Soudain, le scandale éclate.
Les joueurs deviennent automatiquement la cible d'une campagne de critiques d'une violence rare. Javier Tebas, président de La Liga, les attaque publiquement ; des responsables et des commentateurs de droite et d'extrême droite s'en prennent sans ménagement à Mbappé et à ses coéquipiers.
La polémique déborde largement le terrain de football et la manipulation émotionnelle fait le reste.
C'est là que le slogan change de nature.
Sous couvert de solidarité, c'est une tout autre exigence qui se dessine : croire, obéir, combattre. Une exigence bien triste. Croire au récit officiel de la droite espagnole sur Sebta sans le discuter. Obéir à l'injonction d'afficher le message, quel que soit le sentiment intime du joueur, sans sourciller.
Combattre, enfin, ceux qui refusent de s'y plier, en les désignant publiquement comme des adversaires. Ce slogan vous l’avez compris est celui de l’Italie Mussolini... Tolérance zéro. Tous pour la même cause : celle de la droite et de l’extrême droite.
Le sportif n'est plus un citoyen libre de ses opinions : il devient le porteur obligé d'un discours qu'on lui intime de reprendre. « Nous sommes tous des Caballas » cesse alors d'être une formule de ralliement pour devenir un test de loyauté.
La polémique déborde largement le terrain de football et la manipulation émotionnelle fait le reste.
C'est là que le slogan change de nature.
Sous couvert de solidarité, c'est une tout autre exigence qui se dessine : croire, obéir, combattre. Une exigence bien triste. Croire au récit officiel de la droite espagnole sur Sebta sans le discuter. Obéir à l'injonction d'afficher le message, quel que soit le sentiment intime du joueur, sans sourciller.
Combattre, enfin, ceux qui refusent de s'y plier, en les désignant publiquement comme des adversaires. Ce slogan vous l’avez compris est celui de l’Italie Mussolini... Tolérance zéro. Tous pour la même cause : celle de la droite et de l’extrême droite.
Le sportif n'est plus un citoyen libre de ses opinions : il devient le porteur obligé d'un discours qu'on lui intime de reprendre. « Nous sommes tous des Caballas » cesse alors d'être une formule de ralliement pour devenir un test de loyauté.
Puisque « nous sommes tous », celui qui ne s'affiche pas avec nous, comme nous, devient suspect.
Celui qui ne répète pas le message ou refuse de porter le teeshir de ralliement doit s'expliquer. Celui qui refuse l'unanimité doit être montré du doigt et condamné.
Mbappe, Venitius et Konaté n’avaient aucun autre choix selon la vindicte populaire sinon de croire en ce qu’on leur a dit de la situation à Sebta, d’obéir et de porter le fameux teeshirt et tels des combattants rentrer sur le terrain manifester et défendre la cause. Aucune marge possible donc de réflexion, aucune liberté de conscience ne leur était possible si permise.
L'histoire européenne nous a suffisamment appris à nous méfier des slogans qui prétendent parler au nom de « tous » lorsqu'ils finissent par désigner ceux qui ne veulent pas être « tous ».
Il ne s'agit évidemment pas de qualifier mécaniquement ce slogan de fasciste : ce serait historiquement et politiquement excessif peut être. Le problème est ailleurs, dans la transformation progressive d'un soi-disant message de solidarité en instrument de conformité.
Le rapprochement historique s'impose pourtant, non par équivalence, mais par mécanique. « Somos todos caballas » rappelle, par sa construction autour d'une identité collective sans exception, une vieille rhétorique de propagande : « Ein Volk, ein Reich, ein Führer ». « Un peuple, un Reich, un Führer ».
Les deux formules ne sont ni de même nature ni de même portée, mais elles reposent sur le même ressort : effacer les différences individuelles derrière une identité obligatoire. Et lorsque cette identité obligatoire se double d'une triple injonction : croire, obéir, combattre, on quitte la solidarité pour entrer dans la discipline. Pas n’importe quelle discipline.
Mbappe, Venitius et Konaté n’avaient aucun autre choix selon la vindicte populaire sinon de croire en ce qu’on leur a dit de la situation à Sebta, d’obéir et de porter le fameux teeshirt et tels des combattants rentrer sur le terrain manifester et défendre la cause. Aucune marge possible donc de réflexion, aucune liberté de conscience ne leur était possible si permise.
L'histoire européenne nous a suffisamment appris à nous méfier des slogans qui prétendent parler au nom de « tous » lorsqu'ils finissent par désigner ceux qui ne veulent pas être « tous ».
Il ne s'agit évidemment pas de qualifier mécaniquement ce slogan de fasciste : ce serait historiquement et politiquement excessif peut être. Le problème est ailleurs, dans la transformation progressive d'un soi-disant message de solidarité en instrument de conformité.
Le rapprochement historique s'impose pourtant, non par équivalence, mais par mécanique. « Somos todos caballas » rappelle, par sa construction autour d'une identité collective sans exception, une vieille rhétorique de propagande : « Ein Volk, ein Reich, ein Führer ». « Un peuple, un Reich, un Führer ».
Les deux formules ne sont ni de même nature ni de même portée, mais elles reposent sur le même ressort : effacer les différences individuelles derrière une identité obligatoire. Et lorsque cette identité obligatoire se double d'une triple injonction : croire, obéir, combattre, on quitte la solidarité pour entrer dans la discipline. Pas n’importe quelle discipline.
Le paradoxe est saisissant.
On explique aux footballeurs qu'ils doivent être libres de leurs opinions. On célèbre leur liberté lorsqu'ils prennent position sur certaines causes. Mais lorsqu'ils choisissent de ne pas afficher un message politiquement sensible concernant Sebta, cette même liberté devient soudain problématique. Elle devient inacceptable.
Mbappé a d'ailleurs expliqué qu'il ne souhaitait pas hiérarchiser les souffrances et voulait également et simplement attirer l'attention sur les migrants victimes de la crise. Autrement dit : il n'a pas refusé la solidarité. Il a refusé qu'une seule lecture de la solidarité lui soit imposée.
C'est peut-être cela qui dérange le plus.
Car derrière cette polémique de teeshirt se dessine une question bien plus sérieuse : peut-on encore être solidaire de la population de Sebta sans adhérer à tout le récit politique construit autour par la droite espagnole ?
Les trois joueurs ont répondu à leur manière : oui. Ils ont choisi de ne pas transformer leur corps, leur notoriété et leur image en panneau publicitaire d'un message qu'ils ne souhaitaient pas porter intégralement.
Pour cela, ils sont aujourd'hui livrés à une forme de lynchage médiatique qui dépasse largement la question du football.
« Somos todos caballas » devait être un slogan d'unité. Il risque de devenir le révélateur d'une autre question : que devient une société lorsque « nous sommes tous » signifie que ceux qui ne reprennent pas ce « nous » ou n'y participent pas de la même manière doivent être désignés, sommés et condamnés ?
Le plus curieux, c'est que cette volonté d'imposer l'unanimité soit précisément présentée comme une défense de la liberté et de la démocratie. Mais une liberté qui exige de croire, d'obéir et de combattre n'est plus une liberté : c'est un ordre. C’est du fascisme.
Par Aziz Daouda.
Mbappé a d'ailleurs expliqué qu'il ne souhaitait pas hiérarchiser les souffrances et voulait également et simplement attirer l'attention sur les migrants victimes de la crise. Autrement dit : il n'a pas refusé la solidarité. Il a refusé qu'une seule lecture de la solidarité lui soit imposée.
C'est peut-être cela qui dérange le plus.
Car derrière cette polémique de teeshirt se dessine une question bien plus sérieuse : peut-on encore être solidaire de la population de Sebta sans adhérer à tout le récit politique construit autour par la droite espagnole ?
Les trois joueurs ont répondu à leur manière : oui. Ils ont choisi de ne pas transformer leur corps, leur notoriété et leur image en panneau publicitaire d'un message qu'ils ne souhaitaient pas porter intégralement.
Pour cela, ils sont aujourd'hui livrés à une forme de lynchage médiatique qui dépasse largement la question du football.
« Somos todos caballas » devait être un slogan d'unité. Il risque de devenir le révélateur d'une autre question : que devient une société lorsque « nous sommes tous » signifie que ceux qui ne reprennent pas ce « nous » ou n'y participent pas de la même manière doivent être désignés, sommés et condamnés ?
Le plus curieux, c'est que cette volonté d'imposer l'unanimité soit précisément présentée comme une défense de la liberté et de la démocratie. Mais une liberté qui exige de croire, d'obéir et de combattre n'est plus une liberté : c'est un ordre. C’est du fascisme.
Par Aziz Daouda.