Sofia Alaoui à la Berlinale: l’émergence d’une nouvelle vague du cinéma marocain


Rédigé par le Mercredi 25 Février 2026

À la Berlinale, Sofia Alaoui siège au jury « Perspectives » et symbolise l’essor d’une nouvelle génération de cinéastes marocains.



À la 76e Berlinale, la présence de Sofia Alaoui au sein du jury « Perspectives » dépasse la simple distinction personnelle. Elle incarne l’essor d’une nouvelle génération de cinéastes marocains audacieux et cosmopolites, ancrés dans leur culture tout en dialoguant avec le monde.

Créative, polyglotte et déjà rompue aux scènes internationales, Sofia Alaoui s’inscrit pleinement dans ce renouveau qui a trouvé un écho tout particulier à Berlin, alors que le Maroc vient d’être désigné premier pays africain à l’honneur de l’European Film Market (EFM) 2026, l’un des plus grands marchés professionnels du cinéma organisés pendant la Berlinale.

Membre du jury « Perspectives », chargé de décerner le Prix du meilleur premier long métrage, la réalisatrice connaît la portée déterminante d’une première œuvre elle-même révélée par son premier long. « C’est un honneur pour moi de représenter le Maroc dans un Festival aussi important que la Berlinale », confie-t-elle à la MAP. Née à Casablanca et ayant grandi entre le Maroc et la Chine, elle revendique la responsabilité de porter « un autre regard » sur ces films inauguraux venus des quatre coins du monde.

Son invitation par la directrice de la Berlinale, l’Américaine Tricia Tuttle, après la présentation de « Animalia » au BFI de Londres, s’inscrit dans un parcours jalonné de créations et de maturations. Le tournant survient en 2019 avec le court métrage « Qu’importe si les bêtes meurent », couronné du Grand Prix du jury à Sundance en 2020 puis du César du meilleur court métrage en 2021.

Ce succès ouvre la voie à « Animalia » (2023), un premier long au Haut Atlas, où une intrusion surnaturelle devient le prisme d’une exploration sociale et intime. À la croisée du fantastique et du réel, le film qui mêle amazigh, arabe et français,bouscule les codes du cinéma marocain et confirme la place de Sofia parmi les auteurs les plus prometteurs de sa génération, notamment dans le cinéma de genre.

Cette liberté d’explorer de nouveaux registres caractérise une génération marocaine engagée, mise en lumière à l’EFM 2026. Leur regard, affranchi des frontières et des conventions, dépasse le récit classique pour placer le public au cœur des grandes questions contemporaines.

Lors de la remise des prix de la Berlinale, Sofia Alaoui et ses co-jurés, l’Allemand Frédéric Hambalek et la Polonaise Dorota Lech, ont attribué le Prix « Perspectives » à « Chronicles from the Siege » du cinéaste syro‑palestinien Abdallah Al‑Khatib, une fiction dramatique sur le quotidien éprouvant d’une ville assiégée.

Déjà tournée vers l’avenir, la cinéaste prépare son deuxième long métrage, « Tarfaya », en coproduction avec la France et la Belgique, dans une logique de partenariats internationaux ancrés au Maroc. En parallèle, elle développe des œuvres en anglais destinées aux plateformes mondiales, séduites par son univers et une approche artistique fondée sur « un ancrage fort dans ses racines marocaines, sans être enfermée dans une identité figée ».

Pour Sofia, représenter un pays ne consiste ni à livrer des images attendues ni à verser dans le folklorique, mais à exister pleinement en tant qu’artiste. « On existe en tant qu’artiste sur la scène internationale, et c’est ainsi que l’on peut parler de notre pays », résume‑t‑elle.

Son cinéma se structure aussi autour d’un thème central: la femme. Elle s’attache à en proposer des portraits modernes, libres et indépendants, loin de certains stéréotypes persistants sur le monde arabe. « À travers ce choix narratif, j’essaie d’élargir les imaginaires et de proposer des personnages complexes, pleinement inscrits dans leur époque », confie-t‑elle.

Dans le sillage des pionniers du cinéma marocain, une nouvelle génération œuvre désormais à son rayonnement international. La visibilité du Maroc à tous les niveaux de la 76e Berlinale atteste la force du récit marocain, sa puissance narrative et l’écho qu’il suscite au‑delà des frontières.

À Berlin, plusieurs cinéastes internationaux l’ont souligné: le Maroc n’est plus seulement un décor pour blockbusters. Il s’affirme comme un vivier de talents capables de produire, coproduire, raconter leurs propres histoires et proposer un regard neuf dans le paysage du 7e art.




Mercredi 25 Février 2026
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