Qui sont les victimes, où et quand ?
Des hommes et des femmes vivant dans la rue, exposés au froid hivernal, sont décédés ces dernières semaines dans l’espace public. Ces drames surviennent alors même que l’État affirme avoir renforcé les capacités d’accueil pour l’hiver 2025-2026.
Des chiffres en hausse, une réalité difficile à cerner
Le phénomène dépasse largement les épisodes de grand froid. Selon les derniers chiffres officiels disponibles, issus du RGPH 2014, le Maroc comptait 7.226 personnes sans domicile. Un chiffre désormais largement dépassé. Les données communiquées dans le cadre des campagnes hivernales évoquent environ 13.150 sans-abri à l’échelle nationale.
Des associations estiment toutefois que ces statistiques restent en deçà de la réalité. Le recensement des personnes vivant dans la rue demeure complexe, mouvant, et souvent sous-estimé, notamment dans les grandes agglomérations.
Des centres d’accueil, mais une réponse jugée insuffisante
Face à l’urgence, le ministère de la Solidarité, de l’Insertion sociale et de la Famille a déployé 14 centres dédiés aux sans-abri et 46 complexes sociaux à travers le pays. Une enveloppe de 27 millions de dirhams, débloquée en octobre 2025, vise à soutenir l’accueil d’urgence et des actions de réinsertion.
Mais sur le terrain, les critiques persistent. Les acteurs associatifs pointent le caractère temporaire et saisonnier de ces dispositifs. L’accès aux centres reste parfois conditionné, limité dans le temps, ou inadapté aux personnes souffrant de troubles psychiques, d’addictions ou de maladies chroniques.
Au-delà du froid, une crise structurelle
Pour les organisations de défense des droits humains, les décès sur la voie publique ne relèvent pas d’un simple déficit de lits, mais d’une absence de stratégie globale de sortie de rue. L’hébergement d’urgence, à lui seul, ne permet ni la stabilisation sanitaire, ni la réinsertion sociale ou professionnelle.
Le débat renvoie directement aux ambitions de la généralisation de la protection sociale. Sans un suivi individualisé, des données actualisées et une coordination réelle entre l’État, les collectivités locales et les associations, les centres d’accueil risquent de rester des réponses ponctuelles à une crise durable.
Alors que l’hiver se poursuit, la question n’est plus seulement celle de l’accueil, mais celle de la prévention des décès évitables. L’efficacité des dispositifs existants, leur articulation avec les politiques de santé mentale et d’insertion, ainsi que la capacité à transformer l’urgence en solution pérenne, seront déterminantes dans les semaines à venir.