Melkisation, pouvoir tribal et régions oubliées : la réforme à l’épreuve du réel
L’intention affichée est claire : accélérer la melkisation, alléger les procédures, sécuriser juridiquement les ayants droit et transformer ce capital foncier longtemps figé en véritable levier économique. L’exonération des frais de conservation foncière pour les terres bour promises à la melkisation est, à ce titre, une mesure pragmatique. Elle lève un obstacle financier réel pour des populations rurales souvent éloignées de l’administration, du droit et du crédit.
Mais la réforme soulaliyate ne se résume pas à une question de décrets, aussi bien rédigés soient-ils. Elle touche au cœur du pouvoir territorial, là où se croisent droit moderne, tutelle administrative, autorités locales… et règles coutumières profondément enracinées. Car sur le terrain, la loi de 2019 et ses textes d’application se heurtent encore à une réalité têtue : le poids de l’ʿorf, la domination masculine dans la gestion des terres, les résistances tribales, et parfois une administration locale hésitante, prudente, voire paralysée par la crainte du conflit social.
Mais la réforme soulaliyate ne se résume pas à une question de décrets, aussi bien rédigés soient-ils. Elle touche au cœur du pouvoir territorial, là où se croisent droit moderne, tutelle administrative, autorités locales… et règles coutumières profondément enracinées. Car sur le terrain, la loi de 2019 et ses textes d’application se heurtent encore à une réalité têtue : le poids de l’ʿorf, la domination masculine dans la gestion des terres, les résistances tribales, et parfois une administration locale hésitante, prudente, voire paralysée par la crainte du conflit social.
La loi avance, le terrain résiste..
Le cas des femmes soulaliyates illustre cette fracture entre le droit et le réel. Si le principe d’égalité est désormais inscrit dans la loi, son application reste inégale selon les régions, les provinces, voire les douars. Dans certaines zones, les décisions sont exécutées. Dans d’autres, elles s’enlisent dans les lenteurs administratives, les renvois de responsabilité ou l’inaction pure et simple. La réforme avance donc à géométrie variable, révélant des Maroc territoriaux très différents face à un même texte.
Or, la question des terres soulaliyates dépasse largement le seul enjeu de justice foncière. Elle est au cœur de la régionalisation avancée, de la souveraineté alimentaire, de la structuration des filières agricoles, du développement de l’agriculture moderne, de l’implantation des énergies renouvelables et même de l’urbanisation future. Dans des régions comme Drâa-Tafilalet, Fès-Meknès ou Béni Mellal-Khénifra, ces terres constituent la principale réserve foncière mobilisable pour tout projet structurant.
Les nouveaux décrets renforcent certes le cadre de gouvernance et élargissent la melkisation aux terres bour. Mais une question demeure : qui accompagne réellement les ayants droit après la melkisation ? Sans ingénierie foncière, sans accompagnement agricole, sans accès au financement, sans structuration collective, la transformation du statut juridique risque de déboucher sur une fragmentation improductive… ou, pire, sur une revente rapide des terres à des acteurs plus puissants.
Le défi est donc moins juridique que territorial. Il appelle une approche intégrée : coordination entre ministères, régions, agences foncières, collectivités territoriales et société civile. Il exige surtout un État capable d’assumer son rôle d’arbitre et de garant de l’équité territoriale, face aux résistances locales comme face aux appétits spéculatifs.
La réforme des terres soulaliyates est une promesse. Elle peut être un formidable outil de justice sociale et de développement rural. Mais sans un État territorial fort, présent, cohérent et courageux, elle risque de rester une réforme de textes, loin des champs, loin des femmes concernées, loin des jeunes ruraux à qui l’on promet pourtant l’avenir.
Or, la question des terres soulaliyates dépasse largement le seul enjeu de justice foncière. Elle est au cœur de la régionalisation avancée, de la souveraineté alimentaire, de la structuration des filières agricoles, du développement de l’agriculture moderne, de l’implantation des énergies renouvelables et même de l’urbanisation future. Dans des régions comme Drâa-Tafilalet, Fès-Meknès ou Béni Mellal-Khénifra, ces terres constituent la principale réserve foncière mobilisable pour tout projet structurant.
Les nouveaux décrets renforcent certes le cadre de gouvernance et élargissent la melkisation aux terres bour. Mais une question demeure : qui accompagne réellement les ayants droit après la melkisation ? Sans ingénierie foncière, sans accompagnement agricole, sans accès au financement, sans structuration collective, la transformation du statut juridique risque de déboucher sur une fragmentation improductive… ou, pire, sur une revente rapide des terres à des acteurs plus puissants.
Le défi est donc moins juridique que territorial. Il appelle une approche intégrée : coordination entre ministères, régions, agences foncières, collectivités territoriales et société civile. Il exige surtout un État capable d’assumer son rôle d’arbitre et de garant de l’équité territoriale, face aux résistances locales comme face aux appétits spéculatifs.
La réforme des terres soulaliyates est une promesse. Elle peut être un formidable outil de justice sociale et de développement rural. Mais sans un État territorial fort, présent, cohérent et courageux, elle risque de rester une réforme de textes, loin des champs, loin des femmes concernées, loin des jeunes ruraux à qui l’on promet pourtant l’avenir.