Iran sous pression : quand le prix du pain fait vaciller le régime
Tout est parti des commerçants de Téhéran, qui ont baissé rideau pour dénoncer la flambée des prix et l’effondrement du rial. Rapidement, le mouvement a gagné d’autres couches de la société. Étudiants, jeunes urbains, habitants de provinces déjà fragilisées. Le malaise est profond, la patience à bout.
Jeudi, la situation dégénère. À Lordegan, Azna, Hamedan ou encore Kouhdasht, des affrontements éclatent. Jets de pierres, bâtiments administratifs pris pour cible, banques et commissariats attaqués. Les forces de l’ordre répliquent par des gaz lacrymogènes. Le bilan est lourd : six morts, dont un membre des forces de sécurité, et plusieurs dizaines de blessés. Les autorités reconnaissent aussi des arrestations, parlant de « troubles à l’ordre public ».
Une économie à bout de souffle
Derrière la rue en colère, une réalité brutale. Le rial iranien a perdu plus d’un tiers de sa valeur en un an. Résultat immédiat : explosion des prix, surtout pour les produits importés et alimentaires. Officiellement, l’inflation dépasse 52 %, mais sur les marchés, beaucoup parlent d’une réalité encore plus dure. Le lait, le pain, l’huile… tout augmente. Acheter devient un calcul, parfois un luxe.
Cette crise est aggravée par le retour des sanctions internationales, réactivées par l’ONU en septembre 2025 autour du dossier nucléaire. Moins d’exportations, moins de devises, une économie sous asphyxie. Pour beaucoup d’Iraniens, ce n’est plus une crise, c’est un quotidien invivable.
Trump menace, Téhéran riposte
C’est là que le dossier prend une dimension explosive. Vendredi, Donald Trump déclare sur Truth Social que les États-Unis sont « prêts, armés et parés à intervenir » si l’Iran tire sur des manifestants pacifiques. Une phrase choc, qui fait immédiatement réagir à Téhéran.
Les responsables iraniens montent au créneau. Ali Larijani et Ali Shamkhani, figures clés de la sécurité nationale, dénoncent toute ingérence étrangère. Message clair : la sécurité de l’Iran est une ligne rouge. Toute intervention serait suivie d’une riposte. L’escalade verbale est lancée, et elle inquiète bien au-delà des frontières iraniennes.
Apaisement officiel, fermeté judiciaire
Le président Massoud Pezeshkian tente de calmer le jeu. Dans une allocution télévisée, il reconnaît des revendications légitimes, allant jusqu’à lier la question économique à une responsabilité morale et religieuse. Mais en parallèle, la justice prévient : aucune tentative de déstabilisation ne sera tolérée. Le ton se durcit, surtout face aux accusations d’ingérences étrangères.
Pour l’instant, l’Iran n’est pas dans une situation comparable à 2022, après la mort de Mahsa Amini. Mais le signal est clair : la colère économique est aussi politique. Si les prix continuent de flamber et que le rial s’enfonce, la rue pourrait reprendre la parole. Reste à voir si le pouvoir choisira l’apaisement réel… ou l’épreuve de force. Et surtout, jusqu’où Washington est prêt à aller.