Ryad Mezzour fait le "Bilan" pour l'​Industrie marocaine

Ryad Mezzour met en avant un cap solide, entre performance, compétitivité et justice territoriale


Rédigé par La rédaction le Jeudi 16 Avril 2026



Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a livré un tableau résolument optimiste de la trajectoire industrielle du Maroc, en soulignant une accélération marquée de la dynamique du secteur depuis 2025. À l’entendre, les indicateurs parlent d’eux-mêmes : le chiffre d’affaires industriel a été multiplié par plus de six, les exportations par neuf, tandis que les effectifs ont triplé. Des chiffres impressionnants, qui traduisent une montée en puissance rapide de l’appareil productif national et confortent l’ambition du Royaume de s’imposer comme une plateforme industrielle de référence à l’échelle régionale et continentale.

Cette lecture positive repose sur un constat simple : l’industrie marocaine n’est plus seulement un levier de production, elle devient un pilier stratégique de souveraineté économique, de création d’emplois et d’attractivité internationale. Dans un contexte mondial marqué par les tensions sur les chaînes d’approvisionnement, la fragmentation géopolitique et la montée des exigences environnementales, le Maroc semble vouloir transformer les incertitudes extérieures en opportunités de repositionnement.

La progression évoquée par le ministre illustre ainsi une mutation plus profonde. Derrière les performances chiffrées, c’est tout un modèle industriel qui cherche à changer d’échelle. Le pays ne se contente plus d’attirer des investissements pour produire à coût compétitif ; il veut désormais renforcer sa capacité à produire mieux, à exporter davantage de valeur ajoutée et à s’inscrire dans les nouvelles exigences de l’économie mondiale. En d’autres termes, l’heure n’est plus seulement à la croissance quantitative, mais à la consolidation qualitative.

C’est d’ailleurs dans cette perspective que s’inscrivent les priorités annoncées à l’horizon 2030. Le premier chantier est celui de la compétitivité. Dans une compétition internationale de plus en plus rude, le Maroc devra continuer à améliorer son environnement industriel, réduire les coûts logistiques, fluidifier les procédures et stimuler l’innovation. Car une industrie qui croît vite mais peine à gagner en productivité risque tôt ou tard de buter sur ses propres limites. La compétitivité ne se décrète pas ; elle se construit dans la durée, par la qualité des infrastructures, des compétences, de l’énergie disponible et de la gouvernance.

Le deuxième axe est celui de la valeur ajoutée. Là encore, le message est clair : il ne suffit plus d’assembler ou de transformer à faible intensité technologique. Le défi est de faire monter l’industrie marocaine en gamme, de l’ancrer davantage dans la recherche, l’ingénierie, la transformation avancée et les métiers de demain. Cette orientation est décisive. Une industrie plus sophistiquée résiste mieux aux chocs, rémunère mieux le travail et permet une insertion plus favorable dans les chaînes de valeur mondiales.

Mais le troisième pilier, sans doute le plus structurant pour les années à venir, concerne la décarbonation. Le ministre l’a rappelé : l’avenir industriel se jouera aussi sur la capacité du Maroc à intégrer les standards environnementaux qui s’imposent désormais à l’échelle internationale. L’industrie de demain sera verte ou sera pénalisée. Entre les nouvelles normes aux frontières, la pression des marchés européens et les exigences des investisseurs, la transition écologique n’est plus un supplément d’âme. Elle devient une condition de compétitivité. Pour le Maroc, qui mise déjà sur les énergies renouvelables, l’enjeu est de convertir cet avantage en véritable levier industriel.

Au-delà des performances globales, Ryad Mezzour a également insisté sur une question politiquement sensible et économiquement décisive : la répartition équilibrée des investissements industriels. C’est un point essentiel. Une croissance concentrée sur quelques pôles seulement peut produire de la richesse, mais elle peut aussi nourrir les fractures territoriales. Parler de justice territoriale dans la politique industrielle, c’est reconnaître que l’usine, la zone industrielle, la plateforme logistique ou l’écosystème productif sont aussi des instruments d’aménagement du territoire.

Le message du ministre est donc double. Oui, l’industrie marocaine avance vite. Oui, les résultats sont encourageants. Mais la prochaine étape ne consistera pas seulement à faire plus ; elle consistera à faire mieux, plus vert et plus équilibré. C’est là que se jouera la crédibilité du cap 2030. Car une industrie forte n’est pas seulement celle qui exporte davantage. C’est aussi celle qui crée une prospérité plus dense, plus durable et mieux partagée.




Jeudi 16 Avril 2026
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