Santé au Maroc : bilan de cinq années de réformes et perspectives pour le prochain gouvernement


Par Abdelghani El Arrasse.

Le secteur de la santé constitue aujourd'hui l'un des piliers de l'État social voulu par Sa Majesté le Roi Mohammed VI.

Pendant de nombreuses années, les citoyens ont souffert d'un déficit en infrastructures, d'un manque de ressources humaines, d'une couverture médicale limitée et d'importantes disparités territoriales. Depuis 2021, le Royaume a engagé une réforme d'une ampleur historique, portée par la généralisation de la protection sociale et par des investissements publics sans précédent.

Les comparaisons sont éloquentes. Malgré une durée deux fois plus courte, le gouvernement actuel affiche un bilan qui dépasse, sur plusieurs indicateurs stratégiques, celui des deux gouvernements précédents cumulés. L'augmentation sans précédent des crédits budgétaires, la généralisation de l'Assurance Maladie Obligatoire, la réhabilitation de plus de 1 400 centres de santé et le lancement de nouveaux Centres Hospitaliers Universitaires illustrent cette accélération historique.



Les chiffres parlent d'eux-mêmes.

Le budget annuel du ministère de la Santé est passé d'environ 13 milliards de dirhams durant les gouvernements Benkirane et El Othmani à plus de 32 milliards de dirhams aujourd'hui, soit une progression de près de 150 %.

La modernisation des infrastructures sanitaires a connu une accélération remarquable. Alors qu'entre 200 et 400 centres de santé avaient été réhabilités au cours de la décennie précédente, le programme actuel prévoit la réhabilitation et l'équipement de plus de 1 400 centres de santé, rapprochant davantage les soins des citoyens, notamment dans le monde rural.

Le réseau hospitalier universitaire connaît également un développement inédit.

Après plusieurs années marquées par la création limitée de nouveaux CHU, plusieurs centres hospitaliers universitaires ont été réalisés ou sont en cours d'achèvement, renforçant ainsi l'offre de soins spécialisés dans plusieurs régions du Royaume.

La réforme la plus structurante demeure sans doute la généralisation de l'Assurance Maladie Obligatoire. Le nombre de bénéficiaires est passé d'environ 8,5 millions à plus de 23 millions, ouvrant ainsi l'accès aux soins à une grande partie de la population qui en était auparavant privée.

Parallèlement, le programme d'aide sociale directe bénéficie désormais à près de 4 millions de ménages, renforçant la protection des familles les plus vulnérables et consolidant les fondements de l'État social.

Ces investissements s'accompagnent d'un effort important pour renforcer les ressources humaines, moderniser les équipements médicaux, améliorer l'accès aux médicaments et développer les infrastructures hospitalières sur l'ensemble du territoire.

Certes, des défis demeurent : réduire les délais d'attente, améliorer la qualité des services, renforcer la présence des médecins dans les zones rurales et poursuivre la modernisation des établissements de santé.

Mais il est indéniable que la dynamique engagée marque une rupture avec le passé et ouvre une nouvelle étape dans la réforme du système de santé marocain.

Les priorités du prochain gouvernement

Pour consolider ces acquis et hisser le Maroc parmi les systèmes de santé les plus performants de la région, le prochain gouvernement devrait inscrire son action autour de plusieurs priorités stratégiques :

- Porter progressivement le budget de la santé à 5 % du PIB, conformément aux recommandations internationales.
- Former et recruter davantage de médecins, infirmiers et professionnels de santé , avec des mesures incitatives pour les régions les moins dotées.
- Achever la réhabilitation des 1 600 centres de santé et accélérer la mise en service des nouveaux CHU.
- Poursuivre la digitalisation du système de santé, grâce au dossier médical électronique, à la télémédecine et à l'intelligence artificielle pour améliorer la qualité et la rapidité des soins.
- Développer une véritable industrie pharmaceutique et biotechnologique nationale, afin de renforcer la souveraineté sanitaire du Royaume.
- Réduire les inégalités territoriales en garantissant à chaque citoyen un accès équitable à des soins de qualité, quel que soit son lieu de résidence.
- Renforcer la prévention, le dépistage précoce et l'éducation sanitaire afin de diminuer durablement les maladies chroniques.

Le Maroc dispose aujourd'hui des bases d'une transformation historique de son système de santé.

Le défi des prochaines années ne sera plus seulement d'investir davantage, mais de transformer ces investissements en une amélioration concrète de la qualité des soins, de la satisfaction des citoyens et de la performance globale du système sanitaire.

C'est à cette condition que le Royaume pourra consolider durablement son État social et faire de la santé un véritable levier de développement humain et de compétitivité nationale.

Rédigé par Abdelghani El Arrasse : Analyste économique Membre de L’AEI.


Mardi 21 Juillet 2026

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