Dans un environnement encore chargé d’incertitudes, la prudence reste la ligne directrice. Selon l’analyse de BMI-Fitch Solutions, Bank Al-Maghrib devrait maintenir son taux directeur à 2,25% tout au long de 2026. Une projection qui s’inscrit dans la continuité de la décision prise le 17 mars, lorsque la banque centrale a choisi de ne pas modifier son taux, privilégiant la stabilité face à une inflation jugée modérée et à une activité économique en amélioration .
Ce scénario repose d’abord sur une dynamique interne relativement solide. L’inflation, bien que révisée à la hausse, resterait contenue autour de 1,6% en moyenne en 2026, contre une estimation initiale de 1,1% . Une progression modérée, alimentée principalement par les prix de l’énergie et leur diffusion progressive dans les coûts de transport et de production. Dans les faits, cette hausse reste absorbable pour une économie marocaine qui bénéficie d’une amélioration attendue de la campagne agricole, souvent décisive dans l’équilibre des prix.
Mais derrière cette apparente stabilité, les signaux de tension s’accumulent. Le premier concerne les prix énergétiques. Leur volatilité, amplifiée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, continue de peser sur les anticipations. Même si un reflux du Brent est envisagé à court terme, l’impact sur les coûts domestiques reste bien réel. Et sur le terrain, cela se ressent vite dans le transport, dans les prix alimentaires, dans le quotidien.
Autre facteur de vigilance : le dirham. La monnaie nationale a récemment montré des signes de faiblesse face au dollar, renchérissant mécaniquement le coût des importations, notamment énergétiques. Une évolution qui, sans être alarmante à ce stade, rappelle la sensibilité de l’économie marocaine aux chocs extérieurs. Pour Bank Al-Maghrib, l’équation est délicate : préserver la stabilité du taux de change sans freiner la reprise.
À cela s’ajoute un troisième paramètre, souvent moins visible mais tout aussi structurant : la politique monétaire européenne. Avec un dirham indexé en grande partie sur l’euro, les décisions de la Banque centrale européenne influencent directement les marges de manœuvre nationales. Dans ce contexte, maintenir un différentiel de taux crédible devient une nécessité pour éviter toute pression excessive sur la devise.
Reste enfin le scénario de risque. BMI-Fitch Solutions évoque une hypothèse plus tendue, celle d’un prolongement du conflit au Moyen-Orient. Dans ce cas, l’inflation pourrait dépasser 2% en 2026, sous l’effet combiné des prix de l’énergie et du renchérissement des importations . Une telle évolution pourrait contraindre Bank Al-Maghrib à revoir sa posture et à envisager un resserrement monétaire, rompant ainsi avec la logique actuelle de statu quo.
Au fond, la trajectoire monétaire du Maroc en 2026 se jouera moins sur les certitudes que sur la gestion des risques. Entre stabilité interne et pressions externes, la banque centrale avance avec prudence, consciente que l’équilibre peut basculer rapidement.
Le statu quo n’est donc pas une inertie, mais un choix stratégique. Un équilibre fin, qui traduit autant la résilience de l’économie nationale que sa dépendance aux vents du monde.