Une offre dominée par la production locale
L’offre nationale de rond à béton est principalement assurée par des opérateurs locaux, qu’il s’agisse d’aciéries intégrées ou de laminoirs. À cette production s’ajoutent des importations opérées par certains distributeurs nationaux ou des entreprises de BTP, mais celles-ci restent secondaires. Le marché reste donc, dans sa structure, largement dépendant des capacités installées sur le territoire national.
Cette domination de la production locale constitue, en soi, un atout pour la souveraineté industrielle du pays. Elle limite l’exposition aux chocs extérieurs et aux fluctuations internationales. Mais elle révèle aussi une réalité plus nuancée : la forte concentration de l’appareil productif autour de quelques acteurs majeurs réduit mécaniquement l’intensité concurrentielle.
Des acteurs secondaires aux marges étroites
Derrière le trio de tête, les autres opérateurs peinent à peser réellement sur le marché. Moroccan Iron Steel, qui produit le rond à béton à partir de billettes fabriquées en interne, ne représente pas plus de 5 % de la capacité nationale installée. Sa présence reste donc marginale face aux leaders du secteur.
Les entreprises spécialisées uniquement dans le laminage à chaud, à l’image de Somasteel et Universal Industrial Steel, affichent ensemble une capacité représentant un peu plus de 16 % de la capacité nationale. Leur rôle est important pour l’animation du marché, mais insuffisant pour rééquilibrer durablement le rapport de force industriel.
Une concentration qui pose question
Ce niveau de concentration n’est pas sans conséquences. Dans un marché où les investissements sont lourds, les barrières à l’entrée élevées et les coûts énergétiques déterminants, la domination de quelques groupes peut limiter la fluidité concurrentielle. Pour les professionnels du BTP comme pour les consommateurs finaux, cela peut se traduire par une moindre flexibilité des prix et une sensibilité accrue aux tensions sur les intrants.
Le Conseil de la concurrence, sans tomber dans une lecture alarmiste, invite à une vigilance continue. La question n’est pas de remettre en cause l’existence de champions industriels nationaux, mais de s’assurer que le jeu du marché reste ouvert, transparent et bénéfique à l’ensemble de l’économie.
Dans un Maroc engagé dans une trajectoire de développement durable, d’urbanisation maîtrisée et de renforcement de son tissu industriel, le rond à béton restera un maillon essentiel. La concentration actuelle du marché impose toutefois un suivi rigoureux des pratiques concurrentielles et une réflexion sur les leviers permettant de diversifier l’offre.
Au-delà des chiffres, l’enjeu est clair : garantir un secteur du rond à béton performant, équitable et capable d’accompagner les ambitions économiques et sociales du Royaume. La solidité industrielle est une force, à condition qu’elle s’inscrive dans un cadre concurrentiel sain et durable.