Soutenance de Driss El Mekkaoui : l’articulation entre politiques agricoles et formation professionnelle au Maroc.

Agriculture marocaine : former autrement pour transformer durablement.


Par Dr Anwar CHERKAOUI - Expert en journalisme scientifique.

Une thèse présentée, jeudi 23 à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales- Souissi,  menée par le Pr

Driss El Mekkaoui, ambitionne d’examiner en profondeur la cohérence entre le développement du capital humain, porté par la formation professionnelle, et les dynamiques du développement agricole, tout en intégrant les impératifs de durabilité, d’inclusion sociale et d’équilibre territorial.



L’agriculture marocaine avance sur une ligne de crête.

À la fois pilier économique, socle social et enjeu stratégique, elle porte les espoirs d’un développement équilibré tout en subissant de plein fouet les contraintes d’un monde en mutation.

Entre pression climatique, rareté des ressources hydriques et exigences de compétitivité, le secteur est appelé à se réinventer en profondeur.

Mais cette transformation ne peut se limiter aux infrastructures, aux investissements ou aux innovations techniques. Elle repose avant tout sur l’humain. C’est précisément ce que met en lumière le travail de Driss El Mekkaoui, consacré à l’articulation entre politiques agricoles et formation professionnelle au Maroc.

Depuis plusieurs années, le Royaume a engagé des stratégies ambitieuses pour moderniser son agriculture. Le Plan Maroc Vert a marqué un tournant décisif en structurant les filières et en améliorant la productivité.

Dans son sillage, la stratégie Génération Green prolonge cette dynamique en repositionnant l’humain au cœur des priorités, avec une volonté affirmée de faire émerger une nouvelle génération d’agriculteurs, mieux formés et plus résilients.

Au cœur de cette ambition, la formation professionnelle agricole apparaît comme un levier déterminant.

Pourtant, la réalité du terrain révèle un décalage persistant entre les compétences dispensées et les besoins réels du secteur. L’évolution rapide des technologies, les défis environnementaux et les mutations économiques exigent des profils capables d’adaptation et d’innovation, alors même que les dispositifs de formation peinent à suivre ce rythme.

L’analyse du Pr El  Mekkaoui, menée à partir d’une approche mêlant données quantitatives et qualitatives dresse un constat nuancé mais préoccupant. Les profils interrogés témoignent d’une diversité de parcours et de situations, mais convergent vers un même diagnostic : les systèmes de formation restent insuffisamment connectés aux exigences du terrain.

Les disparités territoriales accentuent ces déséquilibres, tandis que certains freins institutionnels ralentissent les dynamiques de réforme.

Ce décalage fragilise la relation entre formation et développement agricole. Il limite l’intégration des jeunes, freine la diffusion des innovations et entrave l’émergence d’un modèle agricole plus durable et plus performant.

Dans un contexte où chaque saison agricole est désormais tributaire des aléas climatiques, cette inadéquation devient un enjeu critique.

Face à cette réalité, les recommandations formulées tracent les contours d’une refondation nécessaire.

Il s’agit de rapprocher davantage les dispositifs de formation des besoins des filières, de moderniser les contenus pédagogiques en intégrant les nouvelles technologies et les enjeux environnementaux, et de redonner aux métiers agricoles une attractivité capable de séduire les jeunes générations.

La question de la gouvernance apparaît également centrale.

Une meilleure coordination entre les acteurs institutionnels, les structures de formation et les opérateurs économiques semble indispensable pour construire une vision cohérente et efficace.

Dans le même temps, la réduction des inégalités territoriales s’impose comme une condition essentielle pour garantir une transformation inclusive.

Au-delà des politiques et des stratégies, c’est une véritable vision de l’avenir qui se dessine. Former, dans ce contexte, ne signifie pas seulement transmettre un savoir-faire.

C’est préparer des femmes et des hommes à affronter l’incertitude, à innover dans des environnements contraints et à porter une agriculture capable de conjuguer performance et durabilité.

Dans un monde où les équilibres alimentaires et environnementaux sont de plus en plus fragiles, le Maroc joue une carte décisive. Et cette carte, plus que jamais, s’écrit dans les salles de formation, sur les terres agricoles et dans la capacité à faire dialoguer politiques publiques et réalités humaines.

Par Dr Anwar CHERKAOUI.


Lundi 27 Avril 2026

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