Pas une longue énumération de programmes lancés, de conventions signées, de chiffres alignés comme autant de trophées administratifs. Pas une communication bien lissée, pleine de pourcentages choisis, de mots rassurants et de promesses reportées au prochain semestre (Fin de mandat), à la prochaine loi de finances. Non. Ce que le pays attend, c’est une parole adulte. Une parole claire. Une parole qui assume. En un mot : la vérité.
Dire la vérité, ce n’est pas seulement rappeler ce qui a été fait. C’est aussi reconnaître ce qui n’a pas marché. C’est expliquer ce qui a bloqué. C’est admettre ce qui a été mal calibré, mal préparé, mal exécuté. C’est surtout comprendre qu’en démocratie, le bilan n’est pas un exercice d’autocélébration. C’est un devoir de reddition.
Le chef du gouvernement devrait donc commencer simplement. Sans détour. En disant aux Marocains : voilà ce que nous avions promis. Voilà ce que nous avons réellement fait. Voilà ce que nous n’avons pas réussi à faire. Et voilà pourquoi. Ce serait déjà beaucoup. Ce serait même rare.
Car le problème, dans beaucoup de bilans officiels, ce n’est pas tant ce qui est dit. C’est ce qui est évité. On parle des chantiers, mais moins de leurs lenteurs. On évoque les réformes, mais moins leurs effets concrets sur la vie quotidienne. On cite les enveloppes budgétaires, mais moins la perception populaire d’un pays où beaucoup ont le sentiment que leur pouvoir d’achat s’est fragilisé, que les inégalités résistent, que certains services publics restent en deçà de ce qu’ils devraient être, et que l’ascenseur social continue à grincer.
Il faut donc dire la vérité sur l’emploi. Pas seulement sur les dispositifs, les programmes, les incitations et les feuilles de route. La vérité sur le vécu. Sur cette jeunesse diplômée ou non qui peine encore à se projeter sereinement. Sur ces territoires où l’activité économique ne suit pas toujours le rythme des besoins. Sur cette impression persistante que la croissance, quand elle existe, ne se transforme pas assez vite en sécurité sociale, en stabilité professionnelle, en confiance collective.
Il faut dire la vérité sur le pouvoir d’achat. La vérité nue. Oui, des efforts ont été faits. Oui, des mécanismes de soutien ont été activés. Mais la réalité ressentie par les ménages est têtue. Elle ne se corrige pas par une formule. Elle ne disparaît pas parce qu’on la relativise. Quand les prix montent, quand les classes moyennes se sentent comprimées, quand les plus fragiles comptent davantage avant d’acheter, il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître sans chercher refuge dans les comparaisons internationales ou dans les justifications techniques.
Il faut aussi dire la vérité sur la méthode gouvernementale. Sur ce qui a manqué en lisibilité, en pédagogie, parfois en écoute. Gouverner, ce n’est pas seulement décider. C’est entraîner. Convaincre. Expliquer. Or plusieurs réformes ont parfois donné le sentiment d’être techniquement pensées mais politiquement mal racontées, socialement mal perçues ou humainement mal accompagnées. Là aussi, la vérité devrait consister à reconnaître qu’un gouvernement peut avoir raison sur le principe et tort sur la manière.
Et puis il y a un autre registre, plus délicat encore : celui de ce qu’il n’aurait peut-être pas fallu faire. C’est ici que commence la sincérité véritable. Quelles décisions ont été prises trop vite ? Quelles séquences ont inutilement crispé ? Quels arbitrages ont laissé dans l’opinion l’image d’un pouvoir distant, sûr de lui, peu sensible aux signaux faibles venus du terrain ? Qu’a-t-on sous-estimé ? La colère ? La fatigue sociale ? Le besoin de considération ? La vérité, la grande, commence souvent là où s’arrête l’autosatisfaction.
Le chef du gouvernement devrait aussi se garder d’un piège classique : confondre stabilité institutionnelle et satisfaction populaire. Le Maroc tient debout. Ses institutions avancent. Les grands cap sont là. Les réformes structurantes existent. Mais cela ne dispense pas d’entendre les doutes. Un pays peut être stable et inquiet. Réformateur et frustré. Ambitieux et traversé par un sentiment de décalage entre les annonces d’en haut et la vie d’en bas.
C’est précisément pour cela que ce discours peut être un moment utile, à condition qu’il rompe avec la langue convenue. Les Marocains n’ont pas besoin d’un bilan publicitaire. Ils ont besoin d’un bilan crédible. Ils n’attendent pas un chef du gouvernement parfait. Ils attendent un responsable lucide. Quelqu’un capable de dire : sur ce point, nous avons avancé. Sur cet autre, nous avons échoué. Ici, nous avons été ralentis par les contraintes. Là, nous avons commis une erreur d’appréciation. Cette franchise ne fragiliserait pas l’institution. Elle la grandirait.
Au fond, la vérité est aujourd’hui la parole la plus politique qui soit. Parce qu’elle est devenue rare. Parce qu’elle tranche avec les réflexes de communication. Parce qu’elle crée une possibilité de confiance, même tardive, même incomplète. Un peuple accepte beaucoup de choses lorsqu’il sent qu’on le respecte assez pour ne pas l’endormir avec des éléments de langage.
Alors oui, cette semaine, devant les deux chambres réunies, il faudrait peut-être commencer ainsi, presque sobrement : chers Marocains, voici la vérité de ce mandat. Ce que nous avons tenu. Ce que nous n’avons pas tenu. Ce que nous avons appris. Et ce que nous devons corriger.
Ce jour-là, le vrai courage ne sera pas de parler longtemps. Il sera de parler juste.
Car après tout, un bilan n’est pas un exercice de style. C’est un rendez-vous moral avec le pays. Et dans ce rendez-vous, il n’y a qu’une formule qui vaille vraiment :
Dites, s’il vous plaît, la vérité. Toute la vérité. Rien que la vérité s’il vous plaît !
Avec tout le respect dû à votre fonction, Monsieur le Chef du gouvernement, veuillez excuser cette impertinence politiquement amicale d’un simple observateur politique.
Dire la vérité, ce n’est pas seulement rappeler ce qui a été fait. C’est aussi reconnaître ce qui n’a pas marché. C’est expliquer ce qui a bloqué. C’est admettre ce qui a été mal calibré, mal préparé, mal exécuté. C’est surtout comprendre qu’en démocratie, le bilan n’est pas un exercice d’autocélébration. C’est un devoir de reddition.
Le chef du gouvernement devrait donc commencer simplement. Sans détour. En disant aux Marocains : voilà ce que nous avions promis. Voilà ce que nous avons réellement fait. Voilà ce que nous n’avons pas réussi à faire. Et voilà pourquoi. Ce serait déjà beaucoup. Ce serait même rare.
Car le problème, dans beaucoup de bilans officiels, ce n’est pas tant ce qui est dit. C’est ce qui est évité. On parle des chantiers, mais moins de leurs lenteurs. On évoque les réformes, mais moins leurs effets concrets sur la vie quotidienne. On cite les enveloppes budgétaires, mais moins la perception populaire d’un pays où beaucoup ont le sentiment que leur pouvoir d’achat s’est fragilisé, que les inégalités résistent, que certains services publics restent en deçà de ce qu’ils devraient être, et que l’ascenseur social continue à grincer.
Il faut donc dire la vérité sur l’emploi. Pas seulement sur les dispositifs, les programmes, les incitations et les feuilles de route. La vérité sur le vécu. Sur cette jeunesse diplômée ou non qui peine encore à se projeter sereinement. Sur ces territoires où l’activité économique ne suit pas toujours le rythme des besoins. Sur cette impression persistante que la croissance, quand elle existe, ne se transforme pas assez vite en sécurité sociale, en stabilité professionnelle, en confiance collective.
Il faut dire la vérité sur le pouvoir d’achat. La vérité nue. Oui, des efforts ont été faits. Oui, des mécanismes de soutien ont été activés. Mais la réalité ressentie par les ménages est têtue. Elle ne se corrige pas par une formule. Elle ne disparaît pas parce qu’on la relativise. Quand les prix montent, quand les classes moyennes se sentent comprimées, quand les plus fragiles comptent davantage avant d’acheter, il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître sans chercher refuge dans les comparaisons internationales ou dans les justifications techniques.
Il faut aussi dire la vérité sur la méthode gouvernementale. Sur ce qui a manqué en lisibilité, en pédagogie, parfois en écoute. Gouverner, ce n’est pas seulement décider. C’est entraîner. Convaincre. Expliquer. Or plusieurs réformes ont parfois donné le sentiment d’être techniquement pensées mais politiquement mal racontées, socialement mal perçues ou humainement mal accompagnées. Là aussi, la vérité devrait consister à reconnaître qu’un gouvernement peut avoir raison sur le principe et tort sur la manière.
Et puis il y a un autre registre, plus délicat encore : celui de ce qu’il n’aurait peut-être pas fallu faire. C’est ici que commence la sincérité véritable. Quelles décisions ont été prises trop vite ? Quelles séquences ont inutilement crispé ? Quels arbitrages ont laissé dans l’opinion l’image d’un pouvoir distant, sûr de lui, peu sensible aux signaux faibles venus du terrain ? Qu’a-t-on sous-estimé ? La colère ? La fatigue sociale ? Le besoin de considération ? La vérité, la grande, commence souvent là où s’arrête l’autosatisfaction.
Le chef du gouvernement devrait aussi se garder d’un piège classique : confondre stabilité institutionnelle et satisfaction populaire. Le Maroc tient debout. Ses institutions avancent. Les grands cap sont là. Les réformes structurantes existent. Mais cela ne dispense pas d’entendre les doutes. Un pays peut être stable et inquiet. Réformateur et frustré. Ambitieux et traversé par un sentiment de décalage entre les annonces d’en haut et la vie d’en bas.
C’est précisément pour cela que ce discours peut être un moment utile, à condition qu’il rompe avec la langue convenue. Les Marocains n’ont pas besoin d’un bilan publicitaire. Ils ont besoin d’un bilan crédible. Ils n’attendent pas un chef du gouvernement parfait. Ils attendent un responsable lucide. Quelqu’un capable de dire : sur ce point, nous avons avancé. Sur cet autre, nous avons échoué. Ici, nous avons été ralentis par les contraintes. Là, nous avons commis une erreur d’appréciation. Cette franchise ne fragiliserait pas l’institution. Elle la grandirait.
Au fond, la vérité est aujourd’hui la parole la plus politique qui soit. Parce qu’elle est devenue rare. Parce qu’elle tranche avec les réflexes de communication. Parce qu’elle crée une possibilité de confiance, même tardive, même incomplète. Un peuple accepte beaucoup de choses lorsqu’il sent qu’on le respecte assez pour ne pas l’endormir avec des éléments de langage.
Alors oui, cette semaine, devant les deux chambres réunies, il faudrait peut-être commencer ainsi, presque sobrement : chers Marocains, voici la vérité de ce mandat. Ce que nous avons tenu. Ce que nous n’avons pas tenu. Ce que nous avons appris. Et ce que nous devons corriger.
Ce jour-là, le vrai courage ne sera pas de parler longtemps. Il sera de parler juste.
Car après tout, un bilan n’est pas un exercice de style. C’est un rendez-vous moral avec le pays. Et dans ce rendez-vous, il n’y a qu’une formule qui vaille vraiment :
Dites, s’il vous plaît, la vérité. Toute la vérité. Rien que la vérité s’il vous plaît !
Avec tout le respect dû à votre fonction, Monsieur le Chef du gouvernement, veuillez excuser cette impertinence politiquement amicale d’un simple observateur politique.