Ce que l’on sait au 12 juillet 2026
Donald Trump n’a pas simplement ordonné une frappe ponctuelle contre l’Iran. Depuis le 7 juillet, les forces américaines ont engagé plusieurs vagues successives d’attaques, après une période d’accalmie ouverte par un accord provisoire conclu en juin.
La dernière opération a été annoncée dans la nuit du 11 au 12 juillet par le Commandement central américain, le CENTCOM. Washington affirme avoir agi après l’attaque, par les Gardiens de la révolution iraniens, d’un porte-conteneurs battant pavillon chypriote dans le détroit d’Ormuz. Le navire aurait subi un incendie et de lourds dommages dans sa salle des machines ; un membre civil de l’équipage est porté disparu. Les frappes américaines ont été menées directement sur ordre de Donald Trump.
Cette opération prolonge les raids lancés quelques jours auparavant. Le 7 juillet, le CENTCOM disait avoir frappé plus de 80 objectifs, notamment des radars côtiers, des réseaux de commandement, des défenses aériennes, des capacités de missiles antinavires et plus de soixante petites embarcations des Gardiens de la révolution.
Certaines informations américaines évoquent désormais une campagne beaucoup plus large, pouvant concerner jusqu’à 140 cibles iraniennes. Ce chiffre doit toutefois être considéré avec prudence : il peut agréger plusieurs vagues d’attaques et n’a pas encore fait l’objet d’un bilan indépendant complet.
Pourquoi Trump a-t-il repris les frappes ?
1. Empêcher l’Iran de contrôler le détroit d’Ormuz
La justification immédiate avancée par Washington n’est plus principalement nucléaire. Elle est désormais maritime et économique.
Les États-Unis accusent l’Iran de s’en prendre à des cargos et à des pétroliers empruntant le détroit d’Ormuz. Le CENTCOM affirme vouloir réduire la capacité iranienne à menacer la « liberté de navigation » dans ce passage stratégique.
Avant le conflit, environ un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole transitait par Ormuz. Une fermeture durable ou même une forte perturbation du détroit pourrait donc provoquer une augmentation des coûts du transport maritime, des assurances et de l’énergie.
Pour Trump, laisser Téhéran imposer ses propres règles de circulation dans le détroit reviendrait à accorder à l’Iran un puissant moyen de pression sur l’économie mondiale.
2. Faire respecter l’accord provisoire de juin
Les États-Unis et l’Iran avaient signé le 17 juin un mémorandum provisoire censé préparer la fin des hostilités. Les discussions indirectes tenues ensuite à Doha ont notamment porté sur la circulation maritime dans le détroit et le déblocage de fonds iraniens. Mais elles n’ont pas permis de rapprocher véritablement les positions.
Washington affirme que les attaques contre les navires constituent une violation de cet arrangement. Téhéran soutient exactement l’inverse : selon les autorités iraniennes, le texte reconnaissait à l’Iran une responsabilité dans l’organisation du passage sécurisé des bâtiments.
C’est là que se situe le cœur du désaccord. Les États-Unis réclament une voie maritime ouverte sans contrôle politique iranien. Téhéran veut faire reconnaître son rôle central dans la gestion du détroit.
Donald Trump a finalement déclaré considérer l’accord comme pratiquement terminé : « Pour moi, je pense que c’est fini. »
3. Rétablir la crédibilité de la menace américaine
Trump veut également démontrer que ses avertissements ne sont pas simplement rhétoriques. Il avait prévenu que de nouvelles attaques contre les navires provoqueraient une réaction plus sévère.
Après les premiers incidents, il a présenté les raids comme une mesure de représailles, ajoutant qu’en cas de récidive, la réponse serait « bien pire ».
Cette logique correspond à sa doctrine de « paix par la force » : frapper fortement pour contraindre l’adversaire à négocier. Depuis le lancement, en février, de l’opération américaine baptisée Epic Fury, l’administration affirme poursuivre plusieurs objectifs : détruire les missiles offensifs iraniens, affaiblir les drones, la marine et les infrastructures militaires, et empêcher l’Iran de disposer de l’arme nucléaire.
4. Éviter que l’Iran transforme Ormuz en monnaie d’échange permanente
L’Iran dispose de moyens militaires conventionnels beaucoup plus limités que ceux des États-Unis. Mais sa géographie lui offre un avantage majeur : ses côtes dominent une grande partie du détroit.
Petites embarcations rapides, missiles antinavires, drones, mines, radars côtiers et batteries mobiles peuvent perturber la navigation sans nécessiter une guerre navale classique. En ciblant ces équipements, Washington tente donc de neutraliser l’un des rares leviers asymétriques efficaces de Téhéran.
Quelles cibles sont visées ?
Les frappes de juillet semblent, pour l’instant, davantage concentrées sur les capacités militaires liées au détroit que sur les installations nucléaires.
Les objectifs signalés comprennent :
les radars et systèmes de surveillance côtière ;
les missiles antinavires et leurs sites de lancement ;
les défenses aériennes ;
les centres de commandement des Gardiens de la révolution ;
les embarcations rapides utilisées dans le détroit ;
des installations militaires et portuaires situées dans le sud de l’Iran.
Des attaques ont été signalées autour de Bandar Abbas, principal port iranien et centre stratégique de la marine et des Gardiens de la révolution, ainsi qu’à Chabahar, Konarak et Iranshahr. Des coupures d’électricité ont été rapportées dans certaines zones côtières.
Il est donc plus exact de parler, à ce stade, d’une campagne destinée à réduire la puissance maritime iranienne que d’une nouvelle opération exclusivement dirigée contre le nucléaire.
Le dossier nucléaire reste néanmoins en arrière-plan
La question nucléaire n’a pas disparu. Elle demeure un élément central du conflit et des négociations.
L’Agence internationale de l’énergie atomique affirme ne toujours pas pouvoir déterminer précisément le sort de certains stocks d’uranium enrichi, devenus difficiles à contrôler depuis les précédentes campagnes de bombardements. Son rapport de juin ne constatait pas de changement fondamental dans l’évaluation du programme iranien et demandait toujours à Téhéran de fournir des explications.
Cette incertitude nourrit l’argument américain selon lequel la pression militaire doit continuer. Mais elle alimente également une objection majeure : les bombardements peuvent détruire des infrastructures visibles sans garantir la disparition des matériaux, des compétences scientifiques ni des installations clandestines.
Comment l’Iran réagit-il ?
Téhéran présente les frappes comme une agression américaine et affirme qu’il ne renoncera pas à exercer son autorité dans le détroit.
Après les raids américains, l’Iran a lancé des missiles et des drones contre des sites situés au Koweït et à Bahreïn, deux États accueillant des installations militaires américaines. Les autorités koweïtiennes ont annoncé avoir intercepté des projectiles.
L’Iran menace également de recourir à des mesures beaucoup plus lourdes :
retrait éventuel du Traité de non-prolifération nucléaire ;
évolution de sa doctrine nucléaire ;
fermeture plus complète du détroit d’Ormuz ;
extension de la crise vers Bab-el-Mandeb, à l’entrée de la mer Rouge.
Ces menaces n’ont pas toutes été mises à exécution. Elles indiquent cependant que Téhéran cherche à montrer qu’une campagne américaine ne pourrait pas rester limitée au territoire iranien.
Trump cherche-t-il un changement de régime ?
Officiellement, l’administration américaine assure que non.
Le Pentagone affirme que l’opération ne vise ni l’occupation de l’Iran ni la reconstruction politique du pays. Pete Hegseth a déclaré qu’il ne s’agissait pas de reproduire les guerres d’Irak ou d’Afghanistan, mais de mener une mission limitée contre les missiles, la marine et les ambitions nucléaires iraniennes.
Cependant, la rhétorique de la Maison-Blanche est parfois plus large. Le communiqué présentant l’opération Epic Fury évoquait l’élimination de la menace nucléaire, l’affaiblissement des réseaux iraniens et la destruction d’une partie substantielle de l’appareil militaire du régime.
Il existe donc une ambiguïté : Washington nie rechercher officiellement un changement de régime, mais poursuit une stratégie susceptible d’affaiblir profondément les institutions militaires qui protègent ce régime.
Pourquoi la situation est-elle particulièrement dangereuse ?
Le principal danger est celui d’un engrenage.
Les États-Unis disent frapper pour sécuriser le commerce maritime. L’Iran réplique contre les bases ou les alliés américains. Washington frappe alors davantage pour rétablir sa crédibilité. Chaque camp présente son attaque comme une réponse défensive à l’attaque précédente.
Cette mécanique peut conduire à quatre scénarios.
Le scénario d’une désescalade rapide
Après quelques frappes, l’Iran pourrait réduire ses opérations contre les navires et reprendre les négociations indirectes. Trump présenterait alors l’usage de la force comme la preuve de l’efficacité de sa méthode.
Le scénario d’une guerre limitée mais durable
Les attaques pourraient se poursuivre périodiquement : raids américains contre les côtes iraniennes, ripostes iraniennes contre les bases régionales et perturbations du trafic maritime. Ce serait une guerre d’usure, coûteuse et instable.
Le scénario de l’embrasement régional
Une frappe causant de nombreuses victimes dans un État du Golfe, la destruction d’un grand navire ou une attaque contre une base américaine pourrait entraîner une riposte massive. Les pays du Golfe seraient alors directement entraînés dans le conflit.
Le scénario nucléaire
Si l’Iran décidait de quitter le Traité de non-prolifération ou de limiter encore davantage la coopération avec l’AIEA, Washington et Israël pourraient considérer qu’une nouvelle campagne contre les infrastructures nucléaires devient inévitable.
Ce qu’il faut retenir : La reprise des frappes n’est pas seulement un nouvel épisode de la confrontation autour du nucléaire iranien.
Le centre de gravité de la guerre s’est déplacé vers le détroit d’Ormuz. Trump veut empêcher l’Iran de transformer cette artère énergétique mondiale en instrument de négociation, de chantage ou de souveraineté exclusive.
Mais la stratégie américaine comporte une contradiction. Plus Washington cherche à détruire les moyens de pression iraniens pour forcer Téhéran à négocier, plus le pouvoir iranien peut considérer qu’il doit frapper avant de perdre ces moyens.
Trump veut démontrer que la force peut rouvrir Ormuz et conduire à un accord. L’Iran cherche à prouver que toute attaque américaine aura un prix régional et économique.
Entre ces deux doctrines, chaque nouveau cargo touché peut désormais devenir le déclencheur d’une nouvelle vague de bombardements.
La dernière opération a été annoncée dans la nuit du 11 au 12 juillet par le Commandement central américain, le CENTCOM. Washington affirme avoir agi après l’attaque, par les Gardiens de la révolution iraniens, d’un porte-conteneurs battant pavillon chypriote dans le détroit d’Ormuz. Le navire aurait subi un incendie et de lourds dommages dans sa salle des machines ; un membre civil de l’équipage est porté disparu. Les frappes américaines ont été menées directement sur ordre de Donald Trump.
Cette opération prolonge les raids lancés quelques jours auparavant. Le 7 juillet, le CENTCOM disait avoir frappé plus de 80 objectifs, notamment des radars côtiers, des réseaux de commandement, des défenses aériennes, des capacités de missiles antinavires et plus de soixante petites embarcations des Gardiens de la révolution.
Certaines informations américaines évoquent désormais une campagne beaucoup plus large, pouvant concerner jusqu’à 140 cibles iraniennes. Ce chiffre doit toutefois être considéré avec prudence : il peut agréger plusieurs vagues d’attaques et n’a pas encore fait l’objet d’un bilan indépendant complet.
Pourquoi Trump a-t-il repris les frappes ?
1. Empêcher l’Iran de contrôler le détroit d’Ormuz
La justification immédiate avancée par Washington n’est plus principalement nucléaire. Elle est désormais maritime et économique.
Les États-Unis accusent l’Iran de s’en prendre à des cargos et à des pétroliers empruntant le détroit d’Ormuz. Le CENTCOM affirme vouloir réduire la capacité iranienne à menacer la « liberté de navigation » dans ce passage stratégique.
Avant le conflit, environ un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole transitait par Ormuz. Une fermeture durable ou même une forte perturbation du détroit pourrait donc provoquer une augmentation des coûts du transport maritime, des assurances et de l’énergie.
Pour Trump, laisser Téhéran imposer ses propres règles de circulation dans le détroit reviendrait à accorder à l’Iran un puissant moyen de pression sur l’économie mondiale.
2. Faire respecter l’accord provisoire de juin
Les États-Unis et l’Iran avaient signé le 17 juin un mémorandum provisoire censé préparer la fin des hostilités. Les discussions indirectes tenues ensuite à Doha ont notamment porté sur la circulation maritime dans le détroit et le déblocage de fonds iraniens. Mais elles n’ont pas permis de rapprocher véritablement les positions.
Washington affirme que les attaques contre les navires constituent une violation de cet arrangement. Téhéran soutient exactement l’inverse : selon les autorités iraniennes, le texte reconnaissait à l’Iran une responsabilité dans l’organisation du passage sécurisé des bâtiments.
C’est là que se situe le cœur du désaccord. Les États-Unis réclament une voie maritime ouverte sans contrôle politique iranien. Téhéran veut faire reconnaître son rôle central dans la gestion du détroit.
Donald Trump a finalement déclaré considérer l’accord comme pratiquement terminé : « Pour moi, je pense que c’est fini. »
3. Rétablir la crédibilité de la menace américaine
Trump veut également démontrer que ses avertissements ne sont pas simplement rhétoriques. Il avait prévenu que de nouvelles attaques contre les navires provoqueraient une réaction plus sévère.
Après les premiers incidents, il a présenté les raids comme une mesure de représailles, ajoutant qu’en cas de récidive, la réponse serait « bien pire ».
Cette logique correspond à sa doctrine de « paix par la force » : frapper fortement pour contraindre l’adversaire à négocier. Depuis le lancement, en février, de l’opération américaine baptisée Epic Fury, l’administration affirme poursuivre plusieurs objectifs : détruire les missiles offensifs iraniens, affaiblir les drones, la marine et les infrastructures militaires, et empêcher l’Iran de disposer de l’arme nucléaire.
4. Éviter que l’Iran transforme Ormuz en monnaie d’échange permanente
L’Iran dispose de moyens militaires conventionnels beaucoup plus limités que ceux des États-Unis. Mais sa géographie lui offre un avantage majeur : ses côtes dominent une grande partie du détroit.
Petites embarcations rapides, missiles antinavires, drones, mines, radars côtiers et batteries mobiles peuvent perturber la navigation sans nécessiter une guerre navale classique. En ciblant ces équipements, Washington tente donc de neutraliser l’un des rares leviers asymétriques efficaces de Téhéran.
Quelles cibles sont visées ?
Les frappes de juillet semblent, pour l’instant, davantage concentrées sur les capacités militaires liées au détroit que sur les installations nucléaires.
Les objectifs signalés comprennent :
les radars et systèmes de surveillance côtière ;
les missiles antinavires et leurs sites de lancement ;
les défenses aériennes ;
les centres de commandement des Gardiens de la révolution ;
les embarcations rapides utilisées dans le détroit ;
des installations militaires et portuaires situées dans le sud de l’Iran.
Des attaques ont été signalées autour de Bandar Abbas, principal port iranien et centre stratégique de la marine et des Gardiens de la révolution, ainsi qu’à Chabahar, Konarak et Iranshahr. Des coupures d’électricité ont été rapportées dans certaines zones côtières.
Il est donc plus exact de parler, à ce stade, d’une campagne destinée à réduire la puissance maritime iranienne que d’une nouvelle opération exclusivement dirigée contre le nucléaire.
Le dossier nucléaire reste néanmoins en arrière-plan
La question nucléaire n’a pas disparu. Elle demeure un élément central du conflit et des négociations.
L’Agence internationale de l’énergie atomique affirme ne toujours pas pouvoir déterminer précisément le sort de certains stocks d’uranium enrichi, devenus difficiles à contrôler depuis les précédentes campagnes de bombardements. Son rapport de juin ne constatait pas de changement fondamental dans l’évaluation du programme iranien et demandait toujours à Téhéran de fournir des explications.
Cette incertitude nourrit l’argument américain selon lequel la pression militaire doit continuer. Mais elle alimente également une objection majeure : les bombardements peuvent détruire des infrastructures visibles sans garantir la disparition des matériaux, des compétences scientifiques ni des installations clandestines.
Comment l’Iran réagit-il ?
Téhéran présente les frappes comme une agression américaine et affirme qu’il ne renoncera pas à exercer son autorité dans le détroit.
Après les raids américains, l’Iran a lancé des missiles et des drones contre des sites situés au Koweït et à Bahreïn, deux États accueillant des installations militaires américaines. Les autorités koweïtiennes ont annoncé avoir intercepté des projectiles.
L’Iran menace également de recourir à des mesures beaucoup plus lourdes :
retrait éventuel du Traité de non-prolifération nucléaire ;
évolution de sa doctrine nucléaire ;
fermeture plus complète du détroit d’Ormuz ;
extension de la crise vers Bab-el-Mandeb, à l’entrée de la mer Rouge.
Ces menaces n’ont pas toutes été mises à exécution. Elles indiquent cependant que Téhéran cherche à montrer qu’une campagne américaine ne pourrait pas rester limitée au territoire iranien.
Trump cherche-t-il un changement de régime ?
Officiellement, l’administration américaine assure que non.
Le Pentagone affirme que l’opération ne vise ni l’occupation de l’Iran ni la reconstruction politique du pays. Pete Hegseth a déclaré qu’il ne s’agissait pas de reproduire les guerres d’Irak ou d’Afghanistan, mais de mener une mission limitée contre les missiles, la marine et les ambitions nucléaires iraniennes.
Cependant, la rhétorique de la Maison-Blanche est parfois plus large. Le communiqué présentant l’opération Epic Fury évoquait l’élimination de la menace nucléaire, l’affaiblissement des réseaux iraniens et la destruction d’une partie substantielle de l’appareil militaire du régime.
Il existe donc une ambiguïté : Washington nie rechercher officiellement un changement de régime, mais poursuit une stratégie susceptible d’affaiblir profondément les institutions militaires qui protègent ce régime.
Pourquoi la situation est-elle particulièrement dangereuse ?
Le principal danger est celui d’un engrenage.
Les États-Unis disent frapper pour sécuriser le commerce maritime. L’Iran réplique contre les bases ou les alliés américains. Washington frappe alors davantage pour rétablir sa crédibilité. Chaque camp présente son attaque comme une réponse défensive à l’attaque précédente.
Cette mécanique peut conduire à quatre scénarios.
Le scénario d’une désescalade rapide
Après quelques frappes, l’Iran pourrait réduire ses opérations contre les navires et reprendre les négociations indirectes. Trump présenterait alors l’usage de la force comme la preuve de l’efficacité de sa méthode.
Le scénario d’une guerre limitée mais durable
Les attaques pourraient se poursuivre périodiquement : raids américains contre les côtes iraniennes, ripostes iraniennes contre les bases régionales et perturbations du trafic maritime. Ce serait une guerre d’usure, coûteuse et instable.
Le scénario de l’embrasement régional
Une frappe causant de nombreuses victimes dans un État du Golfe, la destruction d’un grand navire ou une attaque contre une base américaine pourrait entraîner une riposte massive. Les pays du Golfe seraient alors directement entraînés dans le conflit.
Le scénario nucléaire
Si l’Iran décidait de quitter le Traité de non-prolifération ou de limiter encore davantage la coopération avec l’AIEA, Washington et Israël pourraient considérer qu’une nouvelle campagne contre les infrastructures nucléaires devient inévitable.
Ce qu’il faut retenir : La reprise des frappes n’est pas seulement un nouvel épisode de la confrontation autour du nucléaire iranien.
Le centre de gravité de la guerre s’est déplacé vers le détroit d’Ormuz. Trump veut empêcher l’Iran de transformer cette artère énergétique mondiale en instrument de négociation, de chantage ou de souveraineté exclusive.
Mais la stratégie américaine comporte une contradiction. Plus Washington cherche à détruire les moyens de pression iraniens pour forcer Téhéran à négocier, plus le pouvoir iranien peut considérer qu’il doit frapper avant de perdre ces moyens.
Trump veut démontrer que la force peut rouvrir Ormuz et conduire à un accord. L’Iran cherche à prouver que toute attaque américaine aura un prix régional et économique.
Entre ces deux doctrines, chaque nouveau cargo touché peut désormais devenir le déclencheur d’une nouvelle vague de bombardements.
5 éme Scénario : Israël frappe le sommet du pouvoir, les États-Unis organisent l’asphyxie économique
Une autre lecture de la reprise des frappes mérite d’être examinée. Donald Trump pourrait ne pas chercher à engager directement les États-Unis dans une longue campagne visant le cœur du régime iranien. Washington et Tel-Aviv pourraient plutôt se répartir les rôles : à Israël, les opérations militaires et de renseignement les plus ciblées contre les centres de pouvoir ; aux États-Unis, l’étouffement économique, maritime et financier de l’Iran.
Ce scénario est plausible. Mais il doit être présenté comme une hypothèse stratégique, non comme un plan officiellement confirmé.
Israël, bras armé de la « décapitation »
Israël dispose d’une expérience opérationnelle, de réseaux de renseignement et d’une capacité d’action clandestine particulièrement développés en Iran. Dans cette hypothèse, le « feu vert » américain ne prendrait pas nécessairement la forme d’un ordre explicite. Il pourrait s’agir d’une coordination politique et militaire autorisant Israël à poursuivre des frappes très sélectives contre ce qui reste du sommet décisionnel iranien.
Les objectifs ne seraient plus seulement les missiles, les radars ou les installations nucléaires. Les frappes chercheraient à désorganiser les cercles où se prennent les décisions : commandement des Gardiens de la révolution, appareil de sécurité intérieure, coordination du programme nucléaire, réseaux de communication protégés et autorités chargées de contrôler le détroit d’Ormuz.
Une telle stratégie viserait moins à détruire l’armée iranienne dans son ensemble qu’à casser la chaîne politique reliant le pouvoir religieux, les Gardiens de la révolution et les forces présentes sur le terrain.
L’Iran a cependant déjà démontré une capacité d’adaptation à la disparition de plusieurs hauts responsables. Son appareil de commandement s’est en partie décentralisé, tandis que les Gardiens de la révolution ont accru leur poids dans les décisions stratégiques. Cela rend de nouvelles frappes de « décapitation » possibles, mais leur effet politique beaucoup moins prévisible.
Washington évite l’enlisement militaire
Pour Trump, la répartition des tâches présenterait un avantage évident : préserver l’image d’une Amérique qui impose ses conditions sans replonger officiellement dans une guerre terrestre ou dans une occupation comparable à celles de l’Irak et de l’Afghanistan.
Les forces américaines conserveraient plusieurs missions essentielles :
protéger les bases et les alliés régionaux ;
sécuriser autant que possible la navigation dans le détroit d’Ormuz ;
détruire les capacités iraniennes menaçant directement les navires ;
fournir à Israël du renseignement et une couverture défensive ;
maintenir une force de dissuasion capable d’intervenir si l’Iran frappe massivement.
Mais le travail de déstabilisation du sommet politique serait principalement laissé à Israël. Washington pourrait ainsi affirmer qu’il défend la liberté de navigation, tandis qu’Israël invoquerait sa sécurité nationale et la menace iranienne.
Cette distinction serait toutefois largement artificielle aux yeux de Téhéran. L’Iran considérerait probablement les deux campagnes comme les composantes d’une seule offensive coordonnée.
Les États-Unis ferment progressivement les voies respiratoires de l’économie iranienne
Le second volet serait économique. Il ne consisterait pas uniquement à annoncer de nouvelles sanctions, mais à rendre les exportations iraniennes matériellement plus difficiles, plus risquées et moins rentables.
Washington a déjà révoqué, le 7 juillet, l’autorisation temporaire accordée en juin pour la production et la commercialisation de pétrole et de produits pétrochimiques iraniens. Ce retour des restrictions après les attaques contre la navigation montre que le pétrole peut être utilisé comme instrument immédiat de coercition.
L’« étouffement » pourrait reposer sur cinq niveaux.
Le pétrole
L’objectif serait de réduire les volumes exportés par l’Iran, mais aussi d’augmenter le coût de chaque transaction : rabais exigés par les acheteurs, risques de saisie, difficultés d’assurance et multiplication des intermédiaires.
Le pétrole continuerait probablement à sortir du pays, notamment par des circuits opaques. Mais une partie croissante de sa valeur serait captée par les négociants, transporteurs et acheteurs acceptant de prendre le risque des sanctions.
La flotte fantôme
Washington pourrait intensifier les sanctions contre les pétroliers, compagnies maritimes, pavillons de complaisance, courtiers et sociétés-écrans permettant de masquer l’origine du brut.
Le but ne serait pas nécessairement d’intercepter physiquement tous les navires. Il suffirait de rendre leur exploitation difficile : refus d’accès aux ports, blocage des paiements, retrait des assurances et exposition des propriétaires réels.
Les paiements
L’Iran pourrait parvenir à vendre du pétrole tout en éprouvant de grandes difficultés à récupérer librement ses recettes. Les fonds pourraient être bloqués dans les pays acheteurs, convertis en marchandises ou utilisables uniquement pour certaines importations.
Le régime disposerait donc encore de revenus, mais de moins en moins de devises mobilisables pour financer son budget, stabiliser sa monnaie ou soutenir ses réseaux régionaux.
Les partenaires commerciaux
La pression ne viserait pas uniquement l’Iran. Elle s’exercerait sur les banques, raffineries, compagnies maritimes et entreprises étrangères commerçant avec lui.
La puissance des sanctions américaines repose précisément sur cette capacité à placer les partenaires devant un choix : conserver l’accès au marché et au système financier américains, ou poursuivre leurs relations avec Téhéran.
La Chine constitue ici la principale inconnue. Elle pourrait absorber une part importante du brut iranien, mais probablement à des conditions très avantageuses pour elle et donc très défavorables à l’Iran.
Enfin, les États-Unis chercheraient à retourner contre Téhéran sa principale arme géographique. L’Iran utilise le détroit pour faire monter le prix mondial de la crise. Washington pourrait tenter de sécuriser un corridor maritime, tout en frappant les capacités iraniennes qui menacent les navires.
La difficulté est évidente : plus l’Iran est privé de ses revenus pétroliers, plus il peut être tenté de perturber les exportations des autres producteurs. La fermeture ou la militarisation d’Ormuz devient alors non seulement une arme stratégique, mais une logique du désespoir. Les affrontements des 11 et 12 juillet illustrent déjà ce cercle : frappes américaines, annonce iranienne de fermeture du détroit et attaques contre des installations américaines ou alliées dans plusieurs pays du Golfe.
Le véritable objectif : provoquer une implosion plutôt qu’une invasion
Cette stratégie combinée pourrait poursuivre un objectif qui ne serait jamais formulé aussi clairement : faire tomber le pouvoir iranien sans envoyer une armée occidentale pour le renverser.
Israël désorganiserait le sommet. Les États-Unis réduiraient les ressources économiques disponibles. La population subirait les pénuries, l’inflation, l’effondrement monétaire et la dégradation des services publics. Le régime serait alors confronté simultanément à une crise de commandement, à une crise budgétaire et à une crise de légitimité.
Sur le papier, la logique paraît redoutable : priver le régime de ses dirigeants, de ses revenus et de sa capacité à protéger ses propres cadres, jusqu’à ce qu’une fracture interne se produise.
Mais une implosion n’est pas un mécanisme que l’on peut programmer. La disparition de dirigeants ne produit pas automatiquement un pouvoir plus modéré. Elle peut au contraire favoriser les composantes les plus militarisées du régime.
Des analyses publiées après les précédentes frappes soulignent justement que la « décapitation » d’un appareil politique ne garantit pas le résultat recherché. Elle peut créer une succession désordonnée, renforcer les responsables sécuritaires survivants et rendre les décisions plus imprévisibles.
Une stratégie qui peut consolider le régime
L’étouffement économique présente lui aussi une contradiction.
Les sanctions peuvent affaiblir financièrement l’État, mais elles ne frappent pas exclusivement les élites. Elles touchent la monnaie, les médicaments, les produits importés, l’emploi et le pouvoir d’achat. Le régime peut alors attribuer la catastrophe économique à l’ennemi extérieur et présenter toute contestation comme une collaboration avec Israël ou les États-Unis.
Une population hostile à ses dirigeants ne soutient pas nécessairement ceux qui bombardent son pays.
Les frappes contre le sommet du pouvoir pourraient également déclencher un réflexe nationaliste. Même des Iraniens opposés à la République islamique pourraient refuser qu’un gouvernement étranger décide, par les bombes et les sanctions, de l’avenir politique de leur pays.
L’autre risque serait de supprimer les responsables capables de négocier, tout en laissant survivre des commandements locaux disposant de missiles, de drones ou de réseaux armés. Au lieu d’un État central affaibli mais rationnel, les adversaires pourraient se retrouver face à plusieurs centres de décision plus autonomes.
Le rôle central des Gardiens de la révolution
Dans ce scénario, la question décisive ne serait pas la disparition d’un dirigeant en particulier. Elle serait le comportement des Gardiens de la révolution.
Trois évolutions sont possibles.
La première serait la consolidation : l’appareil militaire prendrait directement le contrôle du pays au nom de la survie nationale.
La deuxième serait la fragmentation : différents commandements régionaux, responsables politiques et services de sécurité commenceraient à agir selon leurs propres intérêts.
La troisième serait la négociation : une partie du système pourrait conclure que sa survie exige un compromis avec Washington, notamment sur Ormuz, le nucléaire et les exportations de pétrole.
Le pari israélo-américain serait probablement de provoquer la troisième évolution. Mais les frappes répétées risquent tout autant de produire les deux premières.
Pourquoi Trump pourrait préférer cette stratégie
Pour Donald Trump, cette division du travail aurait plusieurs avantages politiques.
Elle évite d’annoncer une invasion. Elle limite, en principe, l’exposition des soldats américains. Elle permet de faire peser l’essentiel du coût direct des opérations les plus sensibles sur Israël. Elle offre enfin à Washington la possibilité de moduler la pression économique : resserrer les sanctions pour punir, accorder des licences temporaires pour négocier, puis les retirer en cas de rupture.
Autrement dit, les sanctions deviennent un robinet et les frappes israéliennes un scalpel.
Trump pourrait ainsi chercher à mener une guerre où les États-Unis contrôlent l’oxygène économique tandis qu’Israël frappe le système nerveux du régime.
Mais Israël pourrait entraîner Washington plus loin que prévu
Cette stratégie suppose que les opérations israéliennes restent parfaitement maîtrisées. Or une frappe visant un cercle dirigeant peut provoquer des conséquences impossibles à calibrer.
Si elle touche des civils en grand nombre, détruit une infrastructure essentielle ou élimine des responsables iraniens pendant une négociation, Téhéran pourrait décider que les États-Unis sont directement responsables. Il frapperait alors leurs bases, leurs navires ou leurs alliés régionaux.
Washington serait contraint de répondre pour préserver sa crédibilité. Il passerait progressivement du rôle d’organisateur de la pression économique à celui de cobelligérant pleinement engagé.
Le « partage des tâches » pourrait donc fonctionner au début, puis disparaître dès la première riposte iranienne causant de lourdes pertes américaines.
Plusieurs signes permettraient de savoir si ce scénario se confirme dans les prochains jours :
multiplication des frappes israéliennes contre des responsables politiques et sécuritaires plutôt que contre les seules installations militaires ; renforcement des défenses américaines autour d’Israël et des bases du Golfe ; désignation rapide de nouveaux pétroliers, raffineries, banques et intermédiaires liés aux exportations iraniennes ; pressions américaines accrues sur les principaux acheteurs du pétrole iranien ; maintien par Washington d’un discours centré sur Ormuz, pendant qu’Israël évoque plus ouvertement la transformation du régime ; propositions américaines d’allègement économique conditionnées à une rupture interne au sein du pouvoir iranien. Aucun de ces éléments ne suffirait, isolément, à prouver l’existence d’un plan commun. Leur accumulation donnerait toutefois du poids à cette lecture.
Le scénario peut se résumer en une formule : Israël frappe la tête, les États-Unis compriment les poumons.
L’objectif ne serait plus seulement d’empêcher l’Iran de construire une arme nucléaire ou de menacer la navigation. Il serait de placer le régime devant une équation insoluble : perdre progressivement ses responsables, ses revenus et sa capacité de riposte, ou accepter un accord qui réduirait durablement sa puissance.
Mais cette stratégie repose sur une hypothèse très incertaine : qu’un régime frappé au sommet et étranglé économiquement finira par négocier ou s’effondrer de manière ordonnée.
Il peut aussi se radicaliser, se fragmenter ou entraîner la région dans sa chute.
On peut cibler un cercle de pouvoir. On peut bloquer des recettes pétrolières. Ce que personne ne maîtrise, en revanche, c’est la forme politique qui naît du vide ainsi créé.
Ce scénario est plausible. Mais il doit être présenté comme une hypothèse stratégique, non comme un plan officiellement confirmé.
Israël, bras armé de la « décapitation »
Israël dispose d’une expérience opérationnelle, de réseaux de renseignement et d’une capacité d’action clandestine particulièrement développés en Iran. Dans cette hypothèse, le « feu vert » américain ne prendrait pas nécessairement la forme d’un ordre explicite. Il pourrait s’agir d’une coordination politique et militaire autorisant Israël à poursuivre des frappes très sélectives contre ce qui reste du sommet décisionnel iranien.
Les objectifs ne seraient plus seulement les missiles, les radars ou les installations nucléaires. Les frappes chercheraient à désorganiser les cercles où se prennent les décisions : commandement des Gardiens de la révolution, appareil de sécurité intérieure, coordination du programme nucléaire, réseaux de communication protégés et autorités chargées de contrôler le détroit d’Ormuz.
Une telle stratégie viserait moins à détruire l’armée iranienne dans son ensemble qu’à casser la chaîne politique reliant le pouvoir religieux, les Gardiens de la révolution et les forces présentes sur le terrain.
L’Iran a cependant déjà démontré une capacité d’adaptation à la disparition de plusieurs hauts responsables. Son appareil de commandement s’est en partie décentralisé, tandis que les Gardiens de la révolution ont accru leur poids dans les décisions stratégiques. Cela rend de nouvelles frappes de « décapitation » possibles, mais leur effet politique beaucoup moins prévisible.
Washington évite l’enlisement militaire
Pour Trump, la répartition des tâches présenterait un avantage évident : préserver l’image d’une Amérique qui impose ses conditions sans replonger officiellement dans une guerre terrestre ou dans une occupation comparable à celles de l’Irak et de l’Afghanistan.
Les forces américaines conserveraient plusieurs missions essentielles :
protéger les bases et les alliés régionaux ;
sécuriser autant que possible la navigation dans le détroit d’Ormuz ;
détruire les capacités iraniennes menaçant directement les navires ;
fournir à Israël du renseignement et une couverture défensive ;
maintenir une force de dissuasion capable d’intervenir si l’Iran frappe massivement.
Mais le travail de déstabilisation du sommet politique serait principalement laissé à Israël. Washington pourrait ainsi affirmer qu’il défend la liberté de navigation, tandis qu’Israël invoquerait sa sécurité nationale et la menace iranienne.
Cette distinction serait toutefois largement artificielle aux yeux de Téhéran. L’Iran considérerait probablement les deux campagnes comme les composantes d’une seule offensive coordonnée.
Les États-Unis ferment progressivement les voies respiratoires de l’économie iranienne
Le second volet serait économique. Il ne consisterait pas uniquement à annoncer de nouvelles sanctions, mais à rendre les exportations iraniennes matériellement plus difficiles, plus risquées et moins rentables.
Washington a déjà révoqué, le 7 juillet, l’autorisation temporaire accordée en juin pour la production et la commercialisation de pétrole et de produits pétrochimiques iraniens. Ce retour des restrictions après les attaques contre la navigation montre que le pétrole peut être utilisé comme instrument immédiat de coercition.
L’« étouffement » pourrait reposer sur cinq niveaux.
Le pétrole
L’objectif serait de réduire les volumes exportés par l’Iran, mais aussi d’augmenter le coût de chaque transaction : rabais exigés par les acheteurs, risques de saisie, difficultés d’assurance et multiplication des intermédiaires.
Le pétrole continuerait probablement à sortir du pays, notamment par des circuits opaques. Mais une partie croissante de sa valeur serait captée par les négociants, transporteurs et acheteurs acceptant de prendre le risque des sanctions.
La flotte fantôme
Washington pourrait intensifier les sanctions contre les pétroliers, compagnies maritimes, pavillons de complaisance, courtiers et sociétés-écrans permettant de masquer l’origine du brut.
Le but ne serait pas nécessairement d’intercepter physiquement tous les navires. Il suffirait de rendre leur exploitation difficile : refus d’accès aux ports, blocage des paiements, retrait des assurances et exposition des propriétaires réels.
Les paiements
L’Iran pourrait parvenir à vendre du pétrole tout en éprouvant de grandes difficultés à récupérer librement ses recettes. Les fonds pourraient être bloqués dans les pays acheteurs, convertis en marchandises ou utilisables uniquement pour certaines importations.
Le régime disposerait donc encore de revenus, mais de moins en moins de devises mobilisables pour financer son budget, stabiliser sa monnaie ou soutenir ses réseaux régionaux.
Les partenaires commerciaux
La pression ne viserait pas uniquement l’Iran. Elle s’exercerait sur les banques, raffineries, compagnies maritimes et entreprises étrangères commerçant avec lui.
La puissance des sanctions américaines repose précisément sur cette capacité à placer les partenaires devant un choix : conserver l’accès au marché et au système financier américains, ou poursuivre leurs relations avec Téhéran.
La Chine constitue ici la principale inconnue. Elle pourrait absorber une part importante du brut iranien, mais probablement à des conditions très avantageuses pour elle et donc très défavorables à l’Iran.
Enfin, les États-Unis chercheraient à retourner contre Téhéran sa principale arme géographique. L’Iran utilise le détroit pour faire monter le prix mondial de la crise. Washington pourrait tenter de sécuriser un corridor maritime, tout en frappant les capacités iraniennes qui menacent les navires.
La difficulté est évidente : plus l’Iran est privé de ses revenus pétroliers, plus il peut être tenté de perturber les exportations des autres producteurs. La fermeture ou la militarisation d’Ormuz devient alors non seulement une arme stratégique, mais une logique du désespoir. Les affrontements des 11 et 12 juillet illustrent déjà ce cercle : frappes américaines, annonce iranienne de fermeture du détroit et attaques contre des installations américaines ou alliées dans plusieurs pays du Golfe.
Le véritable objectif : provoquer une implosion plutôt qu’une invasion
Cette stratégie combinée pourrait poursuivre un objectif qui ne serait jamais formulé aussi clairement : faire tomber le pouvoir iranien sans envoyer une armée occidentale pour le renverser.
Israël désorganiserait le sommet. Les États-Unis réduiraient les ressources économiques disponibles. La population subirait les pénuries, l’inflation, l’effondrement monétaire et la dégradation des services publics. Le régime serait alors confronté simultanément à une crise de commandement, à une crise budgétaire et à une crise de légitimité.
Sur le papier, la logique paraît redoutable : priver le régime de ses dirigeants, de ses revenus et de sa capacité à protéger ses propres cadres, jusqu’à ce qu’une fracture interne se produise.
Mais une implosion n’est pas un mécanisme que l’on peut programmer. La disparition de dirigeants ne produit pas automatiquement un pouvoir plus modéré. Elle peut au contraire favoriser les composantes les plus militarisées du régime.
Des analyses publiées après les précédentes frappes soulignent justement que la « décapitation » d’un appareil politique ne garantit pas le résultat recherché. Elle peut créer une succession désordonnée, renforcer les responsables sécuritaires survivants et rendre les décisions plus imprévisibles.
Une stratégie qui peut consolider le régime
L’étouffement économique présente lui aussi une contradiction.
Les sanctions peuvent affaiblir financièrement l’État, mais elles ne frappent pas exclusivement les élites. Elles touchent la monnaie, les médicaments, les produits importés, l’emploi et le pouvoir d’achat. Le régime peut alors attribuer la catastrophe économique à l’ennemi extérieur et présenter toute contestation comme une collaboration avec Israël ou les États-Unis.
Une population hostile à ses dirigeants ne soutient pas nécessairement ceux qui bombardent son pays.
Les frappes contre le sommet du pouvoir pourraient également déclencher un réflexe nationaliste. Même des Iraniens opposés à la République islamique pourraient refuser qu’un gouvernement étranger décide, par les bombes et les sanctions, de l’avenir politique de leur pays.
L’autre risque serait de supprimer les responsables capables de négocier, tout en laissant survivre des commandements locaux disposant de missiles, de drones ou de réseaux armés. Au lieu d’un État central affaibli mais rationnel, les adversaires pourraient se retrouver face à plusieurs centres de décision plus autonomes.
Le rôle central des Gardiens de la révolution
Dans ce scénario, la question décisive ne serait pas la disparition d’un dirigeant en particulier. Elle serait le comportement des Gardiens de la révolution.
Trois évolutions sont possibles.
La première serait la consolidation : l’appareil militaire prendrait directement le contrôle du pays au nom de la survie nationale.
La deuxième serait la fragmentation : différents commandements régionaux, responsables politiques et services de sécurité commenceraient à agir selon leurs propres intérêts.
La troisième serait la négociation : une partie du système pourrait conclure que sa survie exige un compromis avec Washington, notamment sur Ormuz, le nucléaire et les exportations de pétrole.
Le pari israélo-américain serait probablement de provoquer la troisième évolution. Mais les frappes répétées risquent tout autant de produire les deux premières.
Pourquoi Trump pourrait préférer cette stratégie
Pour Donald Trump, cette division du travail aurait plusieurs avantages politiques.
Elle évite d’annoncer une invasion. Elle limite, en principe, l’exposition des soldats américains. Elle permet de faire peser l’essentiel du coût direct des opérations les plus sensibles sur Israël. Elle offre enfin à Washington la possibilité de moduler la pression économique : resserrer les sanctions pour punir, accorder des licences temporaires pour négocier, puis les retirer en cas de rupture.
Autrement dit, les sanctions deviennent un robinet et les frappes israéliennes un scalpel.
Trump pourrait ainsi chercher à mener une guerre où les États-Unis contrôlent l’oxygène économique tandis qu’Israël frappe le système nerveux du régime.
Mais Israël pourrait entraîner Washington plus loin que prévu
Cette stratégie suppose que les opérations israéliennes restent parfaitement maîtrisées. Or une frappe visant un cercle dirigeant peut provoquer des conséquences impossibles à calibrer.
Si elle touche des civils en grand nombre, détruit une infrastructure essentielle ou élimine des responsables iraniens pendant une négociation, Téhéran pourrait décider que les États-Unis sont directement responsables. Il frapperait alors leurs bases, leurs navires ou leurs alliés régionaux.
Washington serait contraint de répondre pour préserver sa crédibilité. Il passerait progressivement du rôle d’organisateur de la pression économique à celui de cobelligérant pleinement engagé.
Le « partage des tâches » pourrait donc fonctionner au début, puis disparaître dès la première riposte iranienne causant de lourdes pertes américaines.
Plusieurs signes permettraient de savoir si ce scénario se confirme dans les prochains jours :
multiplication des frappes israéliennes contre des responsables politiques et sécuritaires plutôt que contre les seules installations militaires ; renforcement des défenses américaines autour d’Israël et des bases du Golfe ; désignation rapide de nouveaux pétroliers, raffineries, banques et intermédiaires liés aux exportations iraniennes ; pressions américaines accrues sur les principaux acheteurs du pétrole iranien ; maintien par Washington d’un discours centré sur Ormuz, pendant qu’Israël évoque plus ouvertement la transformation du régime ; propositions américaines d’allègement économique conditionnées à une rupture interne au sein du pouvoir iranien. Aucun de ces éléments ne suffirait, isolément, à prouver l’existence d’un plan commun. Leur accumulation donnerait toutefois du poids à cette lecture.
Le scénario peut se résumer en une formule : Israël frappe la tête, les États-Unis compriment les poumons.
L’objectif ne serait plus seulement d’empêcher l’Iran de construire une arme nucléaire ou de menacer la navigation. Il serait de placer le régime devant une équation insoluble : perdre progressivement ses responsables, ses revenus et sa capacité de riposte, ou accepter un accord qui réduirait durablement sa puissance.
Mais cette stratégie repose sur une hypothèse très incertaine : qu’un régime frappé au sommet et étranglé économiquement finira par négocier ou s’effondrer de manière ordonnée.
Il peut aussi se radicaliser, se fragmenter ou entraîner la région dans sa chute.
On peut cibler un cercle de pouvoir. On peut bloquer des recettes pétrolières. Ce que personne ne maîtrise, en revanche, c’est la forme politique qui naît du vide ainsi créé.