Terroirs en mutation : Le raisin de table éclipse le vin au Maroc


Rédigé par le Jeudi 26 Février 2026



Le paysage viticole marocain est en pleine mutation structurelle. Autrefois réputé pour ses domaines vitivinicoles historiques, le Royaume voit aujourd'hui sa production largement dominée par la culture du raisin de table, qui connaît un essor fulgurant. En parallèle, le segment du vin marque un net décrochage, victime d'une conjonction de contraintes commerciales, de changements climatiques et d'une évolution des priorités stratégiques de l'agriculture nationale.

Le Vin marocain en perte de vitesse face aux nouvelles priorités

La suprématie du raisin de table dans les vignobles marocains illustre un pragmatisme agricole dicté par la rentabilité et la demande. Les agriculteurs se tournent massivement vers des variétés de raisins de table, souvent sans pépins, très prisées tant sur le marché intérieur qu'à l'exportation. Ces cultures offrent un retour sur investissement plus rapide et s'insèrent parfaitement dans la stratégie nationale de valorisation des produits frais.

Les régions de Doukkala, du Haouz ou de Benslimane ont vu leurs paysages se transformer, les treilles dédiées aux fruits de bouche remplaçant progressivement les ceps destinés à la cuve. Cette dynamique est soutenue par une demande locale forte, le raisin étant un fruit très ancré dans les habitudes de consommation marocaines durant la saison estivale.

À l'inverse, la filière du vin marocain traverse une zone de turbulences marquée par un décrochage significatif de ses volumes de production. Les producteurs de vin font face à un environnement réglementaire et commercial complexe. Le marché intérieur reste restreint et soumis à une fiscalité lourde, tandis que l'exportation se heurte à la concurrence féroce des pays européens et du Nouveau Monde, qui bénéficient souvent de coûts de production moindres et de campagnes de marketing massives.

De plus, le maintien de vignobles de cuve exige des investissements lourds en équipements de vinification et un savoir-faire œnologique pointu, des barrières à l'entrée qui découragent de nombreux exploitants préférant la simplicité logistique du raisin de table.

Le facteur climatique joue également un rôle déterminant dans cette bascule. Le Maroc est confronté à des épisodes de sécheresse récurrents et à un stress hydrique structurel qui obligent à repenser l'allocation des ressources en eau. Bien que la vigne soit une plante résiliente, la production de raisins de table de haute qualité nécessite une irrigation maîtrisée, souvent optimisée par des systèmes de goutte-à-goutte modernes.

Les politiques agricoles actuelles tendent à privilégier les cultures garantissant la sécurité alimentaire et générant d'importantes devises à l'exportation sans controverse sociétale. Dans ce contexte, le vin, produit non essentiel et parfois sensible culturellement, peine à justifier les mêmes soutiens étatiques que les filières fruitières en pleine expansion.




Journaliste junior passionné par l'écriture, la communication, les relations internationales et la… En savoir plus sur cet auteur
Jeudi 26 Février 2026
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