouvernement marocain et un consortium international ORNX regroupant des entreprises américaines, espagnoles et allemandes pour lancer un vaste projet de production d’ammoniac à faible coût à Laâyoune, avec un investissement initial atteignant 4,5 milliards de dollars.
Ce projet s’inscrit dans la production d’énergie verte et vise à faire des provinces du Sud un pôle économique et stratégique de la transition énergétique mondiale ainsi qu’un hub d’investissements internationaux dans les énergies propres.
Le recul de la thèse du régime algérien
En parallèle, le régime algérien a participé aux discussions de Madrid alors que sa thèse visant à porter atteinte à l’intégrité territoriale du Maroc subissait des revers successifs, accompagnés d’un isolement international croissant et de relations extérieures dégradées dans son environnement régional sahélo-saharien.
Un isolement déjà acté par le rejet de son adhésion au groupe BRICS et souligné par les récentes préoccupations des États-Unis, exprimées par le directeur du bureau des affaires du Moyen-Orient au Département d’État, Robert Palladino, concernant le rythme d’acquisition d’armements russes par l’Algérie.
Celui-ci a évoqué la possibilité de sanctions américaines en vertu de la loi CAATSA en raison de l’achat l’an dernier d’avions de combat russes, notamment des chasseurs de cinquième génération Su-57E.
Le sentiment d’isolement du régime algérien s’est encore accentué après son exclusion, la semaine dernière, de la liste des pays conviés à la réunion ministérielle tenue à Washington sur les minerais stratégiques, alors même que son ambassadeur Sabri Boukadoum avait auparavant proposé aux États-Unis une coopération très large incluant les ressources naturelles et les métaux rares.
Le terrorisme rattrape les séparatistes du Polisario
Le sénateur républicain Joe Wilson et le député démocrate Jimmy Panetta avaient ainsi proposé l’an dernier d’imposer des sanctions au Polisario soutenu par l’Algérie en vertu de la loi Magnitsky sur les violations des droits de l’homme et de le classer organisation terroriste étrangère au titre de la loi sur l’immigration et la nationalité en cas de refus de l’autonomie.
Le sénateur américain Ted Cruz a, pour sa part, déclaré récemment lors d’une audition au Sénat sur la lutte contre le terrorisme en Afrique du Nord et au Sahel que l’Iran cherchait à transformer le Front Polisario en force régionale supplétive, avertissant que la coopération entre le mouvement séparatiste et des réseaux soutenus par Téhéran constitue une menace sécuritaire croissante pour les États-Unis et leurs alliés.
La tentative algérienne de maintenir le conflit sans solution
Il pourrait poursuivre ses tentatives de provocation et de création de nouvelles tensions afin de prolonger les délais et maintenir le dossier dans une logique de non-solution.
Le conseiller présidentiel Massad Boulos, qui supervise ces discussions aux côtés de Staffan de Mistura, a souligné que le règlement de la question du Sahara marocain relève de l’intérêt stratégique des États-Unis, réaffirmant l’engagement de Washington à soutenir la proposition d’autonomie sous souveraineté marocaine comme solution juste et définitive.
Les États-Unis ont également indiqué ne pas souhaiter que ce différend artificiel demeure une source de tension susceptible de menacer la stabilité régionale en Afrique du Nord et au Sahel, ainsi que leur stratégie de lutte contre le terrorisme et leurs intérêts vitaux sur le continent africain.
La main tendue du Maroc à l’Algérie
Toute médiation visant à normaliser les relations entre les deux pays trouvera assurément un écho favorable au Maroc, conformément à la politique de la main tendue envers l’Algérie à laquelle Sa Majesté le Roi s’est engagé.
Il leur avait proposé, il y a plus de sept ans lors de l’anniversaire de la Marche Verte en 2018, la mise en place d’un mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation, dont le niveau de représentation, la forme et la nature seraient définis d’un commun accord, tout en réaffirmant l’ouverture du Maroc aux propositions et initiatives que pourrait présenter l’Algérie afin de dépasser l’état de blocage que connaissent les relations entre les deux pays voisins et frères.
Sa Majesté le Roi a constamment veillé à ce que les relations du Maroc avec l’Algérie demeurent empreintes de bon voisinage, déclarant dans son discours du vingt-deuxième anniversaire de la Fête du Trône en 2021 : « Je tiens à assurer nos frères en Algérie que le mal et les problèmes ne viendront jamais du Maroc, et qu’aucun danger ni aucune menace ne viendra de lui ; car ce qui vous atteint nous atteint, et ce qui vous affecte nous nuit. Aussi considérons-nous que la sécurité de l’Algérie, sa stabilité et la sérénité de son peuple font partie intégrante de la sécurité et de la stabilité du Maroc. »
Le Maroc, qui voit dans la résolution 2797 l’expression de la légitimité internationale et l’élément décisif dans la consolidation de son intégrité territoriale, aspire à ce que les frères en Algérie respectent cette légitimité en s’engageant dans des efforts sérieux pour mettre fin au différend artificiel autour de son Sahara par une solution sans vainqueur ni vaincu, préservant la dignité de toutes les parties et faisant de la légitimité internationale ainsi que des intérêts communs des peuples marocain et algérien le fondement de l’organisation et du développement des relations entre les deux pays voisins.