Une présence militaire devenue quasi quotidienne
Presque chaque jour, des avions de combat et des navires de guerre chinois opèrent à proximité immédiate de Taïwan. Officiellement, ils ne pénètrent ni l’espace aérien ni les eaux territoriales de l’île. Mais dans les faits, la distance se réduit, les trajectoires se précisent et la fréquence s’intensifie.
Pour Taipei, le message est clair : tester les lignes rouges sans jamais les franchir. En cinq ans, la multiplication par quinze des incursions aériennes illustre une normalisation progressive de la pression militaire, qui épuise les capacités de surveillance et de réaction taïwanaises.
La “stratégie de la zone grise” à plein régime
À Taïwan, cette tactique porte un nom : la “stratégie de la zone grise”. Son principe est simple et redoutablement efficace. Multiplier les provocations militaires contrôlées, sans déclencher de conflit ouvert, afin d’installer un rapport de force permanent.
Cette stratégie offre à Pékin un avantage opérationnel majeur. Des exercices militaires de grande ampleur, comme ceux de décembre 2025, officiellement présentés comme des manœuvres, pourraient basculer en opération réelle en un temps très court. Un scénario d’embargo ou de blocus de Taïwan laisserait alors peu de marge de manœuvre à Taipei pour réagir. Le flou devient une arme.
Taïwan, mais pas seulement
Le rapport souligne un point essentiel : Taïwan n’est pas l’unique cible. Pékin applique la même logique de pression autour de certaines îles japonaises, philippines ou vietnamiennes. La méthode est identique : présence militaire accrue, exercices répétés, démonstrations de force calibrées.
Pour les auteurs du document, cela traduit une évolution stratégique profonde. La puissance militaire est désormais l’outil central de la politique extérieure chinoise, utilisée pour tester les équilibres régionaux et imposer de nouveaux rapports de force, sans passer par la guerre déclarée.
Un terrain d’essai pour les ambitions de Pékin
Le détroit de Taïwan s’impose ainsi comme un terrain d’essai grandeur nature. Pékin y affine ses capacités de coordination air-mer, ses dispositifs de commandement et sa capacité à maintenir une pression prolongée. Chaque incursion est aussi un signal adressé aux alliés de Taïwan, notamment aux États-Unis et au Japon.
À Taipei, cette évolution inquiète. Si le seuil du conflit n’est pas encore franchi, le risque d’erreur de calcul augmente à mesure que les opérations se multiplient. Un incident, un tir mal interprété ou une manœuvre trop audacieuse pourrait suffire à faire déraper la situation.
La multiplication des incursions chinoises autour de Taïwan ne relève plus de la simple intimidation. Elle s’inscrit dans une stratégie de long terme, méthodique et assumée. La question n’est plus de savoir si Pékin teste les limites, mais jusqu’où la communauté internationale est prête à les défendre.