D’après les données communiquées par le parquet, les personnes visées par ces investigations sont quatre ressortissants marocains, trois Espagnols et un Belge. L’identité des autres suspects potentiellement impliqués dans les agressions recensées ces dernières semaines reste, à ce stade, inconnue.
Le bilan a par ailleurs été revu à la hausse. Le parquet avait annoncé lundi un total de 21 affaires avant de porter ce chiffre à 23. Parmi les victimes figurent neuf filles et adolescentes âgées de 14 à 17 ans, ainsi qu’un homme issu de la communauté LGBTQ+, également victime d’une agression sexuelle.
Des mineures particulièrement vulnérables
Ces chiffres interviennent dans un contexte de forte pression sur les structures d’accueil de Sebta occupée, près d’un mois après une importante vague d’entrées irrégulières. Selon les sources espagnoles citées par les médias locaux, entre 70.000 et 80.000 personnes auraient participé à ce mouvement depuis le 30 juillet.
Cette situation a fortement sollicité les dispositifs d’hébergement, les services sociaux et les forces de sécurité. Une partie des arrivants se trouve encore dans les rues ou dans des structures d’accueil provisoires.
Auditionnée devant la Commission de l’égalité de la Chambre des représentants, la ministre espagnole de l’Égalité, Ana Redondo, a évoqué les chiffres du parquet et détaillé les mesures prises pour assurer la protection des victimes. Elle a précisé que les neuf mineures concernées avaient été prises en charge dans un centre spécialisé dans les violences sexuelles, accessible 24 heures sur 24.
La ministre a demandé que les victimes puissent rester dans ce centre au-delà de la durée habituelle de 72 heures lorsqu’aucune solution « fiable et sûre » n’est disponible. Elle a également plaidé pour le maintien permanent des services psychologiques, médicaux et juridiques destinés aux victimes.
Madrid met en garde contre la stigmatisation
Ana Redondo a fermement condamné les agressions, estimant que les violences sexuelles ne devaient pas être instrumentalisées à des fins politiques.
Elle a également mis en garde contre les discours visant à attribuer à des communautés entières la responsabilité des actes commis par certains individus en raison de leur origine ou de leur couleur de peau. Selon elle, la responsabilité d’une agression revient à son auteur, et non à l’ensemble d’un groupe.
La ministre a par ailleurs alerté sur la progression de discours et de comportements racistes dans le contexte de la crise migratoire à Sebta. Elle a assuré que les autorités espagnoles ne permettraient pas que les violences subies par les victimes servent à alimenter la stigmatisation ou la haine.
Le parquet renforce ses effectifs
La procureure générale de l’État, Teresa Peramato, s’était rendue quelques jours auparavant à Sebta occupée, accompagnée notamment de la procureure supérieure d’Andalousie, Ana Tárrago, et de la procureure coordinatrice chargée des mineurs, Teresa Gisbert.
À l’issue de cette visite, elle avait indiqué que le parquet local avait constaté une augmentation de certaines catégories de délits, notamment ceux liés aux agressions sexuelles.
Le 27 août, le parquet avait fait état de 16 affaires concernant 17 victimes. Sept nouveaux cas ont ensuite été enregistrés, portant le bilan à 23 agressions sexuelles.
Teresa Peramato avait également insisté sur la « vulnérabilité particulière » des mineures migrantes dans le contexte de la crise de l’accueil.
Face à l’augmentation du nombre de dossiers, les autorités judiciaires ont décidé de renforcer les effectifs du parquet à Sebta. L’équipe, actuellement composée de neuf membres, doit être complétée par trois procureurs supplémentaires afin d’accélérer le traitement des affaires liées à la crise.
Des suspects placés en détention
Dans une autre affaire, la Cour supérieure de justice d’Andalousie avait annoncé, le 12 août, le placement en détention de deux ressortissants marocains, tandis qu’un troisième suspect avait fait l’objet d’une mesure d’éloignement du territoire espagnol. Ces décisions intervenaient dans le cadre d’une enquête portant sur deux agressions sexuelles présumées à Sebta.
Les autorités judiciaires avaient toutefois rappelé que les personnes concernées étaient présumées innocentes tant qu’aucune condamnation définitive n’avait été prononcée.
Dans ces procédures, la justice espagnole a également recueilli en amont les témoignages des victimes et des témoins. Cette mesure permet, dans le respect des garanties prévues par la loi, d’utiliser ultérieurement ces déclarations lors d’un éventuel procès et d’éviter aux victimes de devoir répéter les faits devant le tribunal.
Alors que la crise migratoire continue de mettre sous tension les dispositifs d’accueil de Sebta occupée, les autorités espagnoles se retrouvent ainsi confrontées à un double enjeu : protéger les victimes de violences sexuelles, notamment les mineures, tout en évitant que ces affaires ne deviennent un vecteur de stigmatisation de l’ensemble des migrants.