Soft power marocain : Le métro de New York s’est habillé aux couleurs du Royaume


Rédigé par le Jeudi 18 Juin 2026

Pendant plusieurs jours, les images ont envahi les réseaux sociaux marocains. Une rame entière du métro new-yorkais habillée de rouge et de vert, des drapeaux marocains omniprésents, des visuels des Lions de l’Atlas affichés au cœur de la capitale mondiale des médias. De quoi susciter une réelle fierté nationale. Mais derrière l’émotion et les partages enthousiastes, une autre question commence à émerger : combien coûte une telle visibilité et que rapporte-t-elle réellement au Maroc ? Entre diplomatie d’influence, stratégie touristique et débat sur les priorités nationales, cette opération de communication mérite d’être regardée avec admiration… mais aussi avec un œil critique.



Coupe du monde 2026 : le Maroc investit sa visibilité internationale

Pour beaucoup de Marocains, voir le métro de New York aux couleurs du Royaume a provoqué un sentiment particulier. Celui d’un pays qui n’attend plus d’être invité à la table des grandes nations mais qui décide désormais d’y prendre sa place.

Les images sont fortes. Elles frappent immédiatement l’imaginaire collectif. Pendant quelques secondes, le Maroc devient visible dans l’une des villes les plus observées au monde. À une époque où l’attention est devenue une ressource rare, cette visibilité a une valeur stratégique considérable.

Contrairement à certaines rumeurs apparues sur les réseaux sociaux, cette campagne n’est ni un cadeau diplomatique ni une faveur accordée par l’administration américaine. Elle résulte d’un travail de préparation, de négociations commerciales et d’investissements publicitaires réalisés dans le cadre d’une stratégie plus large liée à la Coupe du monde 2026 et à l’échéance encore plus importante de 2030.

Le Royaume sait que le Mondial organisé avec l’Espagne et le Portugal constituera probablement l’un des plus grands rendez-vous de son histoire contemporaine. Dans cette perspective, chaque apparition médiatique compte.

À New York, comme dans d’autres villes hôtes du tournoi, le Maroc cherche à installer une idée simple dans les esprits : le pays n’est plus seulement une destination touristique ou une équipe surprise du football mondial. Il aspire à devenir un acteur reconnu de l’organisation des grands événements internationaux.

Marketing territorial : une stratégie assumée mais qui interroge

Pour certains observateurs soulignent néanmoins que l’enthousiasme populaire ne doit pas empêcher les questions de fond.

Car derrière les drapeaux distribués aux supporters, les influenceurs invités, les animations culturelles et les espaces publicitaires réservés dans des lieux prestigieux, il existe des budgets parfois conséquents.

Dans un pays où les attentes sociales restent importantes, où les questions liées à l’éducation, à la santé, à l’emploi des jeunes ou au pouvoir d’achat demeurent au centre des préoccupations, certains citoyens s’interrogent légitimement sur la pertinence de telles dépenses.

Le débat n’est pas nouveau.

À chaque grand événement sportif international, les mêmes interrogations reviennent : faut-il investir des millions dans l’image alors que des besoins plus immédiats existent sur le terrain ?

Les sceptiques rappellent qu’une campagne de communication, aussi spectaculaire soit-elle, ne crée pas automatiquement des emplois ni de la croissance. Une rame décorée dans le métro new-yorkais produit des images impressionnantes, mais son impact réel sur les investissements étrangers ou sur l’attractivité touristique reste difficile à mesurer à court terme.

Cette interrogation est d’autant plus légitime que les citoyens disposent rarement d’informations détaillées sur les montants engagés et sur les indicateurs utilisés pour évaluer le retour sur investissement de ces opérations.

Dans une société de plus en plus connectée et exigeante, la transparence devient elle-même un élément de la communication publique.

Maroc 2030 : préparer la Coupe du monde avant même son coup d’envoi

Mais, les défenseurs de cette stratégie, dont je suis, rappellent une réalité souvent oubliée : les grandes puissances touristiques et économiques investissent massivement dans leur image internationale.

Les Émirats arabes unis l’ont fait pendant des années.
Le Qatar l’a fait avant et pendant la Coupe du monde 2022.
L’Arabie saoudite le fait aujourd’hui à travers le sport, le tourisme et les grands événements culturels.

Le Maroc suit finalement une logique comparable, adaptée à ses moyens.

La compétition mondiale ne se joue plus uniquement sur les terrains de football. Elle se joue aussi dans les esprits, sur les réseaux sociaux, dans les médias internationaux et dans les choix futurs des touristes, investisseurs et organisateurs d’événements.

Un pays visible attire davantage l’attention.
Un pays qui attire l’attention augmente ses chances d’attirer des visiteurs.
Et un visiteur peut devenir investisseur, partenaire économique ou ambassadeur informel du pays.

La logique est connue depuis longtemps dans le marketing territorial.

Une destination ne vend pas seulement des paysages ou des hôtels. Elle vend une histoire, une émotion, une réputation. Dans cette perspective, voir le Maroc occuper symboliquement l’espace public new-yorkais peut être considéré comme un investissement dans une marque nationale en construction.

Lions de l’Atlas : quand le football devient un levier de soft power

Il existe également un facteur souvent sous-estimé : l’impact psychologique.

Depuis l’épopée historique des Lions de l’Atlas au Mondial 2022, le regard porté sur le Maroc a changé dans de nombreuses régions du monde. Le football est devenu un vecteur de notoriété extrêmement puissant et le Royaume l’a compris.

Chaque apparition des Lions de l’Atlas attire désormais l’attention bien au-delà de la diaspora marocaine. Les performances sportives ont créé un capital sympathie que les responsables de la promotion du pays cherchent naturellement à valoriser.

Dans les rues de New York, les couleurs marocaines ne s’adressent pas seulement aux Marocains vivant aux États-Unis. Elles parlent aussi aux millions de visiteurs qui traversent quotidiennement la ville. Elles rappellent l’existence d’un pays africain stable, ouvert, touristique et ambitieux.

C’est précisément ce que les spécialistes appellent le « soft power » : la capacité d’influencer les perceptions sans recourir à la puissance économique ou militaire.

Et sur ce terrain-là, le Maroc a incontestablement progressé ces dernières années.

Une image forte, mais la vraie question reste ouverte
La rame du métro new-yorkais entièrement habillée aux couleurs du Royaume restera probablement l’une des images marquantes de cette Coupe du monde 2026.
Elle raconte quelque chose du Maroc d’aujourd’hui : un pays plus confiant, plus visible et désireux d'occuper une place plus importante sur la scène internationale.

Pour autant, l’enthousiasme ne dispense pas de l’évaluation.

Une campagne de communication n’est jamais un objectif en soi. Elle n’a de sens que si elle produit des résultats concrets, mesurables et durables.

C’est sans doute là que se situe le véritable débat. Non pas dans la légitimité de promouvoir le Maroc à l’étranger. Celle-ci paraît largement admise. Mais dans la capacité à démontrer que chaque dirham investi dans l’image du Royaume génère demain davantage de tourisme, davantage d’investissements et davantage d’opportunités pour les Marocains.

Le métro de New York a offert au Maroc quelques jours de lumière mondiale. Reste désormais à savoir si cette lumière se transformera en valeur durable ou si elle demeurera simplement une belle photographie de plus dans l’album du Mondial 2026.




Jeudi 18 Juin 2026
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