Risque catastrophes : l’OCDE alerte sur la protection financière du Maroc


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Mardi 17 Mars 2026

À peine le pays commence‑t‑il à tirer les leçons des inondations historiques de début 2026 que d’autres vulnérabilités numériques cette fois viennent souligner l’urgence d’un changement de paradigme dans la manière dont le Maroc finance ses risques majeurs. Entre évacuations massives sur le terrain et détournements d’ordinateurs dans le cyberespace, un même constat émerge : l’État, les assureurs et les acteurs économiques doivent redéfinir un système capable de digérer des chocs de plus en plus fréquents et coûteux.



Au cœur de l’hiver dernier, des pluies exceptionnelles ont transformé les bassins du Gharb et du Loukkos en étendues d’eau imprévisibles, forçant l’évacuation de plus de 143 000 personnes dans les provinces de Larache, Kénitra, Sidi Kacem et Sidi Slimane, notamment à Ksar El‑Kébir où l’oued Loukkos a débordé après que le barrage d’Oued El Makhazine a dépassé sa capacité habituelle. Les autorités, avec l’appui de l’armée et des services de secours, ont procédé à des opérations d’évacuation préventives pour protéger la population, évitant, selon les autorités, des pertes humaines directes dans ces zones malgré l’ampleur du phénomène climatique.
 

Ce type d’événement, qualifié d’« exceptionnel » par des responsables parlementaires et météorologues, illustre la manière dont les aléas climatiques se répètent à un rythme qui met à rude épreuve les réponses classiques du pays face aux catastrophes naturelles. L’intensification des précipitations, aggravée par les effets du changement climatique, a désormais replacé les risques d’inondations au centre des préoccupations publiques et financières.
 

Mais le climat n’est pas le seul front sur lequel le Maroc doit renforcer ses défenses. Sur un plan entièrement différent, les entreprises grandes et petites sont confrontées à une explosion des attaques numériques. Selon des données récentes partagées lors d’événements nationaux de cybersécurité, le royaume a subi plus de 20,7 millions de tentatives de cyberattaques au premier semestre 2025, ciblant tout à la fois les services en ligne, les systèmes bancaires, industriels et même les petites structures vulnérables aux ransomwares.
 

Dans ce double contexte d’aléas climatiques et de menaces numériques, un rapport publié début mars 2026 par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) propose un cadre d’adaptation de la protection financière face aux risques majeurs. Le diagnostic est clair : certains risques comme les inondations récurrentes ou certaines formes de cyberattaques peuvent et doivent être partagés entre le secteur privé et les pouvoirs publics via des mécanismes mutualisés d’assurance public‑privé, tandis que d’autres événements rares mais aux impacts potentiellement dévastateurs peuvent nécessiter un rôle accru de l’État dans l’effort d’indemnisation et de relèvement.
 

Aujourd’hui, la couverture assurantielle des pertes liées aux inondations au Maroc reste nettement faible comparée à celle observée dans de nombreux pays de l’OCDE. Là où certains États membres voient plus de 50 % des pertes assurées, le Royaume se situe en deçà de ce seuil, freinant la capacité de reprise rapide des populations et des entreprises touchées. Cette lacune accroît la dépendance aux dépenses publiques d’urgence et peut fragiliser les finances publiques à long terme.
 

Sur le terrain économique, cette fragilité se traduit par une pente plus raide à gravir pour les PME locales, souvent désarmées face aux cybermenaces, et pour les ménages qui n’ont pas toujours accès à des produits d’assurance adaptés. L’OCDE insiste sur l’importance d’une tarification du risque transparente et incitative, qui récompense les investissements dans la prévention (réduction de la vulnérabilité des habitations, systèmes d’alerte, cybersécurité renforcée), plutôt que de perpétuer des mécanismes de prise en charge purement punitifs après coup.
 

Si la route est encore longue pour transformer ces recommandations en politiques publiques concrètes notamment au regard des défis structurels propres à l’économie marocaine et de la diversité des risques l’essentiel est là : un changement de cap s’impose pour bâtir une résilience économique durable. Plus qu’un simple outil financier, il s’agit d’une assurance collective contre l’imprévisible pour que les inondations, les attaques numériques ou d’autres chocs futurs ne deviennent pas des crises sociales et économiques incontrôlables.
 

Enjeu central pour 2026 : repenser la protection financière nationale non pas comme un filet de sécurité ponctuel, mais comme un système intégré, anticipatif et solidaire.





Mardi 17 Mars 2026
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