Risque pays sous contrôle : Allianz Trade confirme la note B1 au Maroc


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Mardi 17 Février 2026

Dans un environnement international marqué par les tensions commerciales et les incertitudes politiques, le Maroc confirme la solidité de ses fondamentaux économiques. Le Country Risk Atlas 2026 d’Allianz Trade maintient la note souveraine du Royaume à « B1 », la meilleure attribuée en Afrique, traduisant un risque faible pour les entreprises. Mais derrière cette stabilité, le rapport souligne des fragilités sociales persistantes qui freinent une croissance pleinement inclusive.



L’édition 2026 de l’Atlas analyse 83 économies représentant près de 94 % du PIB mondial. Malgré un climat géopolitique tendu, le risque pays global s’améliore : 36 États voient leur notation rehaussée contre 14 dégradations. Cette évolution reflète l’adaptation progressive des politiques budgétaires, monétaires et commerciales face aux chocs récents. À l’inverse, certaines grandes économies, notamment la France, la Belgique ou encore les États-Unis, restent exposées à des vulnérabilités persistantes à moyen terme.
 

Dans ce contexte, le Maroc conserve sa note « B1 » et demeure classé dans la catégorie « risque faible ». L’assureur-crédit met en avant la solidité macroéconomique du pays, tout en décrivant une croissance évoluant dans une économie à deux vitesses, où chômage des jeunes, informalité et vulnérabilités climatiques continuent de peser sur la cohésion sociale.
 

Les perspectives de croissance restent favorables : +3,7 % en 2026 puis +3,5 % en 2027. Depuis 2023, l’activité dépasse régulièrement les 3,5 %, rompant avec la volatilité observée après la crise financière mondiale et la période Covid-19. Plusieurs moteurs soutiennent cette dynamique : progression de la production industrielle, investissements étrangers dans le manufacturier, l’énergie et les mines, reprise agricole après les épisodes de sécheresse, et tourisme en forte expansion avec des arrivées attendues en hausse d’environ 20 % en 2026.
 

À court terme, la croissance pourrait légèrement ralentir avant de se raffermir à l’approche de la Coupe du monde de football 2030, que le Maroc coorganisera. La demande intérieure demeure bien orientée : consommation et dépenses publiques montrent des signes de vigueur, soutenues par un moral des ménages en amélioration et par des recettes fiscales en hausse.
 

L’inflation devrait se maintenir autour de 1 % en 2026, proche du niveau de 2025. Toutefois, les dépenses liées aux grands événements sportifs pourraient exercer des tensions ponctuelles sur certains prix.
 

Malgré ces fondamentaux favorables, l’environnement des entreprises reste exigeant. Les défaillances devraient se stabiliser en 2026 après une hausse estimée à +10 % en 2025, dans un contexte de tensions affectant le commerce, l’immobilier et la construction. Les retards de paiement demeurent un facteur majeur de fragilité financière.
 

Le marché du travail constitue l’un des principaux défis. Le chômage des jeunes avoisine 35 %, tandis qu’environ trois quarts de la main-d’œuvre opèrent dans l’économie informelle. Les écarts entre zones rurales et urbaines persistent, révélant le caractère encore insuffisamment inclusif de la croissance.
 

Sur le plan budgétaire, la trajectoire reste maîtrisée. Le service de la dette, estimé à environ 3,7 % du PIB en 2025, devrait se rapprocher de 3 % d’ici 2027, un niveau inférieur à la moyenne africaine. La dette publique, après avoir atteint 70 % du PIB en 2024, est attendue autour de 65 % en 2027, tandis que les déficits budgétaires devraient se stabiliser près de –3 % du PIB. La couverture des besoins de financement demeure soutenable, portée par la progression des recettes fiscales et par des flux extérieurs robustes : investissements directs étrangers, transferts des Marocains résidant à l’étranger et revenus touristiques.
 

Le rapport invite toutefois à la vigilance concernant certaines entreprises publiques fortement endettées, susceptibles de peser sur les perspectives si les réformes annoncées tardent à produire leurs effets.
 

Sur le front extérieur, la diversification économique se confirme. Les phosphates première exportation nationale ont rebondi en 2025, avec une progression d’environ 20 % après le ralentissement post-pandémie, soutenus par leur rôle stratégique dans la sécurité alimentaire mondiale. L’automobile constitue le second pilier : le Maroc figure parmi les principaux exportateurs de véhicules vers l’Union européenne, avec plus de 500 000 unités exportées en 2023. Le ralentissement observé début 2025, lié à la conjoncture européenne et aux tarifs américains, n’a pas remis en cause la solidité de la production locale.
 

Au-delà des chiffres, l’étude met en avant une stratégie de transformation visant à hisser le pays vers la catégorie des économies à revenu intermédiaire supérieur, en s’appuyant sur la diversification industrielle, l’attraction d’investissements et le développement des énergies renouvelables.
 

La confirmation de la note « B1 » traduit la crédibilité macroéconomique du Maroc dans un monde incertain. Mais pour transformer cette solidité en prospérité durable, le défi reste clair : rendre la croissance plus inclusive et réduire les fractures sociales et territoriales, condition essentielle pour consolider la trajectoire du Royaume à l’horizon des grandes échéances économiques et sportives à venir.





Mardi 17 Février 2026
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