Semaine nationale de l’artisanat: un forum à Rabat pour structurer, financer et digitaliser le secteur


Rédigé par le Mercredi 11 Février 2026

À Rabat, le forum international « Art & Craft Connect » (Semaine nationale de l’artisanat) a réuni institutions et professionnels autour de la compétitivité, de la digitalisation et de l’export.



Le 9 février à Rabat, le forum international « Art & Craft Connect », organisé par le secrétariat d’État chargé de l’artisanat et de l’économie sociale et solidaire en partenariat avec la Maison de l’artisan, a rassemblé l’écosystème de l’artisanat dans le cadre de la 9e Semaine nationale de l’artisanat (9–15 février). L’événement a été marqué par l’inauguration officielle d’une exposition mettant à l’honneur la diversité et l’excellence des savoir-faire marocains.

Ouvrant les travaux, Fatim-Zahra Ammor, ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, a salué les performances record de 2025 dans le tourisme et l’artisanat. Elle a rappelé que ces deux secteurs totalisent près de 3,2 millions d’emplois et contribuent à plus de 14 % du PIB. La ministre a réaffirmé l’engagement du gouvernement à consolider un environnement propice au développement de l’artisanat, en conjuguant compétitivité, digitalisation et amélioration des conditions de vie des artisans, avec un accent sur l’insertion des jeunes et des femmes. Elle a appelé à une coordination accrue entre Chambres d’artisanat et acteurs publics-privés pour un accompagnement plus structuré.

Dynamique accélérée

Le secrétaire d’État, Lahcen Essaadi, a dressé un état des lieux des avancées, soulignant la transformation d’un secteur longtemps perçu comme social en un levier productif de création de valeur et d’emplois. Cette mutation s’inscrit dans une stratégie en deux temps: d’abord la structuration, puis l’accélération et le décollage économique.

La phase de structuration s’est traduite par une réforme réglementaire d’ampleur, dont la loi n° 50-17 encadrant l’exercice des activités de l’artisanat et ses textes d’application. Elle a permis la création du Registre national de l’artisanat (plus de 440 000 inscrits) et le lancement des instances professionnelles. La généralisation de la protection sociale a parallèlement été engagée au bénéfice des professionnels, améliorant l’accès aux services pour environ 660 artisanes et artisans, un jalon vers plus d’inclusion et d’équité. Le rôle de la Maison de l’artisan a, lui, été consolidé pour accompagner les opérateurs et promouvoir les produits au Maroc et à l’international.

Sur le plan économique, les effets sont tangibles: environ 147 milliards de dirhams de chiffre d’affaires global et un record d’exportations à 1,23 milliard de dirhams en 2025, avec une croissance annuelle moyenne de 7,6 % entre 2019 et 2025. Le secteur pèse autour de 10 % des recettes touristiques en devises générées par les achats de produits artisanaux. Les États-Unis concentrent 49 % des exportations, devant la France (10,5 %) et la Turquie (6 %). Côté produits, la poterie et la pierre dominent (35,7 %), suivies des tapis (18 %) et des vêtements traditionnels (17 %). Le taux de satisfaction des marchés internationaux dépasse 90 %, signe d’un solide alignement avec la demande mondiale.

Go-to-market et qualité

M. Essaadi a précisé la stratégie d’accès aux marchés, articulée autour de quatre axes: participation à des événements à forte valeur, développement de réseaux d’acheteurs, partenariats commerciaux avec des opérateurs de référence, et campagnes de communication ciblées. Un système qualité structuré a été mis en place, avec 77 labels (marques collectives de certification) et 446 normes de conformité. Plus de 2 500 unités de production ont été certifiées, renforçant la compétitivité internationale.

Trois programmes structurants accompagnent la montée en gamme: excellence (tapis, poterie, céramique), accompagnement export et soutien aux agrégateurs: 228 artisans en ont bénéficié entre 2024 et 2025.

Capital humain et formation

La formation constitue un pilier de la stratégie: le taux d’insertion des diplômés des établissements de formation de l’artisanat dépasse 85 %. Le réseau compte 67 établissements (22 instituts spécialisés, 45 centres de qualification) et plus de 100 annexes, pour 35 000 places pédagogiques. Les cursus visent le renforcement des compétences, la sauvegarde des métiers menacés et la transmission intergénérationnelle. Le nombre d’inscrits atteint 73 427 jeunes, dont 63 % de filles. Un nouveau contrat-programme 2025–2030 pour l’apprentissage ambitionne 30 000 formés par an, soit 150 000 inscrits à l’horizon 2030.

Quatre partenariats pour accélérer

En marge du forum, quatre accords clés ont été signés:
Financement et garantie: mémorandum entre le secrétariat d’État, la Maison de l’artisan et Tamwilcom pour faciliter l’accès aux financements adaptés, soutenir l’investissement productif et stimuler les exportations à forte valeur. Accompagnement export: partenariat AMDIE–Maison de l’artisan pour mieux connaître les marchés, développer le réseautage et l’efficacité opérationnelle des acteurs. E-commerce: convention pour créer l’e-boutique « Morocco Handmade » (avec Marjane Mall), afin de renforcer l’inclusion économique, la visibilité et la vente digitale des produits. Assurance à l’export: accord avec la SMAEX, le secrétariat d’État et la Maison de l’artisan pour sécuriser les transactions internationales, promouvoir la culture du risque et proposer des solutions assurantielles adaptées.

Porté par ces réformes, l’artisanat marocain aborde une phase d’accélération, entre montée en qualité, financement ciblé, canaux digitaux et meilleurs accès aux marchés, avec l’ambition de consolider durablement sa place dans les chaînes de valeur mondiales.




Mercredi 11 Février 2026
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