Sénégal : L’économie suspendue aux tensions politiques


Rédigé par PATRICIA GOMBO BOKI le Lundi 9 Mars 2026

Les frictions entre le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko inquiètent marchés et investisseurs, alors que les finances publiques sénégalaises traversent une période critique. La suspension du programme du FMI et la réévaluation de la dette placent désormais la stabilité politique au cœur de la crédibilité économique du pays.



Rivalité au sommet

La relation entre Faye et Sonko, issue de l’alternance politique de 2024, révèle des tensions qui pourraient fragiliser l’exécutif. Dans les économies émergentes comme le Sénégal, la cohérence de l’action publique conditionne directement la confiance des investisseurs. La fragmentation des centres de décision accroît la prime de risque politique et pourrait augmenter le coût des emprunts étrangers.
 
Les anomalies découvertes dans les comptes publics sous l’ère précédente ont conduit à la suspension du programme du FMI et à une réévaluation de la dette publique à près de 100% du PIB, contre 74% précédemment. Le budget révisé pour 2025 estime la dette à environ 120% du PIB, provoquant volatilité et prudence sur les marchés financiers.
 
Croissance pétrolière sous conditions
 
Le Sénégal amorce l’exploitation du pétrole et du gaz avec le champ offshore Sangomar et le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim. La croissance attendue de 6 à 8% pourrait toutefois être compromise par l’incertitude politique et budgétaire. L’expérience africaine montre qu’une crise politique combinée à une crise budgétaire peut inverser rapidement une trajectoire de croissance.
 
La dépendance du pays aux importations alimentaires et aux produits pétroliers expose l’économie aux fluctuations des prix internationaux. Une hausse durable des prix du pétrole, notamment en lien avec les tensions au Moyen-Orient, pourrait renforcer l’inflation importée et peser sur les coûts de transport, d’électricité et des intrants agricoles.
 
Gouvernance et confiance économique
 
Les rivalités au sommet se répercutent directement sur l’économie réelle. 
L’investissement pourrait ralentir, le coût du financement augmenter et la confiance des partenaires internationaux se détériorer. Pourtant, le Sénégal dispose d’atouts : ses ressources pétrolières et gazières pourraient générer plusieurs milliards de dollars de recettes, à condition que la stabilité politique et la crédibilité des institutions soient maintenues.

Le pays se trouve à un carrefour : la solidité de sa gouvernance économique et la cohérence des décisions politiques détermineront sa capacité à transformer ses perspectives énergétiques en croissance durable.





Lundi 9 Mars 2026
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