Souveraineté stratégique : pour que le Maroc demeure maître de ses choix


Le monde a changé. Et avec lui, les règles de la puissance.



Marwane El Bouzdaini, Cadre Dirigeant en audit

Le Covid a désorganisé les chaînes d’approvisionnement. La guerre en Ukraine a bouleversé les marchés de l’énergie et de l’alimentation. Les tensions géopolitiques ont replacé l’industrie et les ressources naturelles au cœur des rapports de force. Quant à l’intelligence artificielle, aux données et aux technologies critiques, elles dessinent déjà les nouvelles frontières de la souveraineté.
 
Une évidence s’impose désormais : il n’y a plus de souveraineté politique durable sans souveraineté économique, industrielle, alimentaire, hydrique, énergétique et numérique. 
 
Le Maroc, heureusement, n’a pas attendu que le monde entre dans cette nouvelle ère pour préparer l’avenir.
 
Sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Royaume a construit des infrastructures de dimension internationale, développé des écosystèmes industriels puissants, investi dans les énergies renouvelables, engagé des projets majeurs de dessalement et d’interconnexion hydraulique et diversifié ses partenariats économiques et stratégiques. Là où beaucoup découvrent aujourd’hui les dangers de la dépendance, le Maroc a déjà posé les fondations de sa souveraineté. 
 
Il faut maintenant transformer ces acquis en une véritable doctrine nationale de souveraineté stratégique.
 
La première étape doit être de dresser une cartographie précise de nos dépendances critiques. Dans quels secteurs dépendons-nous encore excessivement de l’extérieur ? Quelles ruptures d’approvisionnement pourraient affecter notre économie ou nos citoyens ? Quelles technologies devons-nous impérativement maîtriser dans dix ou vingt ans ? L’objectif n’est évidemment pas de tout produire au Maroc. Il est de déterminer ce que le Maroc ne peut pas se permettre de ne pas maîtriser. 
 
Deuxième priorité : faire de notre puissance publique un accélérateur de souveraineté industrielle. La commande publique représente un formidable levier. Elle doit, chaque fois que cela est pertinent, favoriser l’intégration locale, l’innovation, la montée en compétence de nos entreprises et le transfert technologique. L’argent public marocain doit aussi servir à fabriquer de la compétence marocaine. 
 
Troisième priorité : produire et transformer davantage au Maroc. Notre réussite dans l’automobile, l’aéronautique et d’autres industries montre ce dont le Royaume est capable. L’étape suivante consiste à augmenter la valeur ajoutée produite localement, renforcer les fournisseurs marocains et faire émerger davantage de champions nationaux capables de conquérir l’Afrique et le monde.
 
Importer ce dont nous avons besoin, oui. Dépendre durablement de ce que nous pouvons apprendre à produire, non.
La même ambition doit s’appliquer à notre souveraineté alimentaire. Produire davantage ne suffit pas : il faut sécuriser les chaînes de distribution, préserver les capacités productives de notre agriculture et trouver un meilleur équilibre entre les impératifs d’exportation et l’approvisionnement du marché national. La souveraineté alimentaire doit protéger à la fois le consommateur et le producteur. 
 
Enfin, la grande bataille des prochaines décennies sera numérique. Les données sont devenues une richesse et l’intelligence artificielle un instrument de puissance. Le Maroc doit investir dans ses infrastructures numériques, protéger ses données stratégiques, soutenir la recherche et l’innovation et favoriser l’émergence de technologies et de solutions marocaines. 
Rien de tout cela ne signifie se fermer au monde. Bien au contraire.
 
Le Maroc a fait de son ouverture une force : africain par sa profondeur stratégique, méditerranéen par sa géographie, atlantique par son ambition et lié à des partenaires majeurs sur plusieurs continents. Cette capacité à parler à tous constitue un avantage considérable.
 
Mais il existe une différence fondamentale entre être ouvert et être dépendant.
 
La souveraineté stratégique consiste précisément à choisir ses interdépendances plutôt qu’à les subir.
 
Le Maroc dispose aujourd’hui d’une stabilité, d’infrastructures, d’une vision et d’une crédibilité internationale qui lui donnent les moyens de franchir cette nouvelle étape. Il ne s’agit plus seulement de résister aux crises du monde, mais de transformer les bouleversements du monde en opportunités pour le Royaume.
 
L’ambition n’est donc pas de construire un Maroc qui n’aurait besoin de personne.
 
L’ambition est de construire un Maroc dont les autres ont aussi besoin : un Maroc qui produit, qui innove, qui exporte son savoir-faire, qui choisit ses partenaires et qui demeure, quelles que soient les turbulences du monde, maître de ses choix et de son destin.


Samedi 15 Aout 2026

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