Ssi Fouzi Lekjaa : au-delà du PAM, le temps des idées please

Entrer en politique, c'est très bien, mais cela ne suffit pas ; il faut aussi dire ce que l'on pense.


La question n'est finalement pas de savoir si Ssi Fouzi Lekjaa a le droit d'adhérer au PAM. Sur ce point, le débat est clos avant même d'avoir commencé. Comme tout citoyen marocain, il bénéficie de ses droits constitutionnels. Personne ne peut lui interdire de rejoindre le parti de son choix, de se présenter aux élections ou d'ambitionner les plus hautes responsabilités. Remettre en cause ce droit reviendrait à affaiblir les principes mêmes de notre Constitution.



Bienvenue en politique, maintenant parlons des idées car les Marocains veulent connaître le penseur derrière le gestionnaire

En revanche, là où le débat devient légitime, nécessaire même, c'est sur le terrain des idées. L'étiquette d'un parti ne suffit plus. Le Maroc d'aujourd'hui attend davantage de ses responsables politiques. Il ne cherche pas uniquement des gestionnaires performants ou des personnalités populaires ; il attend des femmes et des hommes capables d'exposer une vision du pays. 




Légitimement, on s'interroge. Intellectuellement et amicalement, vôtre.

Qui est politiquement Fouzi Lekjaa ?
Quelle conception de l'État défend-il ?
Quelle est sa vision de la régionalisation, de la gouvernance, de la réforme de l'administration ou du rôle des institutions ?
Sur le plan économique, est-il favorable à davantage de libéralisation, à une intervention plus forte de l'État, à une nouvelle politique industrielle, à une réforme fiscale ?
Sur le plan social, que pense-t-il de l'école, de la santé, de la protection sociale, de l'emploi des jeunes ou de la réduction des inégalités ?
Et, au-delà, quelle est sa vision de l'évolution de la société marocaine, des libertés publiques, de la culture, de la jeunesse ou de la place du Maroc dans le monde ?

Voilà les véritables questions.

Aujourd'hui, beaucoup connaissent le gestionnaire, le président de la Fédération, l'expert des finances publiques ou l'homme des grands projets. Mais le citoyen connaît encore très peu le responsable politique. Or une démocratie ne peut pas fonctionner uniquement sur la réputation ou sur les réalisations passées. Elle se nourrit d'idées, de débats, de confrontations de projets.

Pourquoi ne pas écrire un livre ?
Pourquoi ne pas publier une tribune fondatrice ?
Pourquoi ne pas accorder de longs entretiens où il expliquerait sa pensée, ses convictions, ses désaccords, ses priorités ?

Les Marocains ont le droit de savoir non seulement ce qu'un responsable a fait, mais aussi ce qu'il pense. Les Marocains veulent connaître le penseur derrière le gestionnaire

Car l'objectif n'est pas d'applaudir ou de condamner par principe. Il est de pouvoir adhérer à certaines propositions, d'en critiquer d'autres et d'en débattre sereinement. C'est ainsi que grandissent les démocraties.

Le Maroc a besoin d'une nouvelle génération de responsables politiques qui parlent, expliquent, assument leurs choix et acceptent la contradiction. La politique ne peut plus se résumer à des slogans, à des logos de partis ou à des calculs électoraux. Elle doit redevenir un espace de production d'idées et de confrontation de visions.

Si Ssi Fouzi Lekjaa souhaite entrer durablement dans la vie politique, il serait utile qu'il ne se contente pas d'une investiture partisane. Qu'il partage sa pensée. Qu'il expose son projet.

C'est à cette condition que les citoyens pourront le juger équitablement : non sur son nom, ni sur son parti, mais sur ses idées et ses convictions.

​De notre côté, nous ne pouvons que vous souhaiter la bienvenue dans le paysage politique marocain.

Le Maroc a besoin de toutes les compétences, de toutes les intelligences et de toutes les bonnes volontés. Il ne peut se permettre d'écarter celles et ceux qui souhaitent mettre leur expérience au service de l'intérêt général. La politique gagnerait d'ailleurs à attirer davantage de profils ayant démontré leur capacité à gérer, à construire et à obtenir des résultats.

Nous vous souhaitons également bonne chance dans cette nouvelle carrière, sans doute la plus exigeante de toutes. Car réussir dans le sport, dans l'administration ou dans la haute gestion est une chose ; convaincre des citoyens, porter une vision, accepter le débat contradictoire et rendre des comptes en est une autre. C'est probablement la mission la plus utile que l'on puisse accomplir pour son pays.

Mais permettez-nous une dernière demande : Ssi Fouzi Lekjaa, parlez-nous un peu.

Parlez-nous de votre Maroc. Dites-nous ce que vous voulez changer, préserver ou transformer. Expliquez-nous vos convictions, vos priorités, vos choix. Écrivez un livre, publiez une tribune, accordez de longs entretiens, acceptez la contradiction. Bref, faites vivre le débat démocratique.

Les Marocains ne demandent pas des responsables politiques parfaits. Ils demandent des responsables qui pensent, qui expliquent et qui assument leurs idées. C'est sur ces idées que nous vous soutiendrons parfois, que nous vous contredirons souvent peut-être, mais surtout que nous vous jugerons. Car, au bout du compte, ce ne sont ni les étiquettes partisanes ni les réputations qui font les grandes figures politiques. Ce sont les idées qu'elles défendent et la vision qu'elles proposent à leur pays.

Adnane Benchakroun



Mardi 28 Juillet 2026

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